Thème
Prévention

Depuis le début des années 2000, l’OMS recommande la création d’un plan national pour lutter contre les violences qui impactent gravement la santé. Lorsque plusieurs millions de personnes sont victimes d’inceste, on parle de fléau de santé publique. La protection de l’enfance en danger ne suffit pas, il faut également au même niveau agir pour la prévention. Depuis 2004, Face à l'inceste milite pour obtenir un plan de lutte contre l'inceste mais aussi contre toutes les formes de violences, négligences ou maltraitances commises sur les enfants. Ce plan a été actualisé en mars 2017 puis en janvier 2021.

Prévention primaire (empêcher le passage à l’acte)

1. Pour combattre un fléau de santé publique, il faut commencer par le nommer. L’inceste a été réintroduit en mars 2016 dans notre Code Pénal, mais uniquement en tant que surqualification du viol ou de l’agression sexuelle. Même lorsque la victime a 6 ans, il reste nécessaire d’apporter la preuve du non-consentement selon le critère légal de « violence, contrainte, menace, ou surprise ». Nous demandons la création d’un crime d’inceste spécifique pour punir tous les actes sexuels incestueux commis sur des mineurs. Notre Loi doit reconnaître qu’aucun mineur ne saurait consentir à l’inceste, et qu’aucun mineur de moins de 15 ans ne saurait consentir à une relation avec un adulte extérieur à sa famille.


2. Imprescriptibilité des crimes et délits sexuels sur mineurs. Il faut 16 ans en moyenne aux survivants de l’inceste avant d’arriver parler des faits à quelqu’un (étude Face à l'inceste 2010). Ce délai peut être plus long encore, qu’il y ait ou non amnésie traumatique. Abolir la prescription est nécessaire pour qu’un procès soit tout simplement possible dans de nombreux cas, mais aussi pour prévenir la récidive et assurer un traitement équitable entre toutes les victimes d’un agresseur récidiviste.


3. Mettre fin à la correctionnalisation de l’inceste et des viols sur mineurs. Trop souvent les viols sont requalifiés illégalement en agressions sexuelles ou atteintes sexuelles et jugés en correctionnelle au lieu de la cour d’assises, comme s’il s’agissait d’un délit et non d’un crime. Cette minimisation des faits, de leur gravité, et de leurs conséquences à long terme est une forme de déni qui favorise le passage à l'acte.

4. Mise en place d’études de victimation régulières. Notre dernier sondage réalisé en 2020 estime à 6,7 millions le nombre de survivants de l’inceste en France.


5. Mise en place d’études scientifiques des troubles et conséquences des maltraitances afin de mieux les prévenir.


6. Pendant la grossesse et dans les premières années de vie de l'enfant, information, dépistage et accompagnement des parents à risques grâce au questionnaire de l'ACE Study, dans les maternités et pendant les examens médicaux obligatoires de l’enfant.


7. Campagnes d’information grand public récurrentes visant les adultes (agresseurs ou potentiels, entourage immédiat des enfants) sur l’interdit de l’inceste, les sanctions encourues non seulement pour le crime commis mais aussi pour l’absence de signalement du crime.


8. Information des enfants dès la maternelle jusqu’au lycée sur leurs droits et sur les limites à ne pas dépasser concernant leur intimité, sur l’existence du 119 et son rôle, ceci par des interventions en classe mais aussi par écrit (dès le cours préparatoire) dans chaque manuel scolaire en page de garde avec un langage adapté à l’âge de l’enfant.


9. Avant recrutement, enquête de moralité et examen du casier judiciaire des intervenants auprès des enfants : travailleurs sociaux, assistantes maternelles et leur conjoint, enseignants, animateurs de centres de loisirs ou colonies de vacances. Les mesures préventives déjà en vigueur à l’Éducation nationale doivent être généralisées à d’autres employeurs (départements, associations, etc) ainsi qu’aux bénévoles.


10. Autorisation pour les personnes ayant des enfants qui se mettent en couple avec un nouveau conjoint de demander s’il est inscrit au fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).


11. Création d’un organisme interministériel dédié au pilotage de la prévention de l’inceste, à l’information du public, à la coordination de la recherche, et à la protection des victimes.

Prévention secondaire (détecter les premières manifestations)

12. Formation intitiale et continue obligatoire des professionnel(le)s en contact avec les mineurs (soignants, professeurs, animateurs, éducateurs sportifs, etc) sur les violences sexuelles, leurs conséquences, leurs repérages et sur les procédures de signalement.


13. Mise en place d’un suivi psychologique systématique par des victimologues pour les enfants fugueurs, délinquants. Pour les mineures de moins de 16 ans subissant une IVG, stockage de l’ADN de l’embryon pouvant prouver l’inceste en cas de procédure judiciaire ultérieure.


14. Détection des enfants maltraités dès la crèche avec des outils ludiques (dessins, jeux de rôles, fiches thématiques…).


15. Information dans les écoles sur les maltraitances sexuelles et sur les moyens de les signaler lorsqu’un enfant en parle à un autre enfant. On constate que le premier confident de l’enfant agressé est dans 50% des cas un ami ou sa mère.


16. Obligation légale de signalement des soupçons de violences sexuelles sur mineurs, y compris pour les médecins et professionnels de santé. Protection de ces derniers de toutes poursuites devant les juridictions pénales et les instances disciplinaires professionnelles.


17. Protection des personnes qui agissent devant la justice pour protéger un enfant contre les éventuelles violences, menaces, tentatives de chantage, comme on le fait pour les lanceurs d’alerte. Cette protection doit inclure les parents qui doivent pouvoir signaler des soupçons de violences sexuelles par leur (ex)-conjoint sans craindre des représailles judiciaires ou autres. Le soi-disant SAP (Syndrome d’Aliénation Parentale) qui est officiellement désavoué par le ministère de la justice (5e plan de lutte contre les violences faites aux femmes, janvier 2017) doit être effectivement banni de tout débat judiciaire.

 

Prévention tertiaire (réduire les conséquences)

 

18. Création de groupes régionaux de gendarmes et policiers spécialisés dans la pédocriminalité. Doter les services luttant contre la pédopornographie de moyens humains et techniques suffisants.


19. Considérer l’enfant qui ose parler comme un enfant « présumé victime » même s’il a commis des actes de délinquance qui sont parfois des appels au secours ou les conséquences de sévices subis (vol, toxicomanie, fugues, violences physiques…). Cela passe avant tout par la formation des professionnels impliqués (justice, service sociaux, corps médical). 


20. Protection immédiate de l’enfant qui doit être mis à l’écart de l’agresseur présumé. Si les deux parents sont impliqués, séparer l’enfant de ceux-ci en le plaçant dans un environnement sécurisé spécifique à cette problématique avec du personnel spécialisé et formé.


21. Prise en charge pluridisciplinaire de l’enfant présumé victime avec un accompagnement psychologique systématique gratuit par des victimologues sans limitation de durée. Création de centres de soins spécialisés dans la prise en charge des traumatismes (dont le viol et l’inceste).


22. Application systématique et obligatoire de la procédure Mélanie en cas de procédure judiciaire. Enregistrement vidéo du témoignage de l’enfant, réutilisable par tous les acteurs de la chaîne judiciaire, dans une salle dédiée au recueil de la parole de l’enfant victime.


23.  Réduction de la durée d’instruction et de jugement créant une attente parfois de plusieurs années, traumatisante pour l’enfant. Cela nécessite avant tout un budget suffisant pour notre justice.


24. Possibilité pour l’enfant de témoigner par télétransmission lors du procès de son agresseur, ou bien d’être représenté par des experts qui auront recueilli sa parole et la transmettront à l’audience à la place de l’enfant.


25. Formation d’État initiale et continue obligatoire de toutes les personnes en contact avec l’enfant présumé victime : travailleurs sociaux, magistrats, policiers, gendarmes, médecins, psychiatres et psychologues, avocats…


26. Création d’un parcours d’aide pour les survivants de l’inceste et de la pédocriminalité, pour les guider dans l’ensemble de leurs démarches (police, justice, soins). Site internet dédié et numéro vert d’information (comparable à ceux qui existent pour le tabac, le SIDA, le cancer, etc).


27. Lutte contre l’exposition des mineurs à la pornographie. Les mineurs sont exposés à la pornographie dès l’âge de 11 ans en moyenne. Il faut imposer la vérification systématique et fiable de l’âge des personnes qui consultent des sites « pour adultes », et bloquer les sites non conformes. La loi du 30 juillet 2020 comporte des mesures qui renforcent l’arsenal législatif, il faut maintenant l’appliquer et mettre fin à cette corruption de mineurs à échelle industrielle.


28. Formation et Validation par l’État des experts judiciaires intervenant dans les affaires de pédocriminalité, autant pour expertiser les victimes que les agresseurs présumés.


29. Amélioration de l’aide juridictionnelle pour les victimes de crimes et délits sexuels. Actuellement les avocats défendant les agresseurs sont mieux payés que ceux qui défendent les victimes ! Au minimum, il faudrait que l’aide juridictionnelle accordée aux uns et aux autres soit la même.


30. Information autour de la prise en charge des soins à 100% par la Sécurité Sociale au titre d’affection de longue durée (ALD) pour les survivants d’inceste et de pédocriminalité.

Un des grands obstacles à prévenir la violence est tout simplement l’ignorance. Pour beaucoup de décideurs, l’idée que la violence constitue un problème de santé publique est nouvelle et, en fait, assez contraire à leur conviction qu’il s’agit d’un problème de criminalité. C’est tout particulièrement le cas pour les formes moins visibles de la violence, comme les mauvais traitements infligés aux enfants, aux femmes et aux personnes âgées.

Organisation Mondiale de la Santé, La violence : un défi planétaire