Résultats du sondage : Face à l'inceste doit-elle diffuser l'information sur la ligne d'écoute et d'orientation pour les personnes attirées sexuellement par les enfants

Actualités Publié le 16.07.2020

Durant le mois de février 2020, Face à l'inceste a interrogé ses adhérents et membres sympathisants sur l’opportunité d’informer de l’existence d’une ligne d’écoute  pour les personnes attirées sexuellement par les enfants.

Ce numéro vert à l’initiative de la Fédération Française des  Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles vient de voir le jour à titre expérimental avant de se généraliser pour le territoire national.Ce nouveau dispositif de prévention de la pédocriminalité doit permettre d’agir à la source afin d’éviter le passage à l’acte en orientant ces personnes vers des soins adaptés dans chacun des centres régionaux CRIAVS.  Ce type de dispositif a fait ses preuves à l'étranger, en Allemagne notamment, depuis 2005.A la veille de changements majeurs pour notre association, Face à l'inceste  a choisi de renforcer ses actions en faveur d’une meilleure protection de l’enfance. Plusieurs initiatives autour de la prévention, la sensibilisation, et la formation sont donc à venir.  En tant qu’association regroupant des survivants de l’inceste et proches de survivants nous envisageons d’informer de l’existence de ce du numéro unique d’appel porté par la FFCRIAVS,  Nous avons donc souhaité solliciter l'avis de nos membres et adhérents en posant deux questions : "Pensez-vous que ce numéro vert pourrait contribuer à la prévention des violences sexuelles sur les enfants ?" et "pensez-vous que Face à l'inceste  doive diffuser l'existence de ce numéro vert ?".Au 29 février 2020, 355 personnes parmi nos adhérents et membres sympathisants ont répondu au sondage. Le panel se composant de à 74,37% de survivants de l’inceste, 13,80% de proches de survivants, 4,79% de survivants de pédocriminalité, 2,82% de professionnels, 4,23% autres.
Voici les résultats. (Attention, article réservé aux adhérents et membres, il faut être identifié sur le site pour le lire entièrement).
 


1. Pensez-vous que ce numéro vert pourrait contribuer à la prévention des violences sexuelles sur les enfants ?


79% des 355 répondants au sondage pensent que ce numéro vert pourrait contribuer à la prévention des violences sexuelles sur les enfants, 9% des répondants sont en désaccord et 11% sont hésitants.

Le numéro vert est reconnu par une grande majorité de répondants (79%) comme utile car il peut permettre aux personnes attirées sexuellement par les enfants de reconnaître qu’ils ont un problème, que même si cela ne concerne que quelques individus, la mesure est utile pour sauver ne serait-ce qu’un enfant. L’écoute de ces individus est un premier pas vers une démarche de soin, le numéro vert permettrait selon les répondants d’être dirigés vers une prise en charge adaptée. L’anonymat privilégiant l’expression, l’utilisation de ce numéro pourrait permettre d’éviter que des individus passent à l’acte. Selon les répondants, le numéro vert offrirait également à ces individus une aide pour entamer une démarche de prise en charge auprès de professionnels. Plusieurs survivants de l’inceste ayant répondu au sondage évoquent également l’utilité de ce numéro vert pour éviter la reproduction d’actes d’inceste et de pédocriminalité.

Les répondants notent également le fait que le dispositif fonctionne dans d’autres pays et en ce sens, valide l’existence de ce numéro vert, même si des doutes persistent pour les hésitants sur son utilisation.

Les personnes qui pensent que ce numéro vert ne contribuerait pas à la prévention des violences sexuelles sur les enfants soulignent qu’il existe d’autres priorités et d’autre part que l’effet de ce numéro vert est très limité : les personnes attirées par les enfants ne l’utiliseraient pas et si quelques-uns l’utilisent, ce numéro ne permettrait pas d’éviter un passage à l’acte.


Extraits : un numéro vert utile car :


Il peut permettre de sauver des enfants  en évitant le passage à l’acte
« il faut diffuser ce numéro si sa peut sauver des enfants »
« si ce N° vert pouvait sauver un seul enfant ce serait déjà positif...à expérimenter! »
« Il y a peut-être une chance sur xxxx mais ce sera un enfant sauvé »


Cela permettrait aux personnes attirées sexuellement par les enfants la reconnaissance qu’ils ont un problème, et leurs faire prendre conscience des conséquences traumatiques pour les enfants.
« C'est remettre la gravité et l'importance des actes dans le conscient de la personne »
« Cet individu peut être écouté, rassuré et se verra mettre des mots sur ses maux et proposer des solutions alternatives (soins) au lieu d'aller blesser un enfant de façon irrémédiable. »
« Pour prévenir expliquer avant le passage à l'acte et les conséquences traumatisantes. »


Si cela fonctionne dans d’autres pays, il faut le faire en France
« Mais si ça marche dans les autres pays, il faut essayer ! Si ça marche pour quelques personnes, ce sera toujours ça de gagné »
Les personnes attirées sexuellement par les enfants pourraient être aider, dirigé et entamer une démarche de prise en charge (suivi psychologique, etc.)
« Des professionnels formés pourront aider ces personnes à renoncer à leurs crises et les informer sur les ressources thérapeutiques de leurs régions. »
« Prendre en charge en prévention semble évidement important »


L’anonymat peut permettre l’expression
« Cela peut leur faciliter la démarche par l'anonymat des premiers aveux »
« Le côté anonyme et non jugeant pourrait pourquoi pas aider certaines personnes à entamer une démarche de soin »
« Les personnes qui appelleront ce numéro ont sans doute comme motivation l'envie de ne pas faire de mal aux enfants, et peut-être pour ces personnes faire la démarche les aidera à rester ""abstinents"" et à ne pas toucher aux enfants. »
« A présent qu'on parle de crimes sexuels dans les médias, certaines personnes attirées par les enfants peuvent comprendre que ce n'est pas normal et avoir besoin d'en parler à quelqu'un. Le téléphone est souvent plus facile pour parler à visage couvert. »


C’est aussi reconnaître l’existence de ces personnes au sein de la société
« Il est temps de prendre en considération la prévention des violences sexuelles dans sa globalité. Victime et agresseur »
« Je pense que prendre les choses en amont en accompagnant les personnes qui ont conscience de leurs problèmes et une excellente initiative car qu'on le veuille ou non ces personnes existent et il est préférable de les accompagner à changer que de les laisser nous faire du mal. »


Pour éviter à certains de reproduire le mal qu’on leur a fait subir
« Si on ne soigne pas les violeurs, on ne risque pas d'éradiquer un jour le fléau des violences sexuelles, d'autant que dans la majorité des cas les violeurs sont eux-mêmes d'anciennes victimes. »
« Étant une victime d'inceste, j'ai eu moi-même peur à certains moments d'avoir des attirances vers des adolescents et personne à qui en parler. C'était une phase de l'évolution de la révélation du traumatisme. Je ne le savais pas. »


Permettra de mieux comprendre les raisons de ces attirances pour les enfants
« Nous ne comprenons pas encore pourquoi certains sont attirés par les enfants. La réponse ne peut pas être là prison puisqu'elle ne résout rien sur le psychisme des pédophiles ou pédo-criminels. »

Parce qu’il faut tout faire pour lutter contre les violences faites aux enfants
« Toutes les initiatives dans ce genre sont bonnes à prendre »


Un numéro vert, oui, mais…

Il y a d’autres priorités : pour les victimes, la prévention en milieu scolaire auprès des enfants et de leurs parents, auprès des professionnels scolaires, de santé, pour mener une campagne médiatique soutenue
« Pensez aux victimes plutôt pour où elles aient la force de dénoncer »
« Parce qu’ils existent encore des enfants, qui n’ont pas accès à un signalement »
« Je soutiens un numéro vert pour les victimes et survivants et une réelle formation auprès des soignants de l’impact psychologique, une communication via la tv sur la pédophilie etc.»


Un numéro vert qui n’est que complémentaire d’autres actions
« Il faut cependant je pense surtout travailler sur la sensibilisation de l'entourage des enfants victimes, pour que cesse l'aveuglement, le déni et la mise sous silence de ce qu'on sait sans vouloir le voir, ou sans le dénoncer de peur des conséquences »


Un numéro vert qui suppose des moyens et des compétences importantes
« Il faut faire attention aux personnes qui recueilleront les appels et qui prennent en charge les personnes attirées sexuellement par les enfants car parfois ils sont mal formés et rentrent malheureusement dans le discours de l'agresseur d'auto-apitoiement et de culpabilisation des victimes qui seraient un peu responsables et c'est catastrophique »
« Il va falloir des personnes sacrément solides et bienveillantes pour répondre sans juger, et sans s'effondrer de ce qu'ils ont entendu... »


Un numéro vert qui ne permet pas de lutter contre l’inceste
« Je ne pense pas que ce numéro sera utile pour lutter contre l'inceste car c'est un problème différent de la pédophilie »


Extraits : un numéro vert qui ne serait pas utile car :


Le numéro vert ne permettrait pas d’éviter le passage à l’acte
« Qui va téléphoner avant de violer un enfant ? »
« Beaucoup de prédateurs n appelleront pas. Et s’ils appellent, cela ne changera rien. »


Les prédateurs/agresseurs n’ont pas conscience de leurs déviances, ou trop limité
« Encore faut-il qu'ils soient conscient de ces tendances pédophiles et qu'ils en souffrent. »
« Ce genre de malades ignorent qu’ils sont malades. Et même si le numéro est anonyme je pense qu’un pervers conscient de son problème n'osera pas appeler »


Le numéro vert servirait ceux qui ont envie d’assouvir leurs tendances
« Cela pourrait peut-être même lui servir de lieu d'écoute où il pourrait librement parler de ses fantasmes et l'exciter encore plus »

Trop peu de personnes appelleraient, de peur de se dénoncer, d’être enregistrés
« Les vrais prédateurs auront peur d’être dénoncés et n’ont aucun état d’âme »


Un numéro vert qui aiguise le sentiment d’injustice des victimes
« Ce numéro laisse croire que les agresseurs sont des victimes »
« Parce que les pédophiles ne méritent pas de vivre ! Et encore moins d’avoir une ligne dédiée payée avec mes putains d’impôts ! »
« Parce que tous les pays (Canada notamment) où des ressources ont été allouées aux agresseurs, les victimes n'en ont pas du tout profité, bien au contraire.  Des études canadiennes ont montré l'inefficacité totale de ce genre de stratégie qui prive celles qui en ont réellement besoin (les victimes) de ressources précieuses et rares »


2. Pensez-vous que ce numéro vert pourrait contribuer à la prévention des violences sexuelles sur les enfants ?


68% des 355 des répondants au sondage sont favorables à la diffusion par Face à l'inceste de l’existence du numéro vert d’écoute et d’orientation pour les personnes attirées sexuellement par les enfants, 19% ne savent pas et 13% n'y sont pas favorables.

Dans l’ensemble, les réponses sont majoritairement favorables à la diffusion par Face à l'inceste de ce numéro vert, y compris de la part des personnes qui ont répondu que ce numéro ne contribuerait pas à la prévention des violences sexuelles envers les enfants. Selon la majorité des répondants, il est très important de faire connaître ce numéro, Face à l'inceste doit être un des relais, la diffusion de ce numéro fait partie des 30 propositions de Face à l'inceste faites au gouvernement pour un plan inceste. De plus, de nombreux répondants mettent l’accent sur le fait que des personnes attirées sexuellement par les enfants voire des agresseurs ont eux-mêmes été victimes d’inceste, et la diffusion de ce numéro par Face à l'inceste peut ainsi permettre à ces individus d’éviter de passer à l’acte.

Néanmoins, l’information au sujet du numéro vert relayé par Face à l'inceste doit être clarifié car il y a des confusions majeures qui peuvent grandement porter préjudice à la confiance d’adhérents à Face à l'inceste . En effet, Face à l'inceste doit rappeler et rassurer ses adhérents sur le fait que ce n’est pas elle qui prend en charge le fonctionnement de ce numéro vert. Mais elle doit également rappeler ses missions principales, car pour plusieurs personnes, un des symboles /une des actions fortes d’ Face à l'inceste étaient les groupes de parole. Les répondants souhaitent être informés davantage sur le fonctionnement, et les résultats dans les autres pays.


Extraits : des hésitations à ce que Face à l'inceste diffuse le numéro vert


Tentons l’expérience…
« Pour mon agresseur ça n'aurait pas marché...mais si un seul pouvait être dévié...un seul abus évité, ça vaudrait le coup ! »
« Pourquoi pas. Même si je doute un peu qu'un pédophile en puissance effectue des recherches approfondies sur le sujet et tombe sur le site de notre association


En informant de la démarche et en rappelant les rôles de Face à l'inceste
« Cela doit être accompagné d'explications pour ne pas braquer des victimes en donnant l'impression de ne pas être du bon côté »
« Tant que l’association ne finance rien et aide pas ces personnes, pourquoi pas ! »
« Si ça coûte rien... »
« Oui, mais en étant très clair sur le fait qu'elle le communique dans un soucis de prévention, mais qu'elle ne soutient pas les pédo-criminels. »


Un relai qui n’a pas d’intérêt
« Pourquoi pas une campagne médiatique (les pedo-criminels se soucient ils de leurs victimes en allant consulter un site web tel que celui de Face à l'inceste ? »
« L'association d'aide aux victimes n'intéresse pas ces personnes. »


Extraits : pourquoi Face à l'inceste ne doit pas diffuser l'existence de ce numéro vert


Car c’est risquer de perdre la confiance des adhérents de Face à l'inceste
« Ça peut être une idée insupportable pour les victimes de ""tendre une main à des bourreaux"" »
« Le fait que Face à l'inceste propose de diffuser l'existence de ce numéro vert est curieux d'abord. Mais en y réfléchissant je trouve cela peut être pertinent et même courageux de la part de votre association. Même si certains membres pourraient être gêné par ce choix... »
« Je suis scandalisée que cette association abandonne ses victimes actuelles et futures alors même qu'elle est la mieux placée dans la connaissance de e type de pédo-criminels familiaux »
« Cela me choque de voir une association d'aide aux victimes apporter de l'aide aux agresseurs. »
« Pas envie que des agresseurs viennent sur le site. J'suis phobique. J'ai peur de tout. »

Face à l'inceste n’a pas à jouer ce rôle
« Êtes-vous les mieux placés pour prendre en charge les auteurs d’agressions sur les enfants alors que vous protégez les enfants... »
« Parce que je pense que l'association est à l'écoute des victimes et non des pédophiles »
« Mieux vaut utiliser les moyens à aider les victimes »
« Est-ce le rôle de Face à l'inceste ? Occupons-nous déjà des victimes !! »
« Face à l'inceste a un combat à mener différent et essayé d’aider le pervers afin qu’il ne passe pas à l’acte, serait lui donner un justificatif devant un tribunal le disculpant d’essayer de se faire soigner. »
« Aidons les victimes, ne nous trompons pas de combat »
 « Son rôle premier était à la base de permettre la libération de la parole des victimes. Le slogan toujours affiché sur le site Internet est : « donnons-nous enfin la parole. »


C’est renforcer le sentiment d’injustice
« Il ne y a aucun soutien ni aucune prise en charge ni aucun numéro vert pour écouter les enfants victimes d’inceste «
« Il faudrait savoir qui l’on prend en charge en France c’est l’agresseur qui est écouté et non l’enfant victime »
« Parce que c'est complètement contre productif et dégueulasse de détourner de rares et précieuses ressources vers l'aide des agresseurs. »

C’est risquer un amalgame entre les personnes victimes et les personnes agresseurs sexuels
« Risque d'un amalgame entre les personnes victimes et les personnes agresseurs sexuels pour le "Grand public" et aussi celui des médias qui en feront leur chou gras à diffuser l'info. »


Conclusion 


Face à l'inceste remercie les participants d'avoir répondu à ce sondage et d'avoir apporté autant de matière à analyser. Notre association va suivre l'avis de la majorité de ses adhérents et membres qui plébiscitent cette initiative gouvernementale.

En effet, le OUI l’emporte à 68 %, ce qui signifie que la prévention primaire a une place importante dans les futures actions d’information que nous souhaitons soutenir. Ce positionnement ne signifie absolument pas que l’association trahit ces membres adhérents, mais plutôt qu’elle fait face l'inceste de façon systémique, c’est-à-dire en prenant de façon globale la prévention des violences sexuelles sur mineurs. Nous ne devons pas oublier les plus de 40% des agresseurs ont eux mêmes été victimes dans l'enfance ; aider à briser le silence peut passer par ce numéro vert.

Concrètement, nous diffuserons l'existence de ce numéro sur notre page "contact" sur notre site internet. Depuis notre création, nous avons à plusieurs reprises étés contactés par des personnes sexuellement attirées par les enfants déclarant avoir besoin d'aide pour ne pas passer à l'acte. Nous avons toujours considéré qu'il fallait apporter une réponse à ce type de demande sans que nous puissions la fournir, ce n'est pas notre vocation. Pourtant  nous avons redirigé ces personnes vers des structures comme les CRIAVS ou des professionnels formés afin de ne pas fermer les yeux et surtout pour potentiellement sauver un enfant car là est notre vocation.