Soins et appui à apporter aux survivants adultes

Dossiers Publié le 03.11.2009

Par Frederick Mathews, Ph.D., C. Psych.

Extrait de "Soutien et démarches de guérison à l'intention des survivants et survivantes d'agression sexuelle"

Ce chapitre décrit quelques-unes des démarches et des stratégies les plus communes. Même si le contenu de ce chapitre provient d'abord des écrits relevant du travail auprès de femmes ayant subi des actes d'agression sexuelle dans leur enfance, il s'applique en grande mesure aux survivants masculins aussi.

Il y a de nombreuses voies qui s'ouvrent aux survivants dans leur démarche de guérison. Il n'y a pas de voie «unique». Lorsque nous avons commencé à oeuvrer auprès des survivants, nous avions tendance à suivre un «modèle médical» qui considérait les mécanismes ou les défenses permettant aux survivants de faire face à la situation comme des preuves de «pathologie» nécessitant «un traitement». Ce point de vue a quelque peu évolué et comprend maintenant un modèle beaucoup plus centré sur la personne. Dans le cadre de ce modèle, il revient à la personne de diriger sa démarche, de définir le sens de ses expériences, de valider ses expériences individuelles et de mettre l'accent sur ses forces et ses capacités de faire face à ce qui lui arrive.

Les professionnels, les thérapeutes non' accrédités, les survivants et les intervenants de tout milieu peuvent ne pas être d'accord quant à ce qui constitue la «guérison», le «traitement» ou la «thérapie» qui convient le mieux. Toutefois, la plupart seront d'accord pour accepter une règle fort simple : commencer avec la personne, ses besoins, là où elle se trouve dans son cheminement, ses ressources, ses sources de soutien et sa propre intuition quant à ce qu'elle a besoin de trouver ou quant au mieux-être recherché.

Les intervenants doivent se rappeler que, pour les survivants, le passage de la frontière de la peur à la décision de reprendre leur vie en main exige à la fois courage et espoir. Cela exige aussi un acte d'amour de soi de la part des personnes qui en sont peut-être venues à trouver l'idée d'amour même un concept étrange qui leur est étranger.


Appuyer le processus de guérison des survivants exige

une acceptation inconditionnelle de la personne;
la foi en la capacité qu'ont les survivants de faire face aux circonstances et de guérir;
la validation de l'expérience de mauvais traitements des survivants;
le respect des limites personnelles de l'intervenant et de celles de la personne qui chemine;
de garder l'accent sur le fait que le client doit rester le maître de sa démarche;
d'aider la personne à comprendre qu'elle n'est pas la première à vivre cette expérience.

 

Un voyage unique

Chaque démarche de guérison diffère d'une personne à l'autre. Tout cheminement peut exiger d'aider les survivants à avancer et à dépasser leurs expériences passées pour découvrir les liens avec leurs comportements et leurs sentiments actuels. Il faut parfois aborder les préoccupations immédiates centrées sur la vie très concrète comme trouver un logement ou un travail.

Les thérapies favorisant l'introspection peuvent s'avérer utiles à un certain moment, les approches cognitives et comportementales à d'autres. Certains survivants et survivantes sont plus axés sur l'action et plus concrets dans leur approche face à la vie et ne réagissent pas bien au point de départ avec le travail orienté vers le retour en arrière. Ils peuvent trouver ces approches un peu comme s'ils devaient conduire une voiture vers l'avant en regardant dans le rétroviseur. Le travail sur leurs pensées et leurs sentiments actuels ou sur les questions vitales à l'heure actuelle peut les amener à revenir en arrière pour déchiffrer la cause ou le sens de leurs actions. Plus les intervenants disposent d'«outils» thérapeutiques et plus ils font preuve de souplesse dans leurs interventions, plus ils seront en mesure d'aider la personne dans sa démarche.

 

La guérison, une démarche sociale

Dans sa forme la plus fondamentale, la guérison ou la «thérapie» s'inscrit dans un processus social. Pour établir une relation fonctionnelle - le lien thérapeutique exige de nombreux éléments apparentés à ceux qui sont nécessaires pour qu'une relation prenne son envoi; l'accueil bienveillant, la communication ouverte et directe, le réconfort, la mutualité, et le respect. Les thérapeutes rigides et distants seront probablement incapables de créer l'encadrement sécurisant et réconfortant dont les survivants ont besoin pour mieux cheminer. Ceci ne veut nullement dire que l'on doive laisser tomber les frontières professionnelles et les normes de pratique professionnelles. Ceci veut simplement dire que les intervenants doivent être plus à l'écoute du vécu des survivants et de leurs besoins.

Les intervenants doivent comprendre que la confiance peut s'établir très lentement sans qu'elle ne devienne complètement inconditionnelle, et ce tout au long de la démarche. Les survivants ont probablement été maltraités aux mains de personnes qu'ils connaissaient, qu'ils aimaient ou en qui ils avaient confiance, ou encore par quelqu'un en position d'autorité à leur égard. La rupture du lien de confiance peut influer sur la personne tout au long de sa vie et peut affecter vraiment sa capacité de faire confiance aux autres. Il n'est pas rare de constater que la personne, en fait, croit que les autres exercent un certain contrôle sur sa vie ou qu'ils affectent la façon dont elle se perçoit ou dont elle se sent.

Les thérapeutes peuvent probablement se trouver dans une situation où ils doivent se défendre pour garder une certaine perspective face aux projections des survivants qui peuvent leur attribuer les mêmes caractéristiques que celles qu'ils ont vues chez leur agresseur. Il est essentiel que les thérapeutes soient patients afin de surmonter les arrêts et les départs parsemant la route des survivants. Il s'agit alors simplement d'aborder ensemble ces questions de confiance et de sécurité.

Si les survivants n'ont jamais entrepris de démarche de counseling auparavant, les thérapeutes ne devraient pas s'attendre à une révélation immédiate des faits ou des circonstances entourant l'agression, de la description de l'agresseur (particulièrement si c'est un membre de la famille), ou de ce qu'ils pensent ou ressentent suite à leur expérience. La révélation peut s'échelonner sur une longue période de temps. Les survivants ont besoin d'entendre d'un thérapeute qu'il est naturel de minimiser ou de rejeter la violence et les sentiments ou expériences qui s'y rattachent. On devrait toujours laisser une porte ouverte afin de permettre aux personnes survivantes de risquer de révéler ce qu'elles veulent, et ce quand elles sont bien prêtes à le faire. Pousser les personnes survivantes à tout révéler lorsqu'elles ne sont pas prêtes constitue en soi une forme d'agression et peut les forcer à mentir ou à réprimer leurs pensées ou leurs souvenirs. Si elles mentent une première fois, il peut être difficile pour elles de s'ouvrir à l'avenir car maintenant il y a fausse représentation.

 

Faire face aux essais antérieurs de guérison

Les personnes qui ont déjà entrepris une démarche de counseling par le passé peuvent être encouragées à revenir sur leurs expériences, sans toutefois jeter un blâme à qui que ce soit, afin d'apprendre comment améliorer le travail de guérison actuel. De nombreux éléments de la démarche thérapeutique peuvent conduire à un échec. Parfois c'est parce qu'on n'arrive pas à répondre aux besoins de la personne. Il arrive également que le conseiller manque de formation. Il faut alors aborder ces questions ouvertement et honnêtement afin d'améliorer les chances de la personne d'atteindre le mieux-être auquel elle aspire maintenant dans le cadre de sa thérapie.

 

Aider les survivants à se préparer

Il est important de reconnaître que les survivants et survivantes ne s'engagent pas tous de la même façon et ne poursuivent pas tous leur cheminement jusqu'au bout. Il revient à l'intervenant d'évaluer si la personne est prête à entreprendre ou à continuer sa démarche. Les toxicomanes auront besoin de soins ou de ressources supplémentaires. Les survivants sans famille, amis, ou partenaires pour les épauler lorsqu'ils entrent dans le processus de guérison peuvent aussi avoir besoin d'aide supplémentaire. Les survivants devant assumer des comportements mésadaptés à la fois chroniques et débilitants peuvent avoir besoin d'une vaste gamme d'appuis et de services afin de faciliter leur processus de guérison.

 

Arriver au counseling

Le plus grand obstacle pour amener les victimes au counseling est le problème posé par l'évaluation des agressions dans leur vécu. De nombreuses personnes ayant subi des actes d'agression sexuelle ne se confient pas. Il en résulte qu'elles sont mal diagnostiquées ou mai étiquetées par des cliniciens, qui, eux, ne se doutent de rien. On dira alors que la personne est psychotique, hystérique, à la limite, ou antisociale. Les cliniciens ne voient pas souvent que les problèmes interpersonnels et psychologiques graves découlent des agressions sexuelles (Mennen, 1992).

Interventions privilégiées dans la démarche

Il est possible de privilégier différentes interventions, et ce selon les besoins individuels, les désirs exprimés par la personne, ou la disponibilité du soutien et des ressources. La plupart des interventions se rejoignent à la fin, qu'on soit un homme ou une femme. Il subsiste toutefois quelques différences. Il faut en outre tenir compte de certaines données. L'agresseur fait-il partie de la famille? Est-il connu de la victime?

Des survivants peuvent préférer faire face aux conséquences affectives de l'expérience de violence. Ceci peut signifier qu'on va aborder les peurs et les phobies, la dépression, la culpabilité, le manque de confiance, ou les sentiments d'isolement. D'autres survivants peuvent aussi choisir de traiter des problèmes d'image corporelle, de sexualité, de toxicomanie et de relations et des questions de confiance. Enfin, certains peuvent choisir d'acquérir les habiletés voulues pour devenir un meilleur parent, les techniques de relaxation, d'affirmation de soi et les techniques de communication.

Certains survivants et survivantes intègrent aussi leurs croyances religieuses et leur croissance spirituelle dans leur travail de guérison. D'autres font appel au soutien de leur conjoint. D'autres encore écrivent un journal, utilisent des portraits de famille, des souvenirs d'enfance, et autres événements significatifs et positifs pour reconstruire et réorienter leur vie en plaçant les agressions en contexte (Mennen, 1992).

Interventions auprès des survivants autochtones

Toutes les personnes oeuvrant auprès des survivants se doivent d'être sensibilisées aux défis et aux questions relevant de la culture, de l'ethnicité et de la langue qui entourent l'aide à apporter aux survivants.

Les collectivités autochtones au Canada ne font que commencer à reprendre leur patrimoine. Elles s'éveillent au pouvoir bénéfique de certaines de leurs traditions et elles reviennent aux valeurs, aux pratiques culturelles et à un sens collectif qui ont été perdus lorsque les familles et les collectivités ont été séparées lors d'essais d'assimilation des enfants autochtones par l'entremise de l'éducation dans les pensionnats.

Les survivants autochtones doivent surmonter des entraves considérables seulement pour divulguer les agressions subies. Dans certaines collectivités rurales, isolées ou fort petites, les intervenants peuvent être apparentés à l'agresseur. Lorsque porter plainte peut conduire à l'emprisonnement, les survivants et les guérisseurs peuvent, tous deux, ressentir une forte pression pour éviter d'avoir à traiter avec le système de justice pénale (Hodgson, 1990).

Au fur et à mesure que les collectivités autochtones chemineront dans leur démarche de guérison, elles dépendront de moins en moins des professionnels non autochtones. De nombreuses collectivités sont déjà bien en place. D'autres exigent encore un certain soutien afin de les aider à poursuivre leurs efforts. Il est important pour les professionnels non autochtones de reconnaître le pouvoir qu'ils ont dans de telles situations. Une partie du travail de guérison n'est pas seulement de «traiter» les survivants mais de travailler afin d'aider les collectivités autochtones à retrouver confiance dans leurs propres traditions culturelles et dans leurs moyens de guérison qui peuvent non seulement s'ajouter aux méthodes occidentales, mais éventuellement les remplacer. Pour en arriver à ces partenariats, il faut de la générosité d'esprit, de la patience et du respect. Puisque la confiance est un ingrédient essentiel au développement du respect, les professionnels non autochtones ont besoin de comprendre les défis auxquels doivent faire face les intervenants autochtones dans ce processus.

Il est important de développer le respect mutuel entre les intervenants autochtones et non autochtones. Hodgson croit que ceci est difficile parce que les cliniciens non autochtones croient souvent savoir ce qui est meilleur pour la personne autochtone. Elle croit aussi que les intervenants autochtones souvent ne font pas confiance à leurs propres idées lorsqu'il s'agit de déterminer les méthodes les plus efficaces.

Les stratégies de traitement qui semblent les plus efficaces auprès des survivants autochtones incluent les thérapies par le geste, les dessins et la visualisation. Selon Hodgson, La peur refoulée, contenue dans le corps, peut être libérée par la thérapie par le geste. On peut ainsi rompre le silence d'une façon moins menaçante par l'entremise des dessins et de la visualisation. On trouve ainsi une voix dans le silence, une absence de contrôle qui peut se transformer en prise de contrôle. Les survivants parents uniques De nombreux survivants, surtout des femmes, sont des parents uniques.

Ils doivent s'occuper de leur famille, souvent dans la pauvreté et dans des circonstances extrêmement difficiles. Le fait d'être parent ajoute un stress important à tout adulte, même si les parents vivent ensemble. Les survivants parents uniques, doivent faire face aux demandes de la famille seuls en plus d'éprouver de la difficulté à se garder du temps à consacrer à leur démarche de guérison. Une fois le travail de guérison entrepris, cela peut s'avérer une tâche insurmontable simplement de trouver le temps pour assister aux séances de counseling pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, faire les tâches ménagères, garder un emploi rémunéré et élever les enfants. De plus, il faut payer la gardienne. À la longue, cela peut revenir assez cher.

Les parents de familles monoparentales se retrouvent souvent seuls et se sentent très isolés. Ils ont peut-être perdu leur partenaire. Il arrive qu'ils aient été rejetés de leur famille. Quelquefois, leur famille ne croit pas à leur témoignage. Enfin, ils ont peut-être aussi perdu de vieux amis qui ne peuvent faire face à l'expérience d'agression sexuelle des survivants. Leurs craintes sont multiples. Ils peuvent s'inquiéter de surprotéger leurs propres enfants. Ils peuvent craindre de rencontrer des partenaires agressifs ou de placer leurs enfants dans des situations où ils vivront de la violence. Les enfants peuvent aussi faire surgir des questions avec leurs exigences affectives et leur demande de temps ou par des comportements précis. Les survivants de familles monoparentales doivent aussi décider s'ils doivent se confier à leurs enfants. Ceci est particulièrement délicat lorsque les enfants connaissent l'agresseur.

 

Interventions auprès du survivant agresseur

Une question particulièrement épineuse est le traitement des survivants qui sont maintenant des agresseurs ou qui l'ont été dans le passé. La plupart des conseillers et des thérapeutes refusent de travailler avec les survivants agresseurs. Certains intervenants refuseront même de travailler avec les survivants qui ont déjà perpétré des actes d'agression sexuelle dans le passé.

Cette exclusion s'explique lorsqu'on travaille avec des survivants dans un groupe. Les survivants non agresseurs peuvent possiblement se sentir menacés et insécures dans ces circonstances. Une telle pratique peut se justifier assez facilement si l'on considère que la plupart des conseillers, et des thérapeutes n'ont pas la formation et les capacités voulues pour travailler auprès des délinquants sexuels. Cela aussi justifie le retrait des barrières artificielles qui continuent à exister entre les domaines des victimes et des agresseurs, et l'encouragement de tous les conseillers et les thérapeutes à travailler avec les survivants afin d'étendre leur base de connaissances. Nous savons que certains survivants et survivantes agressent d'autres personnes. Ceci peut se traduire sous la forme de négligence ou de violence affective, physique ou sexuelle. Qu'ils le réalisent ou non, de nombreux conseillers et de thérapeutes travaillent déjà avec des clients ayant posé ces gestes.

À cause des stéréotypes dangereux selon lesquels les hommes sont tous préoccupés par le sexe ou l'agressivité sexuelle, nous sommes tentés presque automatiquement de soupçonner la possibilité de délinquance sexuelle chez les survivants. Suite à cette croyance, il n'est pas rare pour certains thérapeutes de chercher des indices à ce sujet. Les conseillers et les thérapeutes, formés pour travailler les problématiques propres aux survivants et aux agresseurs auprès d'une clientèle masculine, vont entreprendre une vérification d'usage à propos de la relation avec les parents. De façon régulière également, les conseillers et les thérapeutes vont explorer chez leur client masculin les relations avec les autres personnes importantes ou le degré de risque qu'il peut poser à sa femme, son ou sa partenaire ou à ses enfants. Toutefois, en thérapie, on ne voit pas le même phénomène se reproduire pour les femmes. Nous commençons à peine à accepter le comportement d'agression chez les femmes et non seulement face aux cibles évidentes comme les jeunes garçons et les filles, les adolescents et, même, bien que dans une moindre mesure, les hommes adultes, mais aussi envers d'autres femmes et entre partenaires lesbiennes (Renzetti, 1992). C'est une évolution importante au niveau de notre compréhension car nous avons besoin d'entreprendre des recherches qui nous mèneront au développement de concepts portant sur les comportements d'agression féminins, d'évaluation et de traitement qui puissent répondre aux besoins des femmes.

Accepter le fait qu'une femme puisse agresser contribuera à la démarche de ces femmes qui peuvent être doublement pénalisées de par notre rejet de l'existence du phénomène.

Puisque l'agression commise par des femmes ne cadre pas facilement dans le cadre de travail théorique et de traitement féministe s'appuyant sur le genre, certaines féministes craignent qu'une thérapeute ne soit tentée de minimiser, de justifier ou de refuser de considérer le comportement agressif de ses clientes ce qui, à la limite, pourrait empêcher la guérison de cette femme (Lépine, 1990).

Choix du conseiller, du thérapeute ou de l'intervenant

Lors du choix d'un thérapeute, les survivants devraient se souvenir que cette étape constitue le premier pas important à faire sur le chemin de la guérison. Il faut également garder à l'esprit que, parfois, il vaut mieux cesser le travail auprès d'un certain thérapeute si on sent la relation ne fonctionne pas, si on se sent agressé, exploité, ou si on a l'impression que l'orientation du thérapeute face au travail de guérison est incompatible à ses besoins.

Lorsqu'on cherche un thérapeute, on peut tenir compte des conseils suivants.

Ne vous pressez pas à entrer en thérapie avec le premier thérapeute rencontré. Soyez patient. Cela prend généralement du temps avant de trouver les bons atomes crochus entre vos besoins et les capacités, l'expérience, la formation et la personnalité du thérapeute.

Si vous ne savez pas où commencer, contactez un hôpital local, consultez l'annuaire téléphonique et feuilletez les répertoires de conseillers ou de thérapeutes, ou demandez à votre médecin de vous référer.

Dans certaines collectivités, les survivants et les survivantes peuvent consulter les refuges à l'intention des femmes ou les centres d'aide pour victimes de viol pour obtenir des rendez-vous ou des références. De nombreuses collectivités publient des annuaires téléphoniques spécialisés ou des répertoires de professionnels locaux, d'agences communautaires et de services d'aide et autres ressources pouvant aider les survivants adultes. Vous pouvez communiquer en personne ou par téléphone.

Demandez aux thérapeutes considérés de vous suggérer une liste de documents à lire qui portent sur l'orientation théorique ou le modèle de pratique. Ne craignez pas de demander aux thérapeutes considérés où ils ont reçu leur formation et leurs références (ceci comprend les diplômes reçus, la formation et les stages spécialisés, les cours de perfectionnement professionnel).

De nombreux professionnels sont inscrits à une association ou à un collège professionnel. Demandez aux thérapeutes si vous pouvez vérifier leurs références.

Recherchez un thérapeute qui est conscient ou qui est sensible à votre bagage culturel ou à vos besoins linguistiques. Demandez s'ils offrent d'autres types de services comme le counseling pour les partenaires, la thérapie familiale, ou le travail de groupe que vous pourriez désirer inclure dans votre démarche. S'ils ont une liste d'attente, demandez s'ils offrent ou s'ils peuvent faire les arrangements pour les services de soutien aux survivants dans l'intérim. Discutez des heures, de la longueur des séances, de la durée du traitement, des frais, et des méthodes de paiement.

Il faudra défrayer vous-mêmes les services du thérapeute à moins qu'il ne soit inscrit auprès d'un régime de santé provincial, qu'il ne fasse partie d'une agence de service social financée par le gouvernement ou qu'il ne soit couvert par votre propre assurance santé. De nombreux thérapeutes font preuve de souplesse et ajustent leurs honoraires selon la capacité de payer des clients.

Sexe du conseiller, du thérapeute ou de l'intervenant Aucune recherche empirique ne saurait justifier le bien-fondé de recourir exclusivement à un thérapeute du même sexe que le client. Ce qui compte surtout relève des capacités du thérapeute, de sa formation, son expérience et sa personnalité. Les survivants devraient toutefois peser leur choix avec soin et baser leur décision sur leurs besoins personnels. Il arrive que les conseillers du même sexe que les survivants puissent être en mesure d'offrir des perceptions plus subtiles et reliées au sexe de la personne. Toutefois, les survivants ou survivantes ayant été agressés par une femme peuvent trouver stressant le fait de travailler avec une femme thérapeute. De même, les survivants ou les survivantes ayant été agressés par un homme peuvent trouver difficile de travailler avec un thérapeute masculin.

Le moment où les survivants font leur choix peut aussi être important. Les hommes et les femmes qui commencent à peine leur démarche peuvent hésiter à vouloir travailler avec un thérapeute du même sexe que leur agresseur. Il en va de même pour une personne qui en serait à une phase plus difficile de sa démarche. Plus tard dans leur cheminement, ils peuvent désirer travailler avec un thérapeute de même sexe que leur agresseur s'ils sentent que cela leur offrira d'autres points de vue ou d'autres renseignements.

Thérapeutes survivants ou survivantes

Les thérapeutes eux-mêmes survivants ou survivantes peuvent offrir à leurs clients des perceptions enrichissantes pour ce qui est de la démarche même de guérison. Les thérapeutes survivants offrent un modèle d'espoir et un exemple de la façon dont on peut réussir à intégrer l'expérience dans sa propre vie. Les thérapeutes survivants partagent une expérience commune avec leurs clients et ont aussi accès aux sentiments, aux distorsions cognitives et aux perceptions subtiles quant au fait d'avoir subi la violence contrairement aux thérapeutes n'ayant pas vécu les mêmes expériences. Les thérapeutes survivants disposent ainsi de renseignements et d'une expérience qui peuvent s'avérer très utiles pour leurs clients.

Ceci ne veut pas dire, néanmoins, que les thérapeutes non survivants soient moins capables d'offrir un accueil chaleureux aux survivants adultes d'agression sexuelle. En fait, faire appel à un thérapeute lui-même survivant comporte parfois certains inconvénients. Aucun survivant ou survivante ne devrait entreprendre le travail d'aider la guérison d'une autre personne à moins d'avoir réussi sa propre thérapie et d'être parvenue à bien intégrer les expériences de violence dans sa propre vie. Le fait d'être survivant d'agression sexuelle ne saurait remplacer les compétences, la formation supervisée, la formation et le perfectionnement continu.

Il y a des «thérapeutes naturels» parmi la population des survivants. Toutefois, les thérapeutes survivants ont besoin de comprendre qu'ils ne peuvent emmener l'autre personne plus loin qu'où ils sont eux-mêmes allés dans leur démarche. Les intervenants survivants doivent rester à l'affût des dangers possibles de dépasser la barrière entre client-thérapeute et de mettre en danger leur propre processus de guérison et l'orientation de la thérapie.

Thérapies de groupe

Les thérapies de groupe peuvent s'avérer extrêmement bénéfiques pour les survivants. Même s'il ne s'agit que d'une approche, le travail de groupe offre beaucoup d'avantages par rapport à d'autres formes de thérapie.

Les groupes offrent aux survivants un environnement sécurisant et un moyen de faire face aux sentiments d'isolement et de solitude propres à toute démarche de guérison. Puisque le fait d'assister à des rencontres de groupe constitue en soi une action publique, cette participation peut atténuer le fardeau du secret, lequel fait partie du vécu émotif des survivants, tout spécialement dans les cas d'inceste (Saxe, 1993). D'autres survivants peuvent appuyer l'ouverture, valider l'expérience de violence, affirmer le droit des survivants à la sécurité, et aider à naviguer dans des eaux souvent troublées sur le chemin de la guérison. Les survivants sont plus à même de faire face au blâme qu'ils s'adressent à eux-mêmes et aux mécanismes dangereux chez d'autres survivants parce qu'ils ont survécu à l'expérience. Ensemble, les membres du groupe peuvent aussi se réjouir du chemin qu'ils ont parcouru et de la force qu'ils en retirent.

De nombreux survivants et survivantes éprouvent des difficultés dans leurs relations interpersonnelles. Le fait d'assister à des rencontres de groupe permet ainsi d'établir des liens intimes avec d'autres personnes (Yalom, 1985).

Le groupe peut offrir aux survivants d'inceste, espoir et optimisme face à l'avenir, affirmer l'universalité de l'expérience, développer les techniques de socialisation, imiter le comportement, faire l'expérience de l'apprentissage interpersonnel et la cohésion du groupe, trouver un sens d'appartenance et revivre le groupe familial principal (Roberts & Gwat-Yong, 1989). Les groupes permettent aux membres de faire l'expérience de la vision du voyage vers la guérison des autres membres, de former des liens communs et de partager les méthodes pour confronter la situation (Roth & Newman, 1993).

Les groupes offrent aux survivants une façon de pratiquer le travail sur les questions de frontières. Pour citer McEvoy (1990),

Les frontières nous donnent un sens de sécurité, un moyen de régler nos interactions avec les autres. Elles nous disent qui nous sommes et quels sont nos droits et nos responsabilités en tant que personnes. Les frontières nous disent que nous sommes des individus uniques, ayant droit à des besoins et à ce qu'on satisfasse ces besoins. Les frontières nous disent notre valeur. Toutes les formes d'agression sexuelle contre les enfants, incluant l'inceste, impliquent l'invasion à répétition et le viol des frontières personnelles des victimes.

On croit que les femmes ont moins le sens des frontières personnelles que les hommes et qu'elles ont besoin de travail plus axé sur la restauration ou l'établissement de ces frontières. Il est important de faire le lien, dans l'esprit des survivants, entre la perte ou le viol de leurs frontières personnelles et leur agression. La taille des groupes peut varier allant de trois ou quatre personnes à douze ou plus. En règle générale, plus le groupe est petit, mieux c'est. Les petits groupes permettent davantage à tous de se pencher sur son propre vécu de façon personnelle, tout en bénéficiant de plus de rétroaction et de soutien. Les groupes animés par deux intervenants permettent à l'un d'eux de travailler le contenu de la séance tandis que l'autre fait le suivi du processus de groupe et des signaux non verbaux de détresse. Les groupes à temps limité introduisent un élément de conscience du temps qui améliore le processus de création de liens entre les membres du groupe en plus d'offrir une structure et une approche centrée à l'intervention (Roberts & Gwat-Yong, 1989).

Les groupes peuvent être de courte durée (de huit à douze semaines) ou de durée continue. Les séances d'une heure et demie s'échelonnant sur 15 semaines semblent offrir les plus grands avantages (Knight, 1990). L'auteur de cette étude fait valoir entre autres que bien qu'un groupe de 15 semaines ne dure pas assez longtemps pour compléter le processus thérapeutique, il peut aider les membres à s'accepter eux-mêmes et peut leur offrir un guide et une direction pour le travail thérapeutique à venir.

Lorsqu'on organise des groupes pour les survivants adultes, il est possible de réunir les survivants d'inceste et ceux à l'extérieur de la famille, les groupes d'âge différents (mais non les enfants de moins de 18 ans), les survivants et les survivantes, et les personnes de différentes cultures et d'orientation sexuelle. On devrait déterminer l'à-propos de combiner les survivants de milieux et d'expériences variés selon les besoins des membres du groupe et des survivants. Il y a des circonstances où le travail de groupe peut s'avérer ne pas être le meilleur choix pour un client. Il se peut que le travail de groupe ne convienne pas aux survivants violents et agressifs, aux personnes très timides, ou aux personnes ayant été victimes de violence aux mains d'un groupe d'agresseurs.

Étapes inhérentes à une démarche de groupe

Toute démarche de groupe comprend normalement certaines étapes. Lors des premières séances, il faut d'abord s'attarder à la création d'un environnement d'appui mutuel, de confiance et de sécurité où les survivants peuvent commencer à former un lien avec le thérapeute et les autres membres du groupe. Typiquement, la première séance comporte les questions d'usage et l'établissement des règles du jeu. Les premières séances comptent habituellement des exercices permettant aux membres et aux thérapeutes de mieux se connaître. On discute normalement à cette étape des sentiments associés avec l'expérience de violence. On n'explore normalement pas les détails de la violence lors de ces premières étapes.

Les survivants qui plongent directement et commencent à dévoiler leurs expériences en grands détails sont parfois encouragés à doser leur partage afin d'éviter d'effrayer ou de dépasser les autres membres du groupe et pour empêcher la personne de se sentir surexposée et vulnérable. Après un témoignage plutôt lourd sans avoir eu la chance de traiter le flot de sentiments qui suivent normalement le dévoilement et le partage, certains survivants et survivantes se sentent honteux ou embarrassés et fuient le groupe ou la thérapie.

Après la création d'un environnement non menaçant et mutuellement encourageant, les membres sont invités à commencer à partager leur vécu plus en profondeur. Au fur et à mesure que les survivants commencent à se rappeler les événements traumatisants entourant leurs mauvaises expériences, il arrive fréquemment que les sentiments de tristesse ou de dépression s'intensifient. Certains adoptent alors des stratégies de survie mal adaptées pour faire face à ces sentiments. Si on explique le déroulement normal d'un cheminement thérapeutique, ils peuvent se sentir plus aptes à persévérer en dépit des turbulences et continuer en espérant qu'ils pourront dépasser ces crises. Plus ils sont capables de faire face à chaque nouvelle crise, plus ils auront d'espoir et de confiance en eux.

L'étape suivante nécessite habituellement qu'il faille aller plus loin dans l'exploration des émotions reliées à l'agression. On encourage les membres à commencer à travailler les limites et même de confronter les personnes, les sentiments ou les distorsions cognitives qui peuvent nuire à leur démarche de guérison.

La prochaine étape met normalement l'accent sur l'aide à apporter aux survivants pour établir des buts et un plan d'action visant à les aider à intégrer les expériences d'apprentissage dans leur vie quotidienne. À cette étape, il importe de valider et de reconnaître les objectifs de croissance et de rendement établis pour ce qui est de la démarche de groupe.La dernière étape implique typiquement la préparation à la séparation du groupe et de l'animateur ou de l'intervenant.

Types de groupes

Il y a plusieurs formes ou types de groupes que les survivants peuvent utiliser dans leur processus de guérison.Les groupes de thérapie à court terme ou à long terme peuvent s'avérer utiles à différents moments. Les groupes spéciaux mettront l'accent sur des questions précises pour les survivants, comme par exemple l'affirmation de soi, le soutien au partenaire du survivant ou de la survivante, la préparation au procès, ou les questions légales relevant de la responsabilité des agresseurs. Ces groupes seront utiles à d'autres moment. D'autres exemples comptent : les groupes de pairs, les groupes d'entraide, les groupes de même orientation sexuelle, les groupes mixtes, les groupes culturels, les groupes religieux et spirituels.

Toxicomanie des survivants

De nombreux thérapeutes croient qu'il est impossible de traiter les survivants toxicomanes avant qu'ils n'aient commencé à travailler sur leur dépendance. La toxicomanie constitue, après tout, un mécanisme de défense, une défense contre la conscience ou l'acceptation des sentiments de douleur ou des expériences de vie. Il s'agit parfois de la seule défense qui s'offre aux survivants à ce moment-là. Il importe alors d'aider les survivants à élaborer des stratégies pour faire face à la situation qui n'ajouteront pas aux difficultés de leur vie en les encourageant et les appuyant à se débarrasser des stratégies destructrices. Les survivants agresseurs, ou qui se lancent dans la consommation abusive de drogues ou d'alcool auront le plus de difficulté à donner une orientation précise à leur démarche thérapeutique. Les agences ou les thérapeutes de certaines collectivités considèrent prioritaire la sécurité collective et insisteront pour que les survivants terminent un traitement pour leur toxicomanie ou leur comportement agressif avant que le counseling ne puisse être offert.

Toutefois, il est possible de travailler sur les deux problèmes simultanément. Tout survivant ou survivante essayant ce type de travail et son intervenant doivent s'assurer qu'il y a une grande collaboration entre le thérapeute de la personne et le conseiller en toxicomanie, le cas échéant.

Prise en charge

Ce que l'on entend par prise en charge varie souvent d'un auteur à l'autre. Essentiellement, la prise en charge vise à donner ou redonner aux personnes un sens d'auto-efficacité. Cela veut dire leur offrir les outils et la conscience nécessaire pour négocier leur environnement social. Dans le cadre d'une prise en charge, on peut choisir d'agir seul ou de s'engager avec d'autres afin de travailler à changer les pratiques sociales plus vastes, les pratiques systémiques ou institutionnelles qui peuvent avoir donné lieu à l'agression, ou qui peuvent encourager ou soutenir la victimisation ou entraver la route vers la guérison.

Parfois, les essais des thérapeutes pour la prise en charge se soldent par un échec. Le sentiment de prise en charge découle normalement de l'expérience du succès et le fait de se savoir maître de son destin. Les survivants, en fin de compte, doivent trouver leur propre voix, leur propre cheminement, et leur propre rythme. Si les thérapeutes sont trop directifs dans leur définition du chemin que les survivants doivent suivre, dans leur interprétation du sens de leurs expériences, ou s'ils donnent une portée trop étroite quant au travail de guérison qui ne cadre pas avec le propre groupe de référence culturelle des survivants, leurs actions à ce moment créent l'effet contraire, et ce que les thérapeutes soient bien intentionnés ou non.

La prise en charge signifie qu'il faut construire l'estime de soi. On doit encourager les survivants à reconnaître leur mérite lorsqu'ils réalisent des progrès. Il faut également rappeler à la personne que le thérapeute ne fait qu'accompagner la démarche, il n'en est que le témoin pour ainsi dire. Voilà ce qui replace les frontières personnelles et offre un sens de soi et de son pouvoir personnel (McEvoy, 1990).

Agression perpétrée par l'intervenant

Les personnes qui ont subi des actes d'agression sexuelle au cours de leur enfance demeurent très vulnérables aux éventuelles agressions sexuelles de la part de ceux ou celles avec qui elles entreprennent leur démarche de guérison. Les survivants manquent souvent de liens sécurisants ou de bases nécessaires pour la séparation psychologique, comme l'empathie, le toucher, l'attention, la constance, la protection ou le soin (Armsworth, 1989). Ceci peut les mener à former des liens imprégnés d'anxiété (Krugman, 1987). Les survivants peuvent donc ne pas être capables de maintenir la frontière entre eux-mêmes et le thérapeute.

Il en résulte qu'ils peuvent se servir de la relation avec le thérapeute pour répondre à leurs besoins développementaux qui n'ont pas été satisfaits dans leur enfance (Armsworth, 1989). Ceci laisse les survivants vulnérables face à l'exploitation et aux agressions ainsi qu'à tout autre manquement déontologique du thérapeute. Les clients dans le besoin peuvent revenir à de vieilles méthodes d'attachement au sein de la relation d'aide, notamment par l'entremise de la sexualité. Si le thérapeute est perçu comme un adulte puissant, les vieux modèles de réponses face aux personnes puissantes peuvent amener les victimes à tout simplement régresser ou accepter les demandes des thérapeutes et de suivre aveuglément leurs directives.

Les thérapeutes ne sont pas à l'abri des problèmes psychologiques. lis peuvent manquer de formation ou se trouver dans une période de détresse. Il leur arrive également d'avoir à affronter des problèmes personnels et professionnels qui les dépassent. Dans de telles circonstances, ils courent de plus grands risques de faire subir certaines agressions à leurs clients (Pope and Bouhoutsos, 1986). Les clients qui risquent de subir ces agressions aux mains de leur thérapeute sont ceux qui ont vécu dans un environnement qui a nui au développement de leur personne, ceux qui ont vécu des expériences de dépersonnalisation qui ont accentué l'état de non-personne, et ceux qui ont adopté un «modèle d'abandon» pour faire face aux agressions, y compris celles perpétrées par le thérapeute (Armsworth, 1989).

Ce type d'agression constitue une sérieuse question légale, morale et déontologique. Il s'agit également d'un terrible abus de pouvoir. Il faut également se rappeler que la violence du thérapeute ne mène pas toujours à l'agression sexuelle proprement dite. Il existe d'autres formes subtiles de violence, comme la violence affective, c'est-à-dire, une forme de minimisation, de rejet ou de distorsion de l'expérience des survivants ou de manque de respect.

Les survivants vulnérables qui nouent des liens imprégnés d'anxiété avec leur thérapeute, ceux qui sont aux prises avec les difficultés à établir des frontières personnelles, ou ceux qui ne trouvent aucun autre soutien pour les appuyer peuvent ne pas savoir comme faire face à la violence affective. Toutefois, peu importe ce qu'ils pensent vivre, il est important pour eux d'exprimer leurs inquiétudes auprès de leur thérapeute. S'ils ne sont pas satisfaits de la réponse de celui-ci et s'ils ne sentent pas que leurs inquiétudes se résolvent, ils doivent cesser immédiatement de le voir. S'ils sentent que le thérapeute leur porte un intérêt sexuel, ou s'ils ont des rapports sexuels avec cette personne, il vaut mieux rompre immédiatement tout contact. De toute façon, ils devraient immédiatement rapporter le thérapeute à l'organisme professionnel avec lequel il est associé. Ils peuvent aussi désirer consulter un avocat.

Recommencer le travail de guérison après une expérience d'agression aux mains d'un thérapeute peut représenter un grand défi. Les survivants dans de telles situations ont besoin de se donner le temps de reconnaître et de faire face à leurs sentiments de colère ou de trahison et doivent procéder lentement. Il existe de nombreuses personnes capables, honnêtes qui peuvent les aider dans leur démarche de guérison. Trouver un autre thérapeute peut prendre du temps, mais cela en vaut vraiment la peine.

Étapes de guérison

Même si peu de survivants cheminent exactement de la même façon, la plupart passent par certaines étapes communes à toute démarche de guérison. Ces étapes ne sont pas nécessairement linéaires ni ne suivent de progression logique. En voici quelques exemples :

Décider d'entreprendre une démarche de guérison

Reconnaître l'agression sans distorsions

Reconnaître tous les sentiments qui en découlent

Cesser de se blâmer

Faire le deuil de sa perte

Prendre contact avec sa rage et sa colère

Transformer la colère en action positive Si opportun, et si le moment est à propos, confronter son agresseur et (ou) ceux qui n'ont pas offert leur protection (cela peut se faire de façon symbolique ou en personne)

Se faire confiance

Créer et maintenir des frontières fortes et saines

Intégrer les acquis du cheminement dans le quotidien et dans ses rapports avec autrui

Recréer la personne complète en esprit et en corps.

Caractéristiques de l'intervenant influant sur la guérison : l'accueil personnel et chaleureux l'approche sans porter de jugement, l'engagement à aider les survivants dans sa démarche jouer le rôle de facilitateur et non un rôle directif affirmer ses propres frontières, accepter l'homosexualité parier de sexualité avec aisance et naturel, être à l'aise face à sa propre sexualité clarifier les attentes dès le début pour ce qui est du travail thérapeutique et des contraintes quant à l'aspect confidentiel des renseignements, tenir compte des besoins de la personne sur les plans de la culture et de la langue, disposer de connaissances et de formation sûres dans le domaine des agressions sexuelles contre les enfants.