J'ai 41 ans, je suis une survivante de l'inceste et je me relève d'une très longue amnésie post-traumatique qui aura duré 35 interminables années.
Mon grand frère m'a agressée sexuellement durant mon enfance, de mes 5 ans à mes 10 ans. J'ai tout enfoui pour survivre et pour ne pas anéantir ma famille. À l'heure actuelle, je ne revois plus depuis de longues années celui qui a détruit ma vie, et je n'envisage aucun recours juridique. J'apprends surtout à vivre avec tout ceci, à me reconstruire encore et toujours, et à accepter qu'il a brisé une immense partie de moi qui ne reviendra jamais.
Devenue maman, ma petite fille alors âgée de 3 ans m'a révélé être victime de l'inceste de son père, dont j'étais déjà séparée depuis un an et demi. La parentalité m'aide à me réparer, en même temps que je mène le plus atroce des combats : vouloir protéger mon enfant de l'inceste et de son parent agresseur. Lorsque j'ai porté plainte, je savais que démarrait alors une longue traversée au milieu de ce tsunami ravageur, mais je ne m'attendais pas à un tel calvaire aussi dévastateur. Depuis bientôt deux ans, j'accompagne ma fille, je fais tout pour la soutenir, la soigner, l'aider. Malheureusement, la justice continue de nous faire payer d'avoir osé libérer la parole, sa parole. Parce qu'avoir 3 ans et dénoncer son père agresseur, ce n'est pas reconnu. Je souhaite également me joindre à une association de défense des mères protectrices pour mener ensemble une plainte collective à l'ONU contre l'état français, pour violation des droits de l'enfant et des droits des mères. Assez de subir la double violence : institutionnelle et celle venant de l'ex-conjoint. Assez que soit passée sous silence la parole de nos enfants en nous incriminant d'être des mères aliénantes. L'état français doit prendre ses responsabilités face aux violences sexuelles intrafamiliales et conjugales, l'état français doit protéger les victimes, au lieu de protéger les pédocriminels.