17 ans après, les Assises

Témoignages Publié le 02.05.2017

17 ans après, les Assises

Samedi 8 avril 2017, au Tribunal de Chambéry, mon père a été condamné à 18 années de réclusion criminelle. Pourtant, la première fois que j’ai parlé de ce que me faisait mon père, c’était en 2000.

J’avais 12 ans, et cela faisait des années que mon père me faisait subir ses pulsions sexuelles. Mon plus lointain souvenir, je prenais encore le biberon. Quand j’ai trouvé la force de parler, je n’ai plus jamais rien subi de sa part, car ma mère et moi avons fui la région. En 2002, ma plainte a été prise en compte, et en 2006, il y a eu le non-lieu.

En 2015, Dame Justice frappe à ma porte. Mon père a fait 3 nouvelles victimes. Cette fois, on veut bien m’écouter…  Je vis la confrontation avec mon père, 16 ans depuis la dernière fois que je l’ai vu. Cela me fait du bien, même si lui n’avoue rien. Le procès aux Assises finit par avoir lieu, avec cette sentence prononcée.

Il aura fallu 3 nouvelles victimes, qui trouvent elles aussi la force de parler, pour que mon père soit enfin arrêté. Combien de victimes faut-il à la Justice pour faire son devoir ? Pourquoi ma parole n’a pas été écoutée en 2002, alors qu’il y avait de nombreuses preuves ? La faute rejetée sur ma mère, comme dans beaucoup de cas ! La faute sur ma façon de faire, d’avoir écrit mon calvaire au lieu d’utiliser la parole ! La faute aux « experts » qui ont tous défendu mon père alors qu’aujourd’hui, ils reconnaissent tous leurs erreurs ! Et également aux experts qui m’ont fait passer pour une menteuse !

J’ai 28 ans, j’aimerais commencer à vivre… arrêter de m’en vouloir pour ces 3 petites victimes qui auraient pu éviter tout cela… si Justice avait été faite. Mon père a fait appel de la décision… Le combat n’est pas fini.

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager cette vie, afin de montrer à toutes les victimes de viol pendant l’enfance, qu’il faut continuer à se battre. Il faut continuer à parler, à dénoncer, haut et fort, nous n’avons pas à nous cacher. Nos bourreaux doivent payer le prix de leurs actes. La Justice doit prendre des dispositions rapidement pour que toutes les victimes soient prises en charge, sans l’ombre d’un doute sur la véracité de leurs propos ! Les enfants ne mentent pas, c’est aux adultes de les protéger ! Prenons nos responsabilités pour protéger nos enfants, notre avenir à tous.

Vous pouvez me suivre sur la page Facebook 17 ans après, les Assises, que j’ai mise en place juste avant le procès aux Assises et qui vous donnera des infos régulièrement sur la suite des événements. Rassemblons-nous pour faire porter nos voix ! 

Nous en parlons
A
ARHAB
Publié le 01.04.2020
Inscrit il y a 2 ans / Nouveau / Adhérent

Bravo, je vous soutiens et votre message est porteur d'espoir pour tous ceux qui s'inscrivent sur le chemin de la réparation judiciaire.
Ma fille a été abusée de 4 à 13 ans, j'ai déposé plainte il y a 4 ans, l'enquête n'est pas encore terminée, j'avoue que c'est épuisant. Mais votre témoignage me redonne de l'énergie. c'est tellement long que parfois j'ai l'impression que cela ne va jamais aboutir.