4 ans d'abus, 35 ans de troubles psychologiques

Témoignages Publié le 19.11.2019

4 ans d'abus,

35 ans de troubles psychologiques

Je suis un homme de 48 ans. J'ai été abusé à partir de mes 11 ans jusqu'à mes 15 ans par mes 2 frères aînés de 15 et 19 ans au début des faits. Ainsi qu'un ami de la famille qui avait dans la quarantaine. J'ai subi des attouchements, de nombreuses sodomies et pratiqué des fellations chaque fois qu'ils le désiraient pendant 4 ans. J'étais leur jouet sexuel. Parfois habillé en fille pour donner plus d'illusion. Tout cela s'est malgré tout déroulé sans violences.

La violence, les moqueries, je la côtoyais hors de chez moi, car j'étais le souffre douleur de plusieurs de mes camarades de classe. Je pense que c'est d'ailleurs à cause de ce harcèlement scolaire que les abus sexuels me paraissaient normaux. A cet âge je n'avais pas idée de ce qui pouvait être normal ou non. Et après plusieurs abus, pour recevoir un peu d'attention de leur part, j'en arrivais à "proposer mes services " à mes frères.

Le fameux ami de la famille, je l'aimais beaucoup et comme il était doux, je pensais que ce qu'il me faisait était une forme d'amour de sa part. Mais comme mes frères me faisaient subir la même chose, je n'avais pas la capacité de discernement nécessaire pour me rebeller. Je n'ai jamais oublié ce qui s'est passé même si je ne me souvenais pas de tous les détails.
La honte et la culpabilité ont toujours fait partie de mon quotidien. Dès mes 17 ans, je n'avais qu'une inquiétude, qu'on découvre que j'avais eu des relations homosexuelles et que j'y avais pris du plaisir. Cela m'a poursuivi jusqu'après mon premier divorce.  Lorsque j'ai rencontré ma femme actuelle à 35 ans, je lui ai assez rapidement expliqué ce qui m'étais arrivé sans entrer dans les détails et sans mentionner la notion de plaisir. Tout semblait aller bien dans ma tête, puis la quarantaine est arrivée, les disputes de la vie de couple sont arrivées et mes doutes et mes angoisses sont revenus.

J'en étais à penser que finalement, tout ce que j'avais "subi" était probablement de ma faute car j'étais peut-être bel et bien homosexuel et que je n'étais tout simplement pas capable de répondre aux attentes d'une femme, même si je savais que je l'aimais. Il est évident que j'étais profondément perturbé par ces antagonismes psychologiques. Lorsque je sortais des disputes, fragilisé émotionnellement et psychologiquement, il m'arrivait d'avoir des envies de soumission et de travestissement. Envies inexplicables à mon endroit car je me sentais pur hétéro. Je ressentais une grande honte à tout cela et des idées suicidaires germaient souvent dans ma tête à chaque fois. J'ai d'ailleurs fait deux tentatives en ce sens.

J'ai décidé de suivre une thérapie pour savoir qui j'étais vraiment. Mais après deux ans de thérapie et de mauvaises expériences conseillées par ma thérapeute (travestissement,  expérience homosexuelle,...), j'étais encore moins avancé et mon couple d'autant plus fragilisé par ces expérimentations. Mes pulsions étaient toujours présentes quand j'étais fragilisé et pourtant aucune attirance pour les mecs quand j'étais stable émotionnellement. J'ai arrêté cette thérapie et décidé d'apprendre seul à lutter contre moi-même et contre ces pulsions. Et apprendre à ne plus entrer dans des états émotionnels qui me condamnaient à subir ces pulsions. Mais rien n'y a fait.

J'ai fini par reprendre une thérapie avec une thérapeute plus orienté EMDR. Je suis toujours en cours de thérapie. Mais je sens que je progresse et je sais maintenant que ces pulsions et ce coté féminin chez moi sont dus à cette période de ma vie durant laquelle j'étais soumis aux désirs sexuels de ces pédophiles. Je ne souhaite maintenant qu'une chose c'est réussir à apaiser mon enfant intérieur qui est profondément déphasé. La soumission semble normale pour lui (ou elle, car je sens que mon enfant intérieur s'identifie plus à une fille qu'un garçon et ce à cause de ce vécu obsédant). Je veux réussir à lui apprendre ce que nous avons vécu n'était pas la normalité ni de l'enfance de la préadolescence. Et que d'autres choses sont belles. Et peut-être que je retrouverai enfin la paix intérieure, des nuits paisibles et une sérénité en moi. Mais si je ne trouve pas la paix intérieure, il me restera toujours une issue définitive...

Témoigner officiellement est déjà un grand effort pour moi. Je n'ai plus envie de me cacher. Mes galères psychologiques ont trop durées.
Quoiqu'il arrive, je n'oublierai jamais mes années de galère psychologique à cause de ces ordures.