Ce cousin incestieux protégé par sa famille

Témoignages Publié le 18.01.2020

Bonjour, 

tout d'abord je commence mon témoignage par remercier l'association d'exister de nous permettre de raconter nos histoires sans avoir peur du jugement auquel nous pouvons être confronté. 

J'ai suivi pendant quelques temps vos groupes de paroles mais je pense que je n'étais pas assez forte pour pouvoir raconter mon histoire mais également écouter celles des autres qui faisaient trop écho à la mienne. 

J’ai été violée par un cousin lorsque j’avais 6 et 8 ans (lui en avait 16 et 18 et avait déjà eu des petites amies et des rapports sexuels avec ces dernières).
J’étais une petite fille plein de vie, à qui tout réussissait (on voulait me faire sauté beaucoup de classes car j’avais un QI au dessus de la moyenne). Lui était plutôt le genre d’adolescent perturbateur, dans la rébellion. Il a abusé de moi pour la première fois à 6 ans alors que nous dormions dans un tente lors d’une fête familiale, je me souviens très bien de sa main se glissant sous mon pyjama puis sous ma culotte. J’étais tétanisée et je n’ai pas su comment interpréter ce geste. Après cela, il lui arrivait fréquemment de vouloir jouer à des jeux où nous devions simuler que nous étions en couple. Au début cela s’arrêtait à des baisers et des simulations de rapports sexuels, jusqu’au jour où il n’a plus simuler. Il m’a expliqué sur cela m’aiderait pour quand je serai plus grande à avoir une vie sexuelle épanouie.  
Un jour cependant lors d’une autre fête de famille, sa soeur a trouvé qu’il avait un comportement bizarre à mon égard : je lui ai raconté ce qu’il m’avait fait et elle m’a simplement répondu que si il recommencé je devais glisser un mot sous sa porte. Elle n'en a parlé à aucun adulte.
J’ai compris à travers ses mots que cela devait resté secret et j’ai tout enfouit au plus profond de moi. Et puis est arrivé un jour à mes 18 ans où je me suis retrouvée seule avec ce cousin et qu’il a voulu me montrer un film pornographique pour nous donner envie de coucher ensemble. Mes souvenirs d’enfant se sont ravivés et j’ai réussi à prendre la fuite.
Ce fut le début d’un long combat : long combat car ses souvenirs enfouis sont remontés si brutalement que les premières manifestations physiques ont été de prendre des douches avec des savons désinfectants au point d’avoir la peau brulée, d’arrêter mes études, de ne plus m’alimenter au point d’en faire des malaises et de devoir être hospitalisée.
Cette hospitalisation m’a permis de comprendre d’où venait « tous mes problèmes »: la défiance, la méfiance envers les hommes, mon manque de confiance en moi, ma peur d’avoir des rapports sexuels ou lorsque j’en avais eu avec mon petit ami d’avoir des douleurs incontrôlables et paralysantes si la luminosité était la même que lors de mon premier viol ou si ces gestes pouvait ressemblaient aux gestes de mon cousin.
Cette hospitalisation m’a permise de comprendre que je n’étais pas folle et surtout d’arrivé à porter plainte quelques années après ma sortie d’hospitalisation.
Cette plainte a été classée sans suite (mais qui a été une véritable épreuve physique : 5h à tout raconter dans les moindres détails jusqu'à provoqué des saignements. Le policier voulait appeler un médecin car c'était la première fois qu'il voulait des psychosomatisations si fortes) et à provoquer une « guerre » au sein de la famille : je suis devenue une prostituée qui n’aurait pas dû étaler le linge sale hors de la famille. Ma famille voulait que tout cela se règle lors d'un conseil familial. Après mon refus de me retrouver dans un tribunal familial où je savais que les faits seraient minimisés car une tante m'avait dit qu'il ne fallait surtout pas faire autant d'histoire pour des malheureux "touches pipi", toute ma famille (hormis mes parents, une tante, un cousine et un cousin) m’ont tourné le dos et on fait le choix de protéger cet homme, aujourd’hui père de famille mais qui avait pourtant déjà agressé une autre fille dans les toilettes de son lycée et dont tout le monde était au courant. Personne n'a osé parlé lors des investigations policières. Je racontais cela pour justifier l'échec de ma vie alors que ces échecs étaient liés à ce traumatisme.
Mon combat à continuer après ce classement sans suite car j’ai dû accepter que je ne serais jamais reconnu victime.
Aujourd’hui je suis suivie par une magnifique psychanalyste qui m’apprend à mettre ces traumatismes « loin de moi » : j’arrive aujourd’hui à comprendre que je ne peux pas espérer des hommes que je rencontre qu’ils soient des sauveurs, tout en étant moi même extrêmement sur la défensive. A 32 ans, je commence à peine comprendre mes réactions et à prendre le recul nécessaire pour ne pas les laisser m’envahir et savoir faire la distinction entre les traumatismes et la relation que je vis et dont la personne n’a rien à voir avec tout cela. J’apprends à m’aimer et à reconnaitre que j’ai des qualités et ne suit pas juste « moche et inintéressante », à ne plus me mettre dans des relations malsaines ou dangereuses : tout simplement ne plus avoir de comportements à risque et me respecter.
C’est un combat long mais également une renaissance difficile car je me sens en décalage avec les personnes qui m’entourent. Je me dois ce dernier combat pour enfin être heureuse, m’accepter tel que je suis et prendre conscience que je suis une belle personne qui mérite le bonheur.