Ce frère, mon destructeur

Témoignages Publié le 22.01.2016

Ce frère,

mon destructeur

Je voulais apporter mon témoignage sur l'inceste frère-sœur, même à des âges rapprochés. En effet, dans le livre de Ginette Raimbault "Questions d'inceste", celle-ci écrit "…celui-ci semble moins dangereux que l'inceste avec le père ou la mère car il n'introduit pas de confusion au niveau de la différence des générations et son impact traumatique dépendra de la différence d'âge qui sépare le frère et la sœur..." Or, l'inceste frère-sœur peut détruire, peut être traumatique même sans grande différence d'âge. J'en suis la preuve vivante et d'ici 5-6 ans, la preuve morte.


Tout a commencé quand j'avais 6 ans et lui 9. Nous avons grandi dans une famille au climat incestuel fort (la fratrie dort dans le lit parental avec la mère, BD pornographiques de Reiser qui traînent à notre vue, films pornos peu cachés...). Chez ma grand-mère paternelle, mon frère et moi dormions dans le grand lit conjugal de ma grand-mère. C'est là qu'il m'a forcé à lui faire des fellations, pour la première fois. A 6 ans, je savais donc déjà ce qu'était le sexe. Il voulait me pénétrer mais j'étais terrorisée et je ne voulais pas. J'ai dit non et il a arrêté. J'étais déjà en enfer.


Il y a 10 ans, j'en ai parlé pour la première fois à une psychanalyste qui m'a répondu "Ce ne sont que des jeux d'enfants". J'ai encore plus culpabilisé. Je me sentais honteuse déjà par rapport à cet épisode et en plus, j'avais l'impression de me plaindre pour rien.


Lorsque j'ai eu 11 ans, il m'a fait asseoir sur ses genoux et a frotté son sexe contre mes fesses (nous étions habillés). Mon arrière-grand-père maternel nous a surpris mais s'est contenté d'un laconique "arrêtez vos bêtises". Je me sentais tellement mal que j'en ai aussitôt parlé à ma sœur, qui avait 24 ans. Elle m'a répondu que mon frère était un con et c'est tout ! Ils ne l'ont pas arrêté, pas discuté avec lui, pas empêché de continuer. Il a donc pu recommencer une autre fois. J'avais 13 ans. Il s'est glissé dans mon lit où j'étais en train de lire (il devait être 18h) et s'est à nouveau frotté contre moi. Je tenais toujours mon livre mais j'étais partie dans un autre monde. Plus rien n'existait.


Plus tard, vers mes 15 ans, ses amis ont essayé de me violer à plusieurs. Mon frère regardait toute la scène en rigolant. Heureusement, un de ses amis, qui me considérait comme sa petite sœur, est intervenu et a fait cesser ça. Mais rien n'a filtré auprès d'adultes. J'étais toujours seule avec mon cauchemar, mon agresseur, ma honte. J'ai sombré dans l'hyperphagie. Quant à mon frère, il me considérait comme un objet qu'on pouvait frapper, toucher, humilier, rabaisser et traiter en esclave. Ma mère ne disait rien. Elle était elle-même maltraitante.


Depuis les premiers attouchements, je suis dépressive et auto-destructrice. Je n'ai aucune estime pour moi-même. Je suis passée par l'auto-mutilation qui continue à 32 ans, l'alcoolisme, les TS, l'anorexie, etc...


Aujourd'hui, mon agresseur est soutenu par ma famille. Quand j'ai osé porter plainte contre lui suite à ma dernière TS, ma mère, au lieu de s'inquiéter de mon état psychique, m'a disputée en me reprochant de vouloir détruire la vie de mon frère. Ma sœur ne me parle plus, s'étant mis du côté de mon frère. Mes "copines", psys pourtant et dont deux sont spécialisées dans les agressions sexuelles, ne veulent pas en entendre parler et m'ignore quand j'aborde le sujet. Je suis donc seule avec mon fardeau, ma souffrance, mon mal-être et mes angoisses. J'ai tellement mal que j'en viens à penser que j'ai été Hitler dans une vie antérieure et que je dois payer dans celle-ci.


L'inceste frère-sœur détruit. Psychiquement et physiquement. Il est traumatique, peu importe l'écart d'âge. Peu importe ce qu'en pensent les professionnels.


Et comme il est considéré comme moins dangereux, nous les victimes, restons seules avec notre peine, notre âme blessée.

Nous en parlons
L
Louane
Publié le 06.04.2016
Inscrit il y a 6 ans / Nouveau / Membre

Bonjour à toi,

Merci pour ton témoignage.

Tu as bien raison d'exprimer ta souffrance ici, et de relater ton vécu, ton expérience.

Il y a encore du chemin à parcourir pour que les individus reconnaissent l'inceste comme un crime.

Le lapsus dans ton titre, je me permets de rebondir dessus : ce que je lis dans ce titre, c'est que tu te différencies de ton frère, de "ce frère", et que tu te reconnais comme victime de "ton destructeur". Qu'en penses-tu?

De quoi te sens-tu coupable au point de te faire du mal et de te punir d'une double peine, celle d'avoir souffert autant avant, et celle de te punir encore aujourd'hui?

Il est temps que tu exprimes ta colère (de façon non-violente), avec tes mots, car ce qui ne s'exprime pas s'imprime. Peut-être est-ce de la colère que tu retournes contre toi ?

Courage !

T
Tchicumba
Publié le 29.01.2016
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre

Joi lapsus dans mon titre. Je voulais écrire "mon frère, ce destructeur" ;-)

T
Tchicumba
Publié le 28.01.2016
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre

Après recherches, il s'avère que la Ginette, elle était psychanalyste. Et la psychanalyse n'est pas très connue pour sa grande compréhension de l'inceste.

T
Tchicumba
Publié le 27.01.2016
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre

J'ai bondi quand j'ai lu cette phrase. Je m'attendais à autre chose de la part d'un livre qui traite des questions d'inceste. Il semble le minimiser même quand c'est un agresseur. Je décommande fortement ce livre qui m'a traumatisé au moment où je commençais à peine à assumer ce que j'avais vécu. Bien sûr, aucune étude ne venait appuyer ses propos. Un peu comme Marcel Rufo lorsqu'il a dit que "la majorité des enfants abusés vont bien". Ou un article que j'avais lu dans Télérama il y a très longtemps et dont l'auteur (je ne me souviens plus le nom) disait "moins une victime d'abus sexuel parle de ce qu'elle a subit, mieux elle va. Elle doit oublier pour avancer". Mais bien sûr...

A
Aukusti
Publié le 26.01.2016
Inscrit il y a 5 ans / Nouveau / Membre

Hello !
J'aimerai beaucoup entendre les théories des personnes qui pense que c'est moins destructeurs ? A la base , Les grands frères ne font pas que jouer avec leur petites soeurs , ils les protegent les conseilles etc. Eux aussi represente l'autorité d'une certaine facon . Je vois vraiment pas en quoi c'est moins destructeur, Je comprends ta peine ... Courage ! :-)

Si tu veux parler... Je suis la ..