CONFESSION

Témoignages Publié le 14.10.2019

CONFESSION

Il a avoué. En ce matin oriental du 9 octobre, la chef Paris m a informé que suite à sa garde a vue, mon ex beau père avait avoué qu’il m’avait agressé sexuellement une trentaine de fois dans mon enfance. Je ne m’imaginais pas qu’il avouerai aussi facilement. Mais il faut croire que la pression, et peut être une envie d’affronter enfin ses démons fut plus forte que la lâcheté et le déni auxquels je m’étais préparée. Je me sens presque plus retournée émotionnellement aujourd’hui que lorsque j’ai déposé plainte deux mois auparavant. Peut être car je sais qu’il est désormais en prison, qu’il est au courant de ma démarche. Tout paraît beaucoup plus réel, et clair. 

Ce statut est public, oui. Je me suis plusieurs fois posée la question. « Les gens, ma famille, mes amis, proches ou moins proches, doivent ils savoir ? Ai-je besoin qu’ils sachent ? » Je ne pense pas. J’en ai déjà assez parlé, j’ai déjà exorcisé mes démons grâce à des amis qui resteront pour toujours dans mon coeur.  En revanche, je pense qu’un message très important doit être communiqué : les violences sexuelles subies par les enfants au sein même de la famille, est un acte extrêmement courant (en France, 1 fille sur 5, 1 garçon sur 13) et malheureusement très peu réprimandé faute de dénonciation (90% des victimes ne portent pas plainte). Les victimes ne parlent pas, ont peur du regard de leur famille, de ne pas être crues, de faire exploser une bombe qui n’est pourtant pas la leur, de faire imploser la cellule familiale. Le plus souvent, elles se replient alors sur elles-même, et ce mal les ronge de l’intérieur laissant les violeurs, les agresseurs, impunis.

Et à cela, je dis NON. Il m’aura fallu 23 ans, et un soutien sans faille de mes amis et de ma famille pour que j’ouvre la boite de Pandore, qui a finalement mené à des aveux. Je n’éprouve plus de colère. La colère a désormais fait place à la délivrance. Je sais désormais que la reconstruction doit passer par la confrontation, car comment accepter et surtout pardonner quelque chose qui est enfoui, caché, à l’intérieur de nous. La parole est libératrice, légitime, et nécessaire. Elle créé à nouveau du lien entre les personnes, apaise les peurs, et permet de réaliser qu’on est soutenu. Alors toi qui a été abusé, violé, violenté, aies confiance, et partage ce fardeau qui pèse beaucoup trop lourd lorsqu’on est seul à le porter.