Il est possible de s'en sortir, courage !

Témoignages Publié le 21.09.2013

Il est possible de s'en... Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Pumkin, j’ai 43 ans, et je suis une survivante d’inceste père fille. Je prends mon ordinateur aujourd’hui pour envoyer un message d’espoir à tous ceux et toutes celles qui se battent contre les conséquences de l’inceste dans leur vie et qui se demandent si c’est possible de s’en sortir. Oui, c’est possible. De se sentir bien, d’être heureux, d’aimer, d’être parents, de faire toutes les choses que « les personnes normales », si tant est qu’elles existent, font.  Je ne dis pas que c’est facile, ni que c’est rapide. Mais c’est possible.

Un jour en discutant avec une amie qui a également eu une histoire compliquée, on s’est mutuellement décrites notre situation : on ressentait notre vie comme un labyrinthe, une quête inépuisable de « la sortie »,  la sortie de notre mal être, de notre peur, de notre honte aussi.  

Aujourd’hui je peux dire que j’ai trouvé cette sortie (enfin !).

Par moments je me sens intensément heureuse, remplie de gratitude pour ce que ma vie me donne – bon bien sûr ce sentiment n’est pas constant, il ne faut pas exagérer non plus, je ne suis pas le Dalai Lama. Mais étant donné d’où je viens, rien qu’avoir ces sentiments parfois est une immense victoire, croyez moi.

Après des années à me comparer défavorablement aux autres et à me trouver nulle, et bizarre, je me trouve maintenant plutôt dans la moyenne de la santé émotionnelle, voire plutôt plus équilibrée  que la moyenne.

Ce que je veux dire à travers mon exemple, c’est qu’il est possible d’être un(e) survivant(e) d’inceste, et de parvenir à être bien dans ses baskets, même si bien entendu cela ne se fait pas tout seul.  

Pourtant, Dieu sait que je suis partie de loin. Quand j’ai émergé de mon enfance et au début de ma vie d’adule, le tableau n’était pas brillant ; j’étais incapable d’expliquer ou de comprendre pourquoi, mais j’avais plein de problèmes : une estime de moi abyssale, des crises de honte explosives et régulières, l’impression que je regardais la vie de derrière une vitre, d’en être spectatrice ; des relations amoureuses catastrophiques, et répétitives en plus, toujours la même histoire pourrie.

Des difficultés énormes avec mes émotions : par moments j’étais noyée sous les émotions violentes à propos d’événements somme toute mineurs, et à d’autres moments je me sentais totalement dépourvue d’émotions, à la limite de la monstruosité, devant des événements majeurs.

Une inadaptation sociale que je trouvais flagrante. Une difficulté à être avec les autres, voire de la terreur à l’idée de me retrouver dans un groupe, mais également une grande difficulté à me retrouver toute seule, « abandonnée ».

Une incapacité à percevoir non seulement ce que je ressentais mais aussi ce que je voulais vraiment, ou ce que je pensais de quelque chose. Une tendance à me fondre dans la masse et adopter les désirs et opinions des autres devant mon vide interne.

Des addictions diverses et variées. Une dépression rampante. Et j’en oublie sûrement plein. Je pense que si j’avais réalisé pleinement l’ampleur de mes problèmes à l’époque, je me serais sentie complètement découragée. Heureusement, si je puis dire, le déni à fait son office, je ne me suis rendue compte de l’étendue de mes difficultés qu’à postériori, au fur et à mesure qu’elles se sont réglées.  

Alors comment peut-on sortir de là ? Cette question a été, et est toujours, la question de ma vie.

C’est ce qui m’a poussée à voir plusieurs psys, à lire un nombre incroyables de livres sur la question (plusieurs centaines, et ce n’est pas une exagération), et à entamer des études de psychologie pour me reconvertir et essayer d’aider les autres à s’en sortir.

Je ne prétends pas avoir la clé universelle, mais je peux partager mon expérience et donner mon avis.  

En premier lieu, je ne pense pas qu’il soit possible de surmonter les difficultés liées à une historie incestueuse sans « travailler » avec un psy, sans faire une psychothérapie.

Je sais que c’est dur, d’aller voir quelqu’un pour parler de soi alors qu’on a  une estime de soi au plus bas, et une confiance dans les autres extrêmement limitée.

Je sais que beaucoup de psys, mais heureusement pas tous, sont complètement à côté de la plaque. Je sais que c’est difficile, que c’est long, et que c’est cher.

Personnellement, j’aurais adoré sauté cette étape et faire autrement.

Mais je ne pense pas que ce soit possible, voilà. Les blessures infligées par une ou plusieurs relations traumatisantes, ne peuvent à mon sens être cicatrisée qu’au travers d’une relation thérapeutique. Ce que ces terribles relations ont abîmé, il faut une autre relation pour le réparer. Tous les livres du monde, et toutes les expériences du monde, n’y changeront rien.

Si cela intéresse quelqu’un, je pourrais détailler dans un autre témoignage ce qui s’est joué pour moi dans ces relations thérapeutiques, ou comment choisir un psy. Mais je ne vais pas rentrer dans ces considérations maintenant, parce que mon billet commence à être vraiment long.  

Si la psychothérapie est indispensable, à mon sens ce n’est pas du tout la seule chose à faire pour s’en sortir.

M’informer sur le sujet m’a été d’une aide plus que précieuse. D’abord parce que les psys ne sont pas omniscients sur tous les problèmes, et qu’il est toujours bon d’aller chercher des informations ailleurs.

Ensuite parce que cela « valide » notre expérience : pour donner un exemple, à force de lire pourquoi et comment les victimes d’incestes souffrent toujours d’addictions, cela m’a aidée à être moins critique vis-à-vis de moi-même et de mes propres addictions. Je le vois aujourd’hui comme une conséquence inévitable de ce qui m’est arrivé, et plus comme une preuve de mon intrinsèque nullité. Et c’est fou ce qu’il est plus facile de s’attaquer à une addiction quand on a cette perspective.

Cela m’a ensuite aidée à me sentir moins seule : personne ne parle jamais d’inceste, comme si cela n’existait pas, alors que nous sommes tous bien placés pour savoir que c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit. Alors c’est réconfortant de constater qu’on n’est pas seul(e)s. Je pense que notre ennemi principal, c'est l'isolement créé par la honte de l'inceste, et l'information peut aider à en sortir.

Au final il y a beaucoup, beaucoup de livres qui m’ont été d’une grande aide, d’ailleurs pas tous sur l’inceste, loin de là.  

Et puis derrière tout ça, qui sont des actions vers l’extérieur, il y a à mon sens deux actes que nous devons faire à l’intérieur de nous-mêmes.  

La première chose à faire, c’est sortir du déni. Il y a beaucoup de couleurs et saveurs de dénis : plus ou moins profonds et sur des aspects divers.

En ce qui me concerne, il y a eu d’abord le déni de ce qui s’était passé – si on m’avait posé la question, j’aurais sans doute dit que j’avais été victime d’inceste, mais personne ne me l’a posée, et moi-même je ne me la suis pas posée pendant des années.

Ensuite, il y a eu le déni des conséquences de l’inceste dans ma vie ; je crois que c’était trop difficile de voir les ravages que cette expérience avaient fait. C’était nécessaire mais je n’ai pu le faire que très progressivement, au fur et à mesure que j’allais mieux.

Je pense que la majorité d’entre vous est sortie du déni, sinon vous ne feriez pas partie d’AIVI, tout simplement.

Je sais que cela peut vous paraître incroyable, mais vous êtes sûrement parmi les gens qui sont le plus proches de vous en sortir, parce que le déni coince les gens loin de toute amélioration, de tout progrès. Si vous n’êtes pas dans le déni, vous êtes déjà en route pour aller mieux même si vous ne le ressentez pas comme ça.  

La deuxième chose à faire, c’est de décider d’aller mieux.

Je sais que ça a l’air d’aller de soi, mais en tout cas pour moi ce n’était pas le cas.

Confusément, je pensais que je n’étais pas quelqu’un de bien – symptôme universel des victimes de violences dans l’enfance soit dit en passant. Et que donc je ne méritais pas de me soigner et d’aller vraiment bien.

Les choses ont vraiment progressé pour moi par deux fois, les deux fois dans ma vie que j’ai pris la décision de faire tout ce qui est possible pour aller mieux, quoi que cela coûte en temps, en énergie, en argent. Parce que je le vaux bien, en quelque sorte ;-)  

Voilà, je sais que je suis longue mais j’ai tellement, tellement de choses à dire… il semble qu’aujourd’hui je sois consumée par un désir de transmission, de montrer la voie, pour que ceux et celles qui me suivent sur cette difficile guérison puissent aller plus vite que je ne l'ai fait.

Je crois que j’essaie d’écrire ce que j’aurais aimé lire plus jeune en fait…  

En tout cas, soyez assuré(e) d’une chose : même si vous avez parfois l’impression d’être « foutu(e) », trop abimé(e) par votre passé pour vous en sortir, ou qu’une partie de vous est morte lors de votre enfance, ce n’est pas vrai.

Rien, absolument rien, n’est irrémédiable ou irréversible.

Aucune partie de vous n’est morte, ou au-delà de la possibilité de réparation.

Tout est possible (encore une fois, je ne dis pas facile ou rapide, je dis possible).

Accrochez vous, vous allez y arriver !

Nous en parlons
F
Fatifleur
Publié le 06.06.2015
Inscrit il y a 6 ans / Nouveau / Membre

Merci pour ton témoignage plein d'espoir et conforme à la réalité: quand on prend conscience qu'on a été la victime innocente d'un bourreau perfide et coupable on peut alors entamer de véritables changements: le premier étant de prendre soin de sa personne à tous les niveaux!

K
katwoman
Publié le 11.03.2015
Inscrit il y a 7 ans / Nouveau / Membre

merci pour ce témoignage qui me donne un peu d'espoir.sortir du déni fait des ravages et notre entourage très restreint( car je fait très peux confiance)fuit et la tous s'écroule.

S
sorga
Publié le 24.09.2013
Inscrit il y a 8 ans / Actif / Membre

Comme tu le dis dans ton post,peux tu expliquer ce qui s'est joué pour toi en thérapie et comment choisir un psy?merci de ton aide profite de ta nvle vie

S
sorga
Publié le 24.09.2013
Inscrit il y a 8 ans / Actif / Membre

merci pour ce témoignage d'espoir car c'est exactement ce dont j'ai besoin aujourd'hui!J'ai cette impression que tout est foutu,que personne ne me comprend et je ne me comprends pas plus d'ailleurs ...Que je ne sortirai jms de tout ça je suis sortie du déni il y a 2ans apres mon 2eme enfant j'ai fait une dépression et j'ai formulé ce qu'il m'était arrivée quand j'étais une petite fille(4-5 ans?)mais comme bcp j'en parle avec distance,sans émotions apparentes. comme toi je lis bcp sur ce sujet,c'est un besoin pour cpdre et essayer d'avancer.Mais rien ne vient,je n'ai aucune colère envers mon grand pere au fond de moi!pourtant j'essaie de m'en convaincre mais çà ne marche pas...je désespere car en mm temps je me sens triste sans raison apparente,vidée de toute énergie dans ma vie quotidienne, je me renferme j'ai l'impression qu'on ne me comprends pas.Je m'accroche mais c'est dur.