Inceste Père/Filles

Témoignages Publié le 03.07.2017

Inceste Père/Filles

Bonjour/Bonsoir, 

Je ne sais pas par où commencer, je ne sais pas non plus dans quel but je vous écris cela, ni si ce sera lu... Mais je pense qu'écrire pourra me faire un peu de bien, alors je me lance. 

J'avais 5 ans, la première fois que j'en ai parlé à quelqu'un. Ce quelqu'un était ma mère... Je lui ai raconté ce que mon père m'avait dit de ne jamais raconter, notre secret à nous deux. Mais, à cette période, je mentais beaucoup, j'étais petite et je m'appropriais tout ce que je voyais à la télévision, alors ma mère ne m'a pas crue. J'ai un souvenir qui revient par bride, le souvenir de ma mère me disant que c'était très grave ce que je disais, que mon père pouvait aller en prison. Je n'en ai plus jamais reparlé. Mais rien avait cessé, et encore aujourd'hui, j'ignore si elle en a parlé à cette époque, si elle a demandé à mon père plus de "renseignements".

Vers mes 11 ans, il a arrêté, comme si mon corps ne lui convenait plus, que je n'étais plus assez jeune. Et j'ai appris, quelques années après, qu'il s'en prenait à ma soeur. Et je n'ai rien fait, j'ai lu cela dans son journal intime, vers 14-15 ans peut-être, mais j'ai préféré déchirer la page et la cacher, comme une lâche, j'ai abandonné ma soeur, alors que je savais ce qu'elle vivait. Le pire, c'est que l'on en a jamais parlé, ni ce jour où j'ai déchiré cette page, ni plus tard. C'était devenu notre secret à trois. Heureusement, ou malheureusement, ma soeur n'a pas vécu de la même manière ce que mon père lui a fait. Je m'efforçais de montrer que j'étais heureuse, derrière une lourde carapace, une ribambelle d'amis et de faux amours. Tandis que ma soeur s'est renfermée sur elle, mais elle a eu plus de courage que moi.

En 2012, ma mère l'a emmené dans un centre de guidance, pour les ados, et c'est à partir de là que la vérité a fait surface, que j'allai enfin être considéré comme une victime et non une menteuse. Après plusieurs séances, elle a commencé à raconter son histoire, son passé, sa vie, ce qui est le but. Devant la gravité des faits, les éducateurs ont pris rendez-vous avec ma mère, pour tout lui raconter, et lui dire qu'elle devait agir, sinon ils seraient dans l'obligation de le faire et alors elle serait considérée comme complice. Ma mère était déjà implicitement au courant, je pense qu'elle voulait surtout pas se l'admettre, ce que je comprend, jamais tu ne peux t'imaginer que l'homme que tu as épousé, avec qui tu as eu des enfants, puisse faire cela, puisse devenir un délinquant sexuel. Ma mère m'a alors donné un "délai" pour que je puisse réfléchir si, oui ou non, j'allai porter plainte contre mon père.

Le 4 mars 2013, je me suis enfin décidée, j'ai décidé de porter plainte contre lui, avec ma soeur et ma soeur. Deux semaines avant, un samedi matin où le soleil était présent, dans ma véranda, j'ai eu une discussion avec mon père, la dernière, car malgré qu'il vivait encore chez moi, je ne lui ai plus adressé la parole quasiment les deux semaines précédant la plainte... Ce matin là, il m'avait promis pleins de choses, qu'il affronterait les événements peu importe mon choix, qu'il allait se battre et qu'il ne ferait rien de négatif. Pour autant, il ne reconnaissait pas. Il avait reconnu ce qu'il avait fait à ma soeur, un après-midi où ma soeur était seule, malade, dans son lit. Il s'était excusé, il avait reconnu, mais il avait nié pour moi, il n'a jamais reconnu explicitement pour moi. Comme s'il avait oublié. Et pourtant je n'ai rien inventé, je sais ce qu'il m'a fait, les flashs ne sont pas l'invention de mon cerveau, je sais que je dis vrai. Le lundi 4 mars 2013, vers 14h, j'ai été à l'hôtel de police avec ma soeur et ma mère, et chacune notre tour, nous avons déposés plainte. C'était l'un des moments les plus difficiles de ma vie...

Raconter que ton père est un monstre, qu'il a touché ton corps, qu'il t'a salie, quand tu es face à une inconnue, que tu es remplie de honte et de dégoût envers ta personne. Puis je suis retournée à la fac, comme si de rien était, comme si la vie était normale. Et après la fac, j'ai vu ma meilleure amie. Vers 21h-22h, je prends le bus pour me rendre chez moi, j'essaye d'allumer mon portable, qui n'avait plus de batterie. Puis je vois plus d'une dizaine d'appels manqués de ma mère et de ma soeur, et également d'un numéro masqué, j'ai compris plus tard que c'était la police. Quand je suis enfin arrivée chez moi, deux policiers m'ont stoppée en me demandant mon identité. Mon portail était grand ouvert, mon sous-sol aussi, des pompiers et infirmiers étaient dans mon sous-sol. J'ai paniqué, mais j'ai tout de suite compris. Je suis vite rentrée dans ma véranda où était ma famille et la police, j'ai demandé ce qu'il se passait et ma mère m'a répondu "Ton père a fait une connerie". J'ai tout de suite compris. Mon père s'est suicidé dans la cave à vin, contenant également tout mon équipement d'équitation, avec son fusil de chasse, comme un lâche, sans aucun mot, en ayant juste bloquer la porte avec ma boite de brosses.

Alors c'est comme ça la vie ? On commet un délit, répréhensible par la loi, et il suffit de mettre fin à ses jours pour qu'il n'y ait plus de préjudice ? Alors tout était fini ? Les jours à réfléchir si j'allai ou non porter plainte contre lui, à culpabiliser de ne jamais avoir rien dit avant, encore et encore, jusqu'à ce que quelqu'un me croit enfin ? Mais bien sûr que non ce n'était pas fini. Malgré la lettre reçu quelques jours après du tribunal, pour m'informer que le procès était clos suite au décès du "coupable", le mal était toujours là, la haine, la tristesse, la culpabilité. J'en voulais à ma mère de ne pas m'avoir cru quand j'avais 5 ans, de n'avoir rien fait pour nous sortir de ce cauchemar et surtout pour l'avoir gardé sous son toit depuis toujours. Mon père était un alcoolique, il buvait depuis longtemps, déjà petite j'ai des souvenirs de lui revenant totalement bourré, car il avait été boire un verre avec ses potes après le travail. Mais ma mère lui laissait une seconde chance, puis une dernière chance et une autre dernière chance... Mais ce jour là, ce jour où il s'est mis une balle trop à gauche du coeur, il n'avait pas bu. Alors que je suis certaine qu'il recommençait à boire, parce qu'il avait arrêté, quelques semaines, et encore, peut-être que je n'avais pas remarqué. Parce qu'au fond il n'avait jamais vraiment arrêté. Puis vu la quantité de bouteilles que l'on a retrouvé de caché un peu partout chez moi, à l'intérieur et également à l'extérieur, je doute qu'il s'était arrêté. Mais ce dont je suis sure, c'est qu'il n'était pas bourré à chaque fois qu'il me touchait, qu'il me faisait ça, non, il était sain d'esprit plus d'une fois, il savait ce qu'il faisait !

Je n'en veux plus à ma mère, j'ai compris, l'amour rend aveugle, et l'inceste est un sujet trop tabou pour qu'on se sente concerné. Je m'en suis voulue à moi-même, je me suis détestée, je me suis sentie responsable. Et ce sentiment de responsabilité, d'être coupable et non victime, me hante constamment, depuis toujours. Je ne sais même plus si je dois l'aimer ou le haïr, je suis partagée entre l'amour et la haine, alors qu'il ne mérite pas mon amour, il n'a jamais été là pour moi, il n'a fait que m'acheter, me donner de l'argent pour mon silence, mais il n'a jamais été là, il n'est jamais venue à aucune de mes rentrées, à aucun de mes concours équestres, ni aux championnats de France, il n'a jamais rien fait pour moi, ni pour mes frères et ma soeur, ni pour ma mère. Il a gâché la vie de ma mère et de ma soeur, surtout de ma mère, car ma soeur peut encore se reconstruire. Ma mère est malheureuse à cause de lui, sa vie est gâchée à cause de lui. Il a détruit l'enfance, la jeunesse, l'adolescence de ma soeur et certainement son futur, si elle ne prend pas confiance en elle. Et il a détruit ma vie, je suis devenue tout ce que je déteste. J'ai perdu toute confiance en moi, tout goût à la vie, je me pose pleins pleins de questions, je remets toujours tout en question, surtout en ce qui me concerne et surtout je n'ai plus confiance en quiconque, et encore moins en mon petit ami, avec qui je suis depuis 4 ans, le 19 mars 2013, le jour de l'enterrement de mon père, qui avait été repoussé de 2 semaines... Il a également perdu son père, mais d'une mort naturelle. Je ne sais pas si c'est le destin qui nous a fait nous rencontrer, même si l'on se connaissait depuis environ 2 ans mais sans plus, mais s'il n'avait pas été là, je ne serai pas ce que je suis, même si je ne suis rien, je suis en train de gâcher ma vie et également ma relation amoureuse, en lui gâchant la vie également, en étant jalouse de tout le monde, pour n'importe quoi, et au final je me rend compte que ce n'est même pas de la jalousie, plus maintenant, mais j'ignore pourquoi ce sentiment s'empare de moi et prend le contrôle.

J'ai l'impression que, dans ces moments là, je ne me contrôle pas, je ne sais pas comment expliquer, mais je ne suis pas folle. Je suis en train de rater ma vie, mes études, en redoublant année sur année, alors que j'aime ce que je fais, mais je ne me donne pas les moyens de réussir, je n'ai plus avancé depuis sa mort, je n'avance plus. Je ne sais pas quoi faire, je n'ai pas les moyens d'aller voir un psychologue ou quelconques aides payantes. Ma mère gagne trop pour que j'ai le droit à une vraie bourse, puis avec mes redoublements, je n'ai plus de crédits, donc plus de droits de bourse, mais c'est de ma faute... Comme tout d'ailleurs, rien arrive par hasard...

Et au final je ne sais même pas dans quel but je vous envoie tout cela... 

Merci de m'avoir lu en tout cas, et merci d'essayer de faire de l'inceste un sujet principal à appréhender de manière plus répressive. 

Nous en parlons
A
Anlor2001
Publié le 09.02.2019
Inscrit il y a 2 ans / Nouveau / Membre

Bonjour,

Merci beaucoup pour ton témoignage.
Moi aussi c'est la thérapie (psychiatre et psychologue, pendant 15 ans) qui m'a sauvé. C'est vrai que ça coute très cher, et c'est pourtant tellement important.
Je me suis servie de mon héritage financier pour payer ma thérapie, pour me défaire de ma culpabilité, et de ma peur de la folie.Ça m'a aidé aussi à renouer le dialogue avec mes sœurs, car l'annonce de la vérité avait désunis tout le monde ( pourtant on était toutes les trois des enfants victimes, et on avait besoin d'être unies).
bon courage

E
edithp
Publié le 24.02.2018
Inscrit il y a 5 ans / Nouveau / Adhérent

Bonjour,
Mon père aussi s'est suicidé ... avec sa culpabilité ... le jour de sa mort, j'ai tremblé à l'annonce de cette nouvelle ... mais j'ai refusé avec beaucoup de certitude d'être présente à ses obsèques ...
J'ai entamé une thérapie il y a maintenant 25 ans ... et je me rends compte que seule, c'est très compliqué de se sortir de cette honte ... longtemps j'ai pensé que j'étais coupable de ce que m'avait fait mon père. Depuis 25 ans, je me fais aider par des professionnels pour atteindre cette sérénité que je recherche depuis toujours ... dernièrement, j'ai effectué des séances d'EMDR ... et cela m'a beaucoup apaisé, j'ai retrouvé mon enfant intérieur, chose que je n'avais pu faire .... Je te souhaite de trouver le chemin de la sérénité ....