Je soutiens le combat de Cécile B

Témoignages Publié le 06.11.2013

altJe soutiens Cécile B Bonjour, J'avais déjà évoqué mon fardeau sous le titre "Un trop grand choc" dans Inceste Père/Fille. Ce matin, en découvrant le mail envoyé par Face à l'inceste rapportant la lutte contre la prescription menée par Cécile B, me voilà au bord des larmes moi qui me suit de plus en plus murée dans la résignation les années passant.

Car trop violemment traumatisée à 6 ans et demi sous l'effet d'un viol par père+acte terrorisant, j'ai perdu la mémoire pour ne pas tomber folle et j'ai vécu quasi autiste jusqu'à la trentaine où la mémoire m'est revenue par flashes à la suite d'un cumul d'émotions diverses avec entre autres une peur presque délirante pour ma fille que je n'avais pu élever, souffrant horriblement de ne pas l'avoir avec moi. J'avais dû la  laisser malgré moi chez mes parents en sortant de la maternité suite à des réflexions humiliantes de ma mère. J'étais partie pour fuir une famille qui ne pouvait m'aider psychologiquement (matériellement n'en parlons pas) et je m'étais penchée en pleurant sur le berceau de ma fille en lui murmurant "je reviens te chercher, je vais trouver du travail et un logement" et donc sans le savoir je laissais malgré moi ma fille en présence d'un grand père qui m'avait violée lorsque j'avais 6 ans et demi.

Mais éloignée et isolée dans mon enfer intérieur que je ne comprenais pas, je m'enfonçais dans une dépression incompréhensible, je traversais des états psy horribles, et ma mère me tracassait à distance psychologiquement etc.. Plus ma fille se rapprochait de l'âge où j'ai subi le viol, moins je pouvais travailler normalement (sans savoir pourquoi) et un jour glissant dans la misère noire j'ai réalisé que plus jamais je ne pouvais reprendre ma fille qui par ailleurs s'était accrochée à ses grands-parents qu'elle adorait (Dieu merci j'ai su plus tard qu'elle n'avait jamais eu de problèmes, mais qu'elle avait bien été élevée  influencée dans le sens où sa maman l'aurait abandonnée etc.. et qu'elle avait eu de la chance d'avoir de bons grands-parents.

J'ai eu à la trentaine l'aide d'un psy tandis que j'ai retrouvé peu à peu la mémoire en accolant les flashes revenant bien logiquement en sens inverse de leur déroulement et en se raccrochant bien à des éléments du contexte de l'époque où le viol-inceste eut lieu. J'ai récapitulé l'enfer de ne pas vivre normalement comme les autres à l'école, le lycée (toujours seule à l'écart, d'une timidité épouvantable me donnant des idées de suicides, la douleur de ne pouvoir poursuivre des études tandis que je redoublais (sous pression psychologique . Entre un père qui ne me parlait jamais et une mère agressive, tout se brouillait dans ma tête, je passais par des états de confusion, j'étais une élève incapable de mémoriser une demi-ligne alors que j'étais loin d'être sotte ! je me sentais apte à faire des études sup mais complètement disloquée intérieurement). Sans le bac, étant en décalage pour tout et partout dans la vie, le plus souvent muette, en retrait, ayant des réactions comme si j'avais encore 6ans et demi, j'ai dégringolé dans la misère à cause d'une errance professionnelle et d'une régression psy lorsque les flashes se sont précisés que je n'ai pas pu supporter.

L'enfer ce retour à la mémoire, et  j'ai tout perdu. Le comble c'est qu'il a fallu à la quarantaine, (solution suggérée par les acteurs médico-sociaux), que j'accepte l'hébergement quelques mois sous le toit familial pour ne plus aller d'un foyer d'hébergement à l'autre - Coeur de Femmes,  Croix rouge et autres - pour faire le point-repères au sein de la famille pour en déduire une autonomie plus forte et repartir à zéro du toit familial . Mais il a fallu encore du temps pour sortir de mon état de petite fille au sein de ma famille et retrouver ma force psy et me reconstruire en repartant.

J'ai accepté un logement en HLM alors que cela me fait souffrir moi qui rêvait d'une autre vie d'un autre type d' encadrement et plus serein (certes il y a des gens corrects mais il y a ceux qui vous font vivre l'enfer alors qu'ils n'ont jamais vraiment souffert !). J'y ai rencontré un jeune homme dix ans plus jeune en situation d'invalidité aussi. Nous nous sommes mariés, ma fille aussi de son côté et elle Dieu merci, elle a très bien démarré dans la vie. Aujourd'hui moi heureuse en couple (sur le plan affectif essentiellement car un bien gentil mari), je supporte comme je peux d'avoir perdu ma fille qui s'est bien éloignée, détachée de moi comme le reste de la famille car... j'inventerais.

Tous les dimanches j'attends ma fille, tous les jours je pense à ma fille. Mon père est décédé il y a 5 ans environ. Je commence à retraverser des moments d'anxiété intense, car avec un petit revenu en couple, je passe ma vie à gérer dans un étau à en avoir toujours une vie réduite. Je n'ai connu que cela. Dans quatre ans environ je devrai passer au statut retraite, et donc mon mari étant dix ans plus jeune et rémunéré par une pension d'invalidité, à cause de moi, nous aurons à deux le minimum vital. Je me réveille la nuit, angoissée. Ma vie n'a été qu'une survie, une poursuite intérieure d'autoprotection et de refuge, d'évitements sociaux, puisque je n'ai pas de preuves pour donner un sens publique à ma vie et peu de moyens financiers pour envisager plus que ma tête hors de l'oeuf ; ma vie n'a été  qu'une succession de contraintes forcées dans une vie à l'étroit.

Mon but était de récupérer ma fille mais il faut des preuves, mon but était de réussir ma vie et non pas de la compter à J- en voyant approcher la retraite alors que je venais à peine de me reconstruire. Un cauchemar mental inouï. Il faut j'en suis convaincue pour le vivre, au moins autant d'années à se reconstruire/conforter qu'a duré l'amnésie.

Et donc, j'ai écrit tout cela pour que l'on sache que j'encourage vivement Cécile B dans sa démarche car c'est très important pour commencer le vrai processus qui sauvera réellement des vies.

Avoir avec soi des gens qui vous croient et vous soutiennent jusqu'au bout : ce serait plus risqué dans un cas grave comme le mien. Mais pour encourager d'autres je donne mon témoignage. J'encourage Cécile B. pour nous toutes/tous. Mais il faut savoir qu'après une amnésie, personne ne peut évaluer le degré de fragilité d'une victime et donc ceux qui s'engagent dans un combat courageux pour aider une victime doivent prendre conscience de ce risque. D'autant que l'épée de Damoclès que fait peser l'assimilation d'un récit vrai à de la diffamation fige à vie jusqu'à la mort lorsqu'il n'y a pas de preuves ! Etre figée en soi : alors comment vivre ?

Nous en parlons
M
manou2256
Publié le 09.11.2013
Inscrit il y a 7 ans / Actif / Membre

Magnifique récit, réaliste et ressenti par toutes les victimes...la société se ment à elle-même et la justice suit ! il faut bien des boucs-émissaires, à l'incapacité de certains individus ou groupes d'individus pour palier à leurs incompétences...le "paraître" se substitue au "réel" pour le confort moral de tous ces abuseurs...
Je vous rassure : vous êtes quelqu'un de bien...

M
Mary
Publié le 06.11.2013
Inscrit il y a 8 ans / Actif / Membre

Récit vrai pour les victimes - Diffamation pour celles et ceux qui trichent avec la Vie !

Il n'y a pas que nos familles qui sont/étaient "dysfonctionnelles" - la société et la justice leur emboîtent sérieusement le pas !!!