Le parcours du combattant !

Témoignages Publié le 05.12.2012

woman.3Je m'appelle Mary, j'ai 62 ans. Durant des années de la petite enfance, j'ai été "massacrée" dans une cabine étroite, sombre et isolée au fond du grenier de la maison. Mon père m'y emmenait lorsqu'il y développait ses photos.... Je devais être gentille, sinon, il mourrait !!! Alors j'étais gentille, je le maternais même. Il avait fait de moi une victime consentante.

A cet âge là, jamais je n'aurais eu l'idée de manifester le moindre désaccord, de prendre le risque de me plaindre. Ma mère fermait les yeux. Je suppose que cette situation l'arrangeait. De toute façon sa vision des choses était toujours qu'il ne fallait pas créer de soucis à notre père. Sous entendu, l'enfant ce n'est pas toi, c'est lui, alors débrouille toi et tais-toi !!! Donc "marche ou crève", mais sois gentille avec papa, materne le comme moi, c'est tout !!!

La première fois (3 ans), mon seul moyen d'expression face à ce cauchemar, cette terreur, avait été de me laisser dépérir. Je ne pouvais plus absorber que très peu de nourriture et maigrissais. Le moindre petit morceau de viande dans mon assiette représentait un éléphant que j'avais à avaler... La famille m'expliquait toujours après que j'avais un appétit de moineau... J'étais alors gavée de vitamines et l'on m'emmenait chez un médecin qui faisait des rayons aux enfants rachitiques, je m'en souviens encore, surtout des grosses lunettes noires qui protégeaient les yeux !!! Bien sûr, ni les vitamines ni les rayons ne solutionnaient le problème. Le massacre continuait... Aucun adulte ne réagissait, ne se posait de questions....

J'ai donc été ainsi chétive durant des années, cumulant problème sur problème (dentaires - dos etc...). C'est sans doute ce qui m'a sauvée car dès l'âge de 11 ans j'ai dû être suivie par un spécialiste, passer régulièrement des radios et aller chez le kiné (qui me répétait que je respirais comme un poussin malade...)Le généraliste avait probablement compris la cause de tout ce mal-être et fait peur à mon père car tout s'était arrêté d'un coup !!!

Comment survivre à un tel cauchemar ??? Les symptômes communs à tous et toutes : confiance "zéro" en soi, peur au ventre, tremblements, terreurs nocturnes etc.... qui sont un énorme handicap. J'ai fait une TS à l'âge de 19 ans (3 semaines de coma) puis ai été soignée par un médecin dealer, bourrée d'anxiolytiques et ai subi des séries d'électrochocs en étant mineure (meilleur moyen pour ne pas que les souvenirs gênants pour les adultes remontent...)

Mes parents ont donc signé pour ces actes de barbarie à l'époque ! Je n'ai jamais été aidée par mon entourage. Le peu que j'ai parlé de ce passé, j'ai rapidement réalisé que je me faisais traiter de paranoïaque, ou que l'on ne croyait pas, estimant que j'inventais cela pour fuir certaines situations... Grave !!! J'ai vu aussi que je dérangeais... Une amie religieuse m'a même conseillé d'aller me faire purifier par un prêtre... Pourquoi ne pas nous accrocher une pancarte autour du cou tant qu'à faire : "attention - impurs!!!"

J'ai fait plusieurs thérapies, cela m'a aidée, je me suis mariée et ai eu deux fils. Ce sont les plus belles années de ma vie, même si tout n'a pas été facile. L'on se heurte sans cesse à des difficultés qui nous compliquent beaucoup les choses. Je réalise encore à 62 ans que je reste fragile. Si la personne en face de moi est honnête tout va bien. Par contre si ce n'est pas le cas, je suis très vite vulnérable et peux me retrouver mise en difficulté sans être capable de me défendre. L'inhibition, la terreur reprennent le dessus, l'autre peut encore facilement saisir les commandes à ma place.

Par moments, je suis complètement découragée. Le comportement totalement irrespectueux (pour ne pas dire sadique) d'un gendarme m'a récemment fortement blessée. Lorsqu'une personne de 62 ans tremble, la logique est de s'assurer que cela ne traduit pas un malaise. Eh bien non, lui manifestait une satisfaction non dissimulée !!! La vérité c'est en effet que j'étais très mal ! Il m'a aussi demandé de ne pas être paranoïaque après que je lui ai expliqué que je me heurtais à des difficultés pour me défendre verbalement dans des conditions de stress...

Que faire ? Nous n'avons pas de cartes de "personnes meurtries par la vie" à présenter. Qu'au moins on nous écoute avant de nous juger sur les apparences lorsque nous avons été mis (mises) en difficulté !!! La petite dose de réconfort : Lorsque je réussis à prendre du recul, que je vois ce parcours du combattant avec toutes ces humiliations répétées, j'arrive à me dire que je ne suis pas la plus moche de l'histoire !

Nous en parlons
M
MARTINEW
Publié le 03.01.2013
Inscrit il y a 11 ans / Nouveau / Membre

Les moches, ce sont eux les violeurs de vies et ceux qui croient pouvoir profiter de notre fragilité.
J'ai 56 ans et je me reconnais dans votre témoignage.
Ce que je sais, c'est que tous ensemble, on est plus fort.
On les aura !!!;-)