Ma mère a de la compassion pour mon violeur

Témoignages Publié le 14.05.2017

Ma mère a de la

compassion pour mon violeur

J’ai 21 ans et j’ai été violée à l’âge de 4 ans par le mari de ma tante. C’est arrivé 4 fois mais je ne saurais préciser la durée sur laquelle s’est écoulé ce cauchemar. A 4 ans ou 5 ans on n’a pas vraiment la notion du temps mais on sait ce qui est bien ou mal.

Je me rappelle de chaque fois, la première il m’a demandé d’aller le voir alors qu’il était aux toilettes, il fallait qu’il me raconte quelque chose, il m’a assise sur ses genoux et à commencer à me toucher, à m’embrasser puis il m’a posé sur le lavabo et à commencer à me violer, alors que mes deux cousins se trouvaient à l’extérieur de la salle de bain, mais ils étaient jeunes et ne réalisaient pas non plus.

La deuxième fois, il avait envoyé ses deux fils chercher des boissons à l’épicerie j’ai tout fait pour y aller avec eux mais je n’ai pas réussi, il a réussi à me garder avec lui, il m’a allongée sur son lit et a commencé à me violer, je pleurais, je criais je disais que j’allais tout raconter à ma mere, à ma tante, il me disait qu’il avait le droit, qu’il était mon oncle, puis il m’a dit que c’est soit comme ça, soit par la bouche. Je me rappelle qu’une fois fini il s’est essuyé et m’a essuyée et je me rappelle avoir vu un mélange de sang et de liquide blanc, dans mon esprit d’enfant je me suis dit que ça ressemblait à du lait. Les deux autres fois se ressemblent et il m’est difficile de poursuivre dans les détails.

Durant 14 ans j’ai fait comme si ce n’était jamais arrivé, je ne l’ai dit à personne, je continuais à fréquenter mon bourreau, après tout on est de la même famille, je devais lui faire la bise, rigoler à ses blagues pour que personne ne remarque rien. Je me suis construite seule mais ça a laissé des traces et plus je grandis plus j’en souffre.

Quand j’étais plus jeune, à l’âge de 7 ans j’ai regardé un téléfilm qui passait sur TF1, il racontait l’histoire d’une fille qui s’était faite violer et qui ne pouvait plus avoir d’enfant tellement le viol avait été violent. Depuis, j’ai cette peur profonde en moi de ne pas réussir à donner vie à des enfants. C’est idiot mais j’ai encore peur. A 11 ans, quand certaine de mes amies ont commencé à avoir leurs règles, j’avais peur que ce traumatisme ne me permette pas d’avoir mes règles et que l’on voit que je ne suis pas normale.  Puis quand j’ai eu mon premier copain, je lui avais dit que j’étais vierge, car pour moi je l’étais, après tout je n’avais jamais fait l’amour. Du coup lors de notre première fois je n’ai pas saignée et j’avais peur qu’il n’ait plus confiance en moi. C’est deux ans plus tard que je lui ai avoué la vérité et cet aveu m’a donné le courage de l’avouer également à ma mère.  Sur le moment j’ai pensé qu’elle m’avait cru mais aujourd’hui j’ai la preuve que non.

Mon bourreau est en prison parce que l’une de mes cousines l’a accusé de viol, elle avait 14 ans quand c’est arrivé mais dans la famille personne ne l’a crue, heureusement la justice oui.

Lorsqu’il a été envoyé en prison ma mère m’a dit « ça ne sert à rien de ressasser le passé, vaut mieux se taire ». Maintenant qu’il est en prison, elle le plaint, je l’entends raconter aux gens « ca a toujours été un homme droit, à moi il m’a rien fait, blablabla ». J’ai même appris de sa bouche, qu’elle va lui rendre visite en prison pour lui donner du courage.

J’ai 21 ans, c’est jeune mais j’ai l’impression de ne pas l’être, de ne l’avoir jamais été. Je ne me rappelle pas de ma vie avant ce viol, je ne me rappelle pas d’un seul moment d’insouciance où je pouvais me retrouver dans une pièce avec un grand monsieur sans trembler, sans avoir peur. 

J’ai construit ma vie sur des mensonges, sur des comédies. J’ai passé ma vie à jouer le rôle de la fille rigolote, alors qu’à l’intérieur je suis vide. La vérité c’est que j’ai une énorme haine en moi, que je suis incapable d’aimer et que j’en veux à la terre entière pour ce qu’il m’est arrivé. Il m’a détruite et j’espère qu’il souffrira toute sa misérable vie pour ce qu’il a fait.

Nous en parlons
E
Emmanuelle.F92
Publié le 12.04.2020
Inscrit il y a 1 an / Débutant / Adhérent

Bonjour,je vous comprends tellement, ayant vécu moi-même des faits similaires. Seule, je n'ai jamais réussi à trouver la sérénité. Il a fallu l'aide d'une psychologue que je vois toujours. Je crois que je garderai toujours des traces de ce traumatisme, cependant je vais mieux. Donc, pour moi, si vous le pouvez, consultez un ou une psychologue, enfin qui pourra vous aider.

N
Nina1982
Publié le 19.05.2019
Inscrit il y a 2 ans / Nouveau / Membre

Je vous envoie toute mon empathie et ma compassion face à la terrible douleur que vous avez pu vivre et que vous vivez encore sûrement maintenant. De plus le comportement de votre mère qui semble prendre plus en pitié votre oncle bourreau que l'horreur de ce que vous avez vécu est une double peine. Il semblerait que votre mère nage en plein déni. Elle ne veut peut -être pas accepter la réalité aussi ses actions vlnt dans ce sens( rendre visite à votre oncle en prison). Cela ne justifie pas pour autant son comportement et votre colère,contre votre bourreau et je pense aussi, contre votre mère est bien légitime. Néanmoins cette colère vous emprisonne... Cette colère contre la terre entière comme vous dites, aussi légitime soit-elle, vous détruit. Aussi je vous invite à vous poser la question suivante : comment puis-je éteindre cette colère afin d'accèder à la sérénité que je mérite? Au bonheur que je mérite? Cette colère vous retient dans le passé, elle vous consume et en quelque sorte c'est une manière de vous faire du mal, de vous détruire...pour vous libérer et être capable d'aimer il va falloir vous libérer de cette haine qui vous maintient dans le passé...