Ce livre m'a aidé(e) (public)
La fabrique des pervers de Sophie Chauveau
M
meline
Inscrit il y a 9 ans / Nouveau / Membre
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Cet ouvrage autobiographique m'a aidée à comprendre puis à m'affranchir de mon ascendance "monstrueuse". L'auteure analyse le fonctionnement de sa famille perverse, brise le secret et redonne du sens à ce qui n'en a pas. En constatant qu'elle n'était qu'une enfant impuissante face à cette "machine à broyer" et en se pardonnant elle-même de n'avoir pu empêcher ces incestes familiaux, Sophie Chauveau s'est libérée du transgénérationnel. La lecture de ce livre m'a beaucoup apaisée.
10 messages
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Patrick.L
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 06.02.2018 10:33


Bonjour,

Moi aussi j'ai beaucoup aimé ce livre qui est remarquablement bien écrit. Il décrit très bien le climat incestuel et malsain qui banalise la sexualité (par exemple le père de l'auteure qui se promène toujours le zizi à l'air dans l'appartement, qui pince les fesses de la mère en faisant des blagues salaces devant les enfants, etc) et favorise le passage à l'acte. Il décrit aussi la reproduction des crimes incestueux d'une génération à l'autre et la terrible loi du silence: comme si c'était plus grave "d'en parler" que de le faire !

Ayant fini ce livre j'ai pris ma plus belle plume et envoyé une lettre à Sophie Chauveau (via le courrier des lecteurs de Gallimard) qui m'a fort gentiment répondu. Elle est abonnée à la newsletter, nous soutient et signe nos pétitions. C'est un grand écrivain qui a choisi de façon courageuse de briser le silence afin de protéger les générations à venir. Bravo et merci Mme Chauveau !
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Phelenix
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 06.02.2018 12:33
Bonjour Patrick et Meline,

Merci pour cette discussion qui me fait du bien parce que l'idée qu'une personne issue d'un milieu incestueux puisse briser à un moment le cercle vicieux transgénérationnel, ça m'inspire tellement.
J'ai lu sur le post où vous remerciez Isabelle que vous vous estimez vous même sorti de ce cercle vicieux, Patrick L. J'espère ne pas trop interpréter vos mots et si oui, je m'en excuse et vous invite à me corriger.
J'aurais voulu vous demander si vous aviez aussi connu des années de confusion et de difficulté en sortie de déni ou lors de ruptures symboliques avec le milieu familial ou de passage en tout cas de rupture profonde avec les conditionnements passés. Je suis dans cette étape de vie et je sais qu'on peut se reconstruire en venant de ces milieux et ayant subi des abus mais je cherche de l'espoir à lire une réponse directe d'une personne qui est passée par une tempête à un moment à ne plus savoir qui elle était pour finalement se trouver et mener une vie bien plus paisible.

Êtes-vous dans ce cas d'avoir donc vécu une ou plusieurs tempêtes identitaires avant de vous être trouvé de façon plus satisfaisante pour vous les années qui ont suivi? Et si oui, auriez-vous quelque expérience personnelle à partager sur le 'comment garder la foi dans le moment de transition entre le sommeil d'un déni et l'éveil de s'être trouvé bien plus'?

Je recherche simplement des témoignages sur cette période particulière de sortie de déni. Et pour trouver de l'espoir pour moi en cette période de confusion.
P
Patrick.L
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 06.02.2018 14:29
bonjour Phelenix,

Oui je peux confirmer que sortir du déni c'est long et parfois très cahotique. Il m'a fallu 10 ans environ mais aujourd'hui je connais un bonheur profond et stable, lucide et indépendant de l'humeur du jour. Une fois qu'on est parvenu à faire face au passé, si pénible, douloureux et moche soit-il, à le regarder sans complaisance et sans illusions mais aussi de façon bienveillante, alors on n'a plus peur de rien.

Aujourd'hui quand je suis face aux difficultés de la vie que tout un chacun va rencontrer inévitablement, je me dis "j'ai survécu à mon enfance je survivrai bien à cette nouvelle difficulté". Ce n'est pas que je me blinde, en fait c'est plutôt le contraire. J'ai accepté ma fragilité, ma vulnérabilité. J'ai écouté cet enfant intérieur blessé qui pleurait en silence depuis si longtemps. Je l'ai pris par la main. Je connais mes failles, elles sont toujours là, comme de vieilles cicatrices, mais j'ai appris à en prendre soin. Et je suis également plus sensible à la détresse des autres: au lieu de chercher à la fuir par détresse empathique (ce qui se produit quand on est submergé par nos propres émotions devant la souffrance d'autrui), je me concentre sur ce que je peux faire pour aider. Après avoir appris à prendre soin de cet enfant intérieur, j'essaie de prendre soin des autres, de ma mère en particulier.

Le déni c'est un peu comme une dent qui fait mal. Comme on a peur du dentiste, on retarde le rendez-vous. Et puis un jour on prend son courage à deux mains (ou alors la douleur est trop forte et nous oblige), on y va. Sur le moment, on déguste, on en voit de toutes les couleurs ! Juste après on a encore plus mal on se demande si on a bien fait. Mais ensuite ça ne fait plus mal du tout, car on a traité la source même de la souffrance.

bien à vous
G
gilrab
Inscrit il y a 7 ans / Actif / Membre
Publié le 15.02.2018 12:28
Bonjour Phelenix,

Tu écris "J'aurais voulu vous demander si vous aviez aussi connu des années de confusion et de difficulté en sortie de déni ou lors de ruptures symboliques avec le milieu familial ou de passage en tout cas de rupture profonde avec les conditionnements passés."

En ce qui me concerne, la sortie du déni a été la période la plus dure de toute ma vie sans aucun doute possible, celle où j'aurais pu me suicider. La seule chose qui m'en a empêché a été ce que j'ai appellé "ma petite étincelle de vie", si fragile et si forte à la fois. Pour moi, sortir du déni a signifié entre autres choses, de prendre conscience que TOUT ce sur quoi j'avais basé mon passé n'était que de la poudre aux yeux, une construction illusoire, mais un magnifique moyen de survivre durant 35 ans.

Quant à la confusion, il y en a tellement que j'ai dû éclaircir peu à peu au cours des années: confusion identitaire (qui suis-je? ai-je un corps et si oui, est-il "à moi", puis-je me l'approprier?), confusion des générations, confusion sexuelle, mais aussi confusion entre sexualité et affection, entre plaisir et désir, entre plaisir et souffrance physique... Encore un peu de boulot à faire mais c'est tout bon

Enfin, concernant les ruptures avec le milieu familial, symboliques ou non, elles sont devenues faciles une fois que je suis arrivé à me débarrasser de mes culpabilités. Et j'ai réussi à me débarrasser de mes culpabilités au fur et à mesure que j'ai travaillé sur mes traumas.

Voilà, je ne sais pas si cela répond à ta question de départ. Pour résumer, il est selon moi normal et même nécessaire que ces périodes de confusion douloureuses se produisent, elles sont un signe positif d'avancement. J'ai l'idée que tu étais peut-être bien confuse avant, mais tu ne t'en rendais pas compte, qu'en penses-tu?

Bien amicalement,
Gilrab
A
Adèle9
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 15.02.2018 18:30
Bonsoir Phelenix,


Comme Gilrab, la sortie du déni a été pour moi la période la plus douloureuse. Des semaines et des mois, entre la vie et la mort. Je me suis accrochée à mon énergie de Vie et je ne pouvais pas me faire à l'idée d'abandonner mon fils.

Je ne regrette pas mon choix, d'il y a 13 ans. J'ai traversé de nombreux paliers,de prise de conscience en prise de conscience, j'ai évolué et aujourd'hui je me sens vivante et riche de ces épreuves qui m'ont incroyablement fais grandir. J'ai adopté pleinement la petite fille que j'ai été.

La rupture familiale a été obligatoire pour m'ouvrir ce chemin que je me suis offert. Aujourd'hui, je suis bien consciente que je n'ai plus rien à partager avec eux. J'ai décidé d'aller voir ma mère démente en maison de retraite, pour m'apaiser et pour qu'elle parte en Paix.

De nombreux allers et retours dans le passé, dans le présent pour faire les liens nécessaire pour avancer, en trébuchant, en tombant et j'ai sans cesse trouver l'énergie pour me relever. Aujourd'hui, je vais mettre fin à une longue thérapie, je dois apprendre à marcher seule, la tête haute et je sais que je suis sur le bon chemin.
A
Adèle9
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 15.02.2018 18:32
Tu es aussi sur le bon chemin, je me retrouve dans tes questionnements...

Prends soin de toi.

Chaleureusement.

Adèle.
P
Phelenix
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 16.02.2018 00:17
Merci Gilrab, Merci Adèle,

ça me fait tant de bien de vous lire tous les deux ce soir.

Quelle douleur aujourd'hui. Mon ami qui me parle de se suicider avant mai de cette année. Je le sais brisé et épuisé. Je crains pour sa vie. Je me sais impuissante, je dois faire ce que je peux et accepter que je ferai de mon mieux pour l'aimer.

Tous mes traumas qui remontent avec la sortie de déni: l'inceste, le viol, la mort traumatisante de mon ami Jérémy quand j'avais 8 ans, le silence de mon père, la solitude de souffrir emmurée dans mon silence au milieu d'adultes qui ne m'écoutent pas, et tout le reste.

Tout m'explose à la figure ce soir surtout la mort de Jérémy car je ne sais pas si mon ami va vivre. Je me sais limitée. Je lâche prise. Je l'aime. Il le sait, ce soir je lui ai dit d'une façon que seule mon coeur a dictée. Je ne peux pas faire plus. Je souffre. Je souffre moins qu'il y a 21 ans pourtant quand Jérémy est parti. Je respecte les choix d'Adil, mon ami. Même si mon coeur se brise à l'idée qu'un si beau jeune homme prenne sa vie. Même si mon esprit ne peut cesser de se dire que moi aussi il y a 13 ans j'étais dans sa situation à vouloir mourir de ne pas comprendre pourquoi j'allais si mal. Et puis que 13 ans ont passé et que désormais je connais les causes de mon envie de mourir d'autrefois alors je ne prendrai jamais plus ma vie. Je connais le nom de mon ennemi. Même s'il n'est pas vaincu pour autant, je connais l'existence de ces traumas profonds en moi. Et j'ai l'espoir de franchir ces années de douleur de fin de déni. Voilà ce qui m'anime ce soir et une prière intérieure que l'homme que j'aime ne prendra plus sa vie non plus et qu'il reviendra lui aussi à la vie, qu'il acceptera ses traumas comme moi.

Deux oiseaux blessés peuvent-ils réapprendre à voler ensemble? Ce soir j'ai dit à mon ami mon amour et s'il part, je sais que je lui aurai dit tout mon amour. Sans lui, je serai encore à craindre mon corps, sans lui, mes nuits seraient encore hantées par les fantômes de mes assassins d'autrefois. Avec lui, mes nuits sont plus douces, le souvenir de lui m'offre la nuit une protection contre les fantômes mauvais. Si je dois le perdre, je le perdrai mais je lui aurai dit mon amour. Cette année est la première année de rupture de déni pour moi, l'épreuve que je traverse par cet amour en fait partie. J'accepte la douleur. Je ne lutterai pas ce soir. J'ai juste besoin de pleurer et de sentir mon amour pour lui.
G
gilrab
Inscrit il y a 7 ans / Actif / Membre
Publié le 16.02.2018 11:03
Bonjour Phelenix,

Je viens de lire ton post juste au-dessus de celui-ci, il m'a beaucoup touché, vraiment beaucoup. Je n'ai malheureusement pas le temps d'écrire longtemps, sache simplement que je te soutiens de tout mon coeur. Je ne connais pas ton ami Adil mais ce que j'aurais tendance à dire de plus positif, et je m'appuie sur mon expérience personnelle pour cela, c'est qu'en se transformant soi-même on rayonne tout naturellement notre transformation autour de nous. Autrement dit, c'est notre travail sur nous-mêmes qui peut amener les autres à se transformer à leur tour, et c'est la seule chose que nous puissions faire. J'ai dit "qui peut", parce qu'encore faut-il que les autres en question acceptent ce "rayonnement".

Bon, ce que je viens d'écrire est une banalité triviale mais voilà, je voulais l'écrire.

Courage à toi.
P
Phelenix
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 16.02.2018 11:06
Cher Gilrab,

Tu viens de me mettre un grand sourire sur le visage et dans le coeur.
Gratitude.

Plein de courage à toi aussi. Je suis heureuse de te savoir occupé, j'espère que ça se passe bien pour toi. Prends soin de toi.
M
meline
Inscrit il y a 9 ans / Nouveau / Membre
Publié le 26.02.2018 19:32
Bonjour Phelenix,

Désolée de vous répondre si tardivement.

Oui, j'ai connu moi aussi des années difficiles lors de ma sortie du déni et je vous promets que l'on peut s'en sortir. Gardez espoir, le chemin sera douloureux mais vous parviendrez à être heureuse et à vous libérer de vos souffrances. J'ai vécu des tempêtes identitaires et avec du temps, un long travail sur moi et de belles rencontres, j'ai pu me retrouver. À bientôt 36 ans, je suis désormais "réunie". La petite fille que j'étais est en paix avec la femme que je suis et ma vie est sereine. J'espère d'ailleurs devenir mère bientôt.

Vous vous demandez comment garder la foi dans ces moments de transition. C'est je crois l'essentiel : avoir la certitude que vous allez aller mieux. Car un jour. Un jour, vous irez mieux.

Pour ce qui est des ruptures familiales, cela a été un peu plus compliqué pour moi : j'ai coupé plusieurs fois avec ma famille dans le déni pour me protéger mais n'ai jamais eu le courage de tenir plus d'un an, rattrapée par la culpabilité de laisser ma mère se débattre avec ses problèmes (mon agresseur était mon grand-père maternel qui m'a élevée car mes parents ne géraient rien). Cela m'a beaucoup freinée. Aujourd'hui, j'ai fait le choix de vivre à l'étranger...

Vous arriverez à être apaisée, n'en doutez jamais. Je ne pensais pas dire cela un jour mais je peux témoigner qu'on se relève de l'inceste. On garde ses cicatrices, certes, mais on est plus vivant que jamais.

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