Echanges avec les non survivants
Comment protéger mes proches?
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
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Comment protéger mes proches de mes douleurs personnelles?

Je me rends compte que j'ai fait des erreurs avec mes proches, j'ai trop parlé de mes abus. En tout cas c'est l'impression que j'en ai. Qu'il y a des espaces dédiés pour cela. Et que j'ai fait l'erreur de trop en parler à mes proches.

C'est comme ci je n'avais pas réfléchi tous ces mois, toutes ces fois où j'en ai parlé avec eux. Leur dire les abus, j'avais besoin de leur dire. Dès que j'ai su pour l'inceste et le viol, besoin de dire que j'avais souffert, que surtout c'était arrivé. Pour moi c'était Noël de pouvoir leur dire, un soulagement presque un bonheur. Je réalise avec choc quand même que dans ma frénésie de soulagement je n'ai pas réalisé que je leur annonçais qu'une personne qu'ils apprécient moi avait été violée. Comment je réagirais si demain ma meilleure amie depuis 10 ans me recontactait et me disait vlan d'un coup qu'elle a été incestée et violée? Franchement? Je crois que je serais brisée sous le choc: comment j'ai rien pu voir comme ça? La haine qu'on ait pu lui faire ça. Je perdrais la tête de désespoir, j'aurais des nuits blanches. ça me rappelle ma tante qui m'a écrit le lendemain de l'annonce qu'elle n'en avait pas dormi.

J'ai pas réalisé toute naive et toute je ne veux pas dire égoiste, je veux vraiment dire naive parce que si j'avais réalisé que ça blesserait mes proches jamais je ne l'aurais fait ainsi mais je réalise que tout naive j'ai fait mal à mes proches. Non pas dans le fait de leur dire le viol, dans la façon.

Grand dieu, j'ai écrit à mon père des détails abominables de mon viol, j'en pleure presque. Grand dieu, mon papa a reçu de ma part des détails absolument horribles de comment j'ai été violée. Moi sa petite fille qu'il aime. Je sais pas je trouve pas les mots, c'est si naïf, si - mais grand dieu comment ai je pu ne pas me censurer pour lui écrire? Je réalise avec effarement que pleine de bonne volonté de faire la lumière sur mon crime et d'exposer les injustices en fait j'ai blessé tout le monde et moi compris. ça m'étonnerait pas que mon père ait déclenché un stress post traumatique après la lecture de certains de mes messages (s'il a eu la folie de ne pas les mettre à la poubelle aussi).

J'avais été tellement BLESSEE que mon père réponde qu'il allait jeter mes messages à la poubelle désormais mais en fait c'est pas le fait que je lui dise que j'allais mal qu'il jetait à la poubelle, c'était la FACON. 16 mois de rééducation plus tard aussi de rééducation à la communication plus saine, je me rends compte avec choc de ce que j'ai infligé à mes proches. J'ai bien plus les épaules pour entendre parler de viol que mes parents, mon père assurément et pourtant je chialerais comme une madeleine vraiment je crois si une amie que j'aime me disait avoir été abusée. Alors je n'ose imaginer le CHOC ASTRONOMIQUE que ça a pu avoir été pour mon père de se prendre que ma mère me tripotait, que c'est de l'inceste, que en plus j'ai été violée, d'avoir les détails absolument choquants de comment ce type m'a fait mal.

La naiveté d'une enfant qui croit que on peut tout dire sans autocensure. La difficulté d'une survivante de viol qui tâtonne encore alors pour savoir où on peut parler de viol, où faut mieux éviter de le mentionner et à qui aussi. Je me réveille cette nuit. J'ai fait l'erreur d'en dire trop à mon père, avec ma tante aussi. Avec mon dernier ami de même. C'était pas super avec mes deux autres exs non plus. En somme j'en ai trop dit à mes proches mais le vrai choquant c'est à mon père. Comme si mon père car il est mon père il peut tout entendre, en ça dans ces pulsions d'écriture j'étais tellement immature. Je me pardonne, je sais que c'était la dissociation, je sais que de façon vitale à l'époque j'ai eu besoin de parler à mon père que me museler a été un enfer, je le sais. Je m'en souviens. Je comprends l'automatisme de tout lui dire à 30 ans, je comprends. C'était de l'émotionnel pur qui est sorti.

Maintenant je réalise les dégâts de l'émotionnel pur aussi sur mes proches.
J'espère que mon père sera en état de me parler bientôt. J'irai déposer une lettre simple lui demandant si on peut se voir. J'ai juste besoin de prendre de ses nouvelles. Voir comment il va. Rester très brève sur le viol. Très brève sur tout ça. Très brève probablement pour le temps de visite aussi. Il me manque, je l'aime, il vieillit. Je grandis. J'ai besoin de revoir son visage. Et reste brève alors sur le viol, mais au moins désormais il en sait assez.
9 messages
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PetiteLoutre12
Inscrit il y a 3 ans / Actif / Membre
Publié le 03.08.2018 16:27
Je comprends ta question. Je ne connais pas encore les détails, alors je n'ai pas pu en donner.
J'ai eu besoin de le dire. Pour expliquer pourquoi je ne travaille pas. Parce que je ne voulais pas le cacher à mes amies. Parce que ça a été un secret trop longtemps.

Je l'ai dit sans trop d'émotions. Ce qui fait que je crois que la plupart n'a pas mesuré l'horreur. Ma psy dit que les gens ne savent pas comment réagir alors ils prennent la même attitude que moi. Je ne pense pas les avoir blessées. Je pense que seulement quelques unes, qui sont vraiment capable de se mettre à la place des autres, ont compris. Mais ça ne leur est pas arrivé.

Je crois qu'on pense que c'est l'horreur pour les autres de le savoir parce que nous on sait ce que c'est. Mais au final, quand on ne sait pas, et même si on le sait, ça ne leur arrive pas. C'est dur à entendre, c'est pas facile quelques jours, mais après une personne empathique se demande ce qu'elle peut faire pour soutenir son amie dans cette épreuve. Elle essaie de la voir, de l'appeler, d'être là. Elle écoute. Elle essaie de comprendre pour ne pas dire de bêtises.

Pour ton père, c'est différent. Est-ce que tu n'essayais pas de le faire réagir ? Lui demander de te protéger ?
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 03.08.2018 20:18
Bonsoir PetiteLoutre12,

Mon père est un cas. Mon père c'est juste euh incommentable je me rends compte. Quand on dit à son père 'j'ai subi' un viol, et qu'il réagit pas, c'est qu'il déc*nne à donf. Je peux plus rien espérer de lui. Je suis fière d'avoir parlé car libérer la parole dans mon cas c'est le grand problème depuis toujours et les kilomètres de mots depuis des mois le rappelle (je commence à m'en amuser sentant que le robinet se ferme un peu de jours en jours).

Mon père j'aurais voulu qu'il se bouge. Je lui ai mal dit le viol, et en même temps, par définition le viol c'est tellement une destruction que je vois pas comment sans avoir été au préalable réparé, on peut venir alors très posément, poliment l'exprimer polissément à son parent. En tout cas j'ai pas su faire. Comme une proche qui me raconte que pour le dire elle l'a fait polissément au restaurant à 27 ans à sa mère seule à seule et en pleurant lâchant tout dans le restaurant. Y'a pas de bonne façon de dire un viol, je pense. A moins d'avoir fait sa thérapie, vidé toute l'horreur qui remonte par bouffée lors de la mention de 'viol', je vois pas, je suis pas tranquille là de l'écrire viol, j'ai des suées sur les joues, je sens le coeur qui bat plus vite, je me sens devenir folle en moi mais je reste calme sur le clavier Dès lors ben oui je voulais que papa m'aide, j'ai pas trouvé la bonne façon de dire le viol ni avec lui ni avec d'autres et puis c'est compréhensible, c'est fait c'est fait.

Je demanderais pas à un cancéreux de rester présentable et lucide à bien me détailler comment il souffre. Je demanderais pas à une personne violée non soignée de trouver les mots de façon à être audible. Sinon ça voudrait dire que le viol détruit pas de pouvoir ainsi trouver les mots or comme moi je l'ai vécu, il m'a détruite de ma vie personnelle à mon corps, ma santé, ma vie pro et mes relations, il a tout abimé. Et je n'aurai jamais la vie que j'aurais eue sans viol, sans son acte de destruction à Lui mais mon espoir il est de grappiller autant de pourcent de vie que je peux supplémentaire.

Oui j'ai utilisé tant d'approches, l'approche dépassionnée avec visage lisse de poupée, l'appproche hystérique avec explosion des émotions grands cris et jugements et menace d'envoyaer en justice, l'approche plus maîtrisé pour dire viol et puis quand même dire que ce sont des crimes et je l'ai pas assez bien fait auprès de proches de toute façon très hermétique. Mais je peux me féliciter que l'ayant fait et ayant refusé de me taire auprès de ma tante, lui ayant dit que à ne pas mentionner les choses je préfère se voir moins, et bien elle m'ait renouvelé son besoin de se voir et se parler, elle ait elle été demandeuse. Alors voilà aussi cesser de tendre le bâton pour me faire battre en suppliant des personnes qui ne veulent ni me voir ni m'entendre comme mon père et puis à la place ben voilà aller vers des personnes qui non seulement me veulent et en plus veulent m'entendre. Aller ces temps ci vers des personnes un peu plus faciles à vivre pour ce qui est de de voir et se parler.
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WiseWacky
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 03.08.2018 23:08
Hello Phelenix

Personnellement, du moment que je n'oublie pas que les autres ont aussi des souffrances dans leur vie, je ne culpabilise pas de parler et parler encore, toujours insister. On vit dans le deni total dans cette société, personne ne veut rien voir, et le peu de personnes qui arrivent enfin à se faire fissurer le mur du silence devraient se modérer ? on devrait colmater la brèche ? Non, tant que les victimes d'inceste et de pédocriminalité seront des millions à être méprisées, tant qu'on balaiera la crasse sous le tapis, il faudra faire toujours plus de bruit.
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 03.08.2018 23:44
En fait je réalise que je ne me tairai plus sur parler des abus sexuels en général, ça oui. ça je le fais en fait déjà bien plus de l'ouvrir dans une discussion. Là où je dois me protéger c'est sur mes abus, ma vulnérabilité au tréfonds et là je ne souhaite plus
Je réalise d'ailleurs souvent en lisant les articles ou écoutant les vidéos de spécialistes en traumato que je pense que certains ont vécu des abus ou sont carrément en contrôle de leurs émotions, par respect je ne citerai pas de noms, et je réalise que ils parlent de 'la victime' et ça sonne comme 'et je peux d'ailleurs d'autant mieux vous parler avec les tripes de la victime que j'en suis une aussi et que ça je le vis aussi'

C'est marrant ce que tu dis, Wise. Aujourd'hui une amie me disait qu'elle s'excuse d'avoir parlé du fait que j'ai été violée et qu'elle s'en doutait depuis des années à une autre amie. Et je lui ai dit: mais ne t'excuse pas car de ces crimes hélas trop répandus on ne parle aps assez et je crois que c'est vital justement quand on le peut d'en parler.

Donc oui à parler, oui oui. Et je réalise que j'ai trouvé le truc pour parler d'abus sexuels plus: parler 'de la victime' sans dire que c'est 'moi aussi'. Et dans les enclaves protégées uniquement là pouvoir dire sur 'moi'
W
WiseWacky
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 04.08.2018 00:54
Oui, sur l'aspect victimaire je suis d'accord avec toi, si on ne fait pas attention il y a forcément un moment où on se montre vulnérable. C'est une attitude qui affaiblit, dans le sens où on peut attirer les mauvaises personnes, attirer de mauvais comportements, mais aussi endosser à nouveau le rôle de victime, alors que l'on est survivant, et que l'on doit passer, pour enfin en finir, de ce statut à celui de vivant tout court.
Quand j'évoque le sujet, j'essaie d'adopter une posture de combattant. J'informe que ça existe, que j'ai connu cette souffrance, j'essaie d'expliquer les conséquences et de faire rentrer dans le crâne des sourdingues que ça pourrit l'existence, que ça tue, que ça doit cesser et que chacun est responsable de ce qui se passe dans le monde où il vit.
M
moogli
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 04.08.2018 01:33
En lisant tin post Phelenix me vient un échange avec ma psy. Je m’inquiétais de l’effet de mes dysfonctionnements sur mon amie dans notre relation amicale. De ne pas être à la hauteur, de la décevoir. Ma psy m’a rappelé un truc tout simple: cette amie est responsable, elle est en relation parce qu’elle le décide. C’est une adulte, pas une enfant qui doit être protégée. Tout comme un adulte ne peut pas être abandonné. Pour ce qui est de l’explication, chez moi c’est l’enfant qui doit sauver ses soeurs et son frère martyrisées par les incestes ainsi que mes parents défaillants, c’est cette partie qui s’exprime.
N
nemosansnom
Inscrit il y a 3 ans / Nouveau / Membre
Publié le 18.08.2018 18:50
Bonjour,


J’ai lu ton message. Je ne sais pas comment le formuler mais je suis de tout cœur avec toi.

Je suis conjointe de victime. Il y a eu aussi cette forme de « frénésie » libératrice, un moment où elle me racontait les abus qu’elle avait subis. C’était assez dur pour moi car je ne savais pas comment réagir, comment lui apporter mon soutien, comment l’aider. Le fait est que je ne peux pas.
Peu importe la façon dont elle le racontait (crûment ou tentant l’humour), les faits racontés restaient les mêmes donc en cela ils sont éternellement violents.
Tu ne dois pas t’en vouloir de l’avoir raconter à tes proches, ni de la manière dont tu l’a fait. Tu en avais besoin donc tu as bien fait.
Ce n’est jamais évident d’écouter car ces sévices ont été fait sur une personne que l’on aime et que l’on ne pourrait jamais effacer cela.

Pour ma part, je lui suis reconnaissante d’accepter de m’en parler, de me raconter ce qu’elle a vécu car cela me permet de (la) comprendre. Cela ne m’empêche pas de pleurer comme une madeleine. Il n’empêche que c est important de l’écouter quand elle en a besoin.

En espérant que cela t’aie (un peu) aidé
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 18.08.2018 19:15
Ton message m'a fait pleurer de soulagement, juste merci nemosansnom, je suis tellement émue.

J'ai fait tellement de bêtises cette année mais je ris aussi de soulagement parce que si j'avais en face de moi un gosse devenu adulte qui me raconte en souriant qu'il a été violé, j'aurais le coeur brisé mais j'aurais aussi de la compassion, de la joie: enfin il peut parler, voilà c'est dur mais ça y est, il a l'opportunité enfin d'être secouru alors qu'il parle.

Je relativise tellement. Et puis j'ai appris à recentrer la libération de la parole sur des espaces dédiés et avec des personnes écoutantes capables d'entendre. J'ai une très bonne amie qui a subi le viol et l'inceste, elle peut tout entendre, et je crois que moi avec elle c'est pareil. On parle de tout ce qui est autour du viol, on n'a pas eu la nécessité encore de tout aborder mais je pense que si jamais il y avait ce besoin on le ferait naturellement.

Y'a des espaces dédiés et je pense que pour la partie la plus dure du viol en lui-même, il vaut mieux garder ça pour des abusés qui savent entendre. Je réalise que j'en ai voulu à mon père en fait je suis heureuse quelque part de son incapacité à entendre l'horreur dans le sens où ça signifie qu'il ne l'a pas vécue. Il n'a pas eu à subir le viol. Je commence à relativiser.

Je relis la fin de ton message, tu m'as énormément fait de bien par ton message, oui, grand grand merci du coeur de nouveau et puis ben voilà pour ce qui est d'être écoutée par mes proches, je me dis que sur ce sujet je préfère le cloisonner aux écoutants en capacité parce que justement j'aurais trop mal désormais de faire pleurer une amie ou un compagnon. Je suis heureuse de voir les espaces dédiés à cette souffrance et je voudrais travailler plus dans le sens d'offrir des lieux d'écoute aux victimes. Je me dis que je pourrai aller dans mon cas en Justice parce que j'aurai eu accès à cette écoute donc que j'aimerais être complémentaire dans mes actions de ceux qui militent et oeuvrent en Justice.
N
nemosansnom
Inscrit il y a 3 ans / Nouveau / Membre
Publié le 20.08.2018 17:27
Bonjour,

Je te rejoins dans l’idée que pour en parler, il faut un cadre dédié.
Également, il faut penser aux personnes à qui cette histoire est confiée. Pas pour les ménager elles ! Attention. Mais par rapport à toi, car certaines personnes peuvent avoir des paroles maladroites ou blessantes, mais plus par ignorance que méchanceté. Il faut penser à cela aussi.

Récemment, ma petite amie, en voyage à l’étranger, a croisé son agresseur. Elle ne l’a caché avant de me le dire, soit 5j après les faits. Cela m’a mise dans une rage folle. Je ne supporte pas qu’elle me cache des choses par rapport à ça. Elle l’a fait pour « me ménager » mais pour le coup, ce n’était pas la bonne chose à faire.

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