Echanges avec les non survivants
Je me sens seule
C
coza
Inscrit il y a 1 an / Nouveau / Membre
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Bonjour à tous,

Tout d'abord merci de me lire. J'ai 28 ans, et je voudrais témoigner ici de ma levée traumatique, mais aussi trouver des oreilles attentives et compréhensives car je traverse une période très difficile et je me sens seule.

J'ai fait un burn out il y a 2 ans, j'occupais un travail que je n'aimais pas, mes supérieurs hiérarchiques étaient en guerre l'un contre l'autre – je l'ai très mal supportée étant hypersensible. J'ai commencé à vriller, et à retrouver mon vieil ami : la dépression et les idées noirs.

Avant cela, j'étais plutôt une fille bonne vivante, très très active : j'ai fait pleins de chose dans ma vie, des diplômes, des stages, des petits boulots, de bénévolat, de voyages. J'avais beaucoup d'ami.e.s, très sociables, mais souvent quand j'étais seule, ça n'allait pas, j'ai fait des petits épisodes dépressifs, mais j'ai toujours repris le dessus. J'étais souvent malade, et j'avais des conduites à risque avec l'alcool.

A 26 ans je me suis retrouvée bloquée, je n'aimais pas mon travail, j'étais dans une relation nocive, j'avais plus de force... Bref ça n'allait pas, mais dans ma tête mais je me mentais à moi même car tout cela me stabilisait et j'étais persuadé que j'allais trouver une solution à l'extérieur. J'avais besoin de me poser un peu après une phase très exponentielle pendant mes études et une adolescence chaotique avec le divorce de mes parents qui fut traumatisant et énergivore.

Mais bon voilà qu'avec ce burn out j'ai vraiment été trop loin, mon corps m'a complètement dit stop, sauf que je continuais à aller travailler, à accomplir mon devoir – je travaillais alors dans les politiques publiques. Mon contrat s'est fini et j'ai décompensé, j'ai sombré pendant 2 ans, tout est revenu à la surface, tout ce que j'avais mis de côté ( moi-même) j'ai vraiment dysjoncté ! J'ai entamé une thérapie, lu beaucoup de psycho, fait du yoga de la méditation et me suis beaucoup intéressé à la psychogénéalogie.

Il y a 6 mois j'ai senti qu'il y avait une affaire d'agression sexuelle qui remontait, et j'étais alors persuadée qu'il s'agissait d'une transmission dans mes lignées. Je suis partie en vacances avec des ami.e.s en pleine montagne et j'ai commencé à avoir des flashs, la couleur d'un carrelage, je me figeais lorsque j'entendais certains sons, en randonnée, j'ai senti une immense terreur qui venait à moi. Le lendemain, il y a eu cette petite fille qui vivait dans le chalet voisin, j'ai phasé sur elle, on aurait dit un ange tombé du ciel, elle était très jolie, malicieuse et joueuse, je lui ressemblais un peu à son âge, vers 4 – 5 ans. J'ai pensé fort «  elle est en danger il faut la protéger ». Avant le départ, un copain en formation ostéo m'a fait une manipulation, il m'a dit qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas au niveau de mon pubis. Malgré tout ça, l'air de la montagne m'a fait du bien, j'ai ris avec les copains on fait la fête, on a dansé.

Je rentre à la ville et me sens très mal, je me dis que je retrouve mon mal être habituel. Je commence à regarder des vidéos sur les réseaux, je tombe sur la vidéo d'une femme qui raconte sa levée traumatique. Je bascule, mon corps est pris de sursauts, une grande énergie le traverse, je sens une partie de mon cerveau qui est réveillée, je vois des flashs, des lieux, un prénom en même temps. Je pleure pendant 2 h. C'était moi qui m'était faite agressée.

Le lendemain je trouve le soutien d'ami.e ; soulagée, je ne suis pas folle, je ne pas foutue, je ne suis pas inapte à la vie, je suis victime. Dans la journée je me sens mal de nouveau, je décide de prendre un bain. Quelques respirations, je fais une crise de tétanie/ d'angoisse et j'hurle, mon corps hurle, je laisse faire, j'observe, c'est comme si j'étais à la fois dans et à l'extérieur de mon corps. Je sens que ces hurlements viennent chercher très loin à l'intérieur de moi.... je me calme et trouve réconfort auprès d'une amie. Ce soir là, je suis apaisée, je dors bien, mon corps récupère.

Depuis j'ai d'autres remontées, pleurs, voix dans ma tête qui me disent des choses horribles, je traverse ses crises maintenant avec plus de sérénité. J'entame bientôt un travail EMDR. J'ai déposé plainte, je retrouve tout doucement goût à la vie mais c'est dur. C'est dur car ma confiance en moi a été complètement anéantie, c'est dur car je ne sais pas m'aimer, je ne sais plus vraiment qui je suis. J'ai honte aussi d'en être arrivé là, et je sais que certains de mes ami.e.s m'ont jugés, n'ont pas compris pourquoi j'ai été léthargique pendant 2 ans.

Mais maintenant, je comprends toute cette tristesse, cette honte et cette culpabilité, ces absences, mon corps souffrant, ces pensées noirs, et je suis soulagée de comprendre que ce n'est pas vraiment moi. J'ai l'impression que tout se replace, mais que cela prendra du temps et je suis fatiguée.

Aussi, je sais qu'il y a peut être une autre victime, mais je n'ai pas encore réussi à lui parler car ma mère et une amie de la famille qui la connaisse me dise qu'elle est trop fragile pour l'entendre. Nous étions sur le même lieu de vacances, et je sais qu'elle a été encore plus souvent en contact avec mon agresseur. Elle est plus jeune – 26 ans, elle est anorexique depuis plusieurs années et a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Je ne sais pas quoi faire, je ne trouve pas juste de ne pas lui dire mais je ne me pas encore prête. Auriez-vous des conseils à me donner à ce sujet ? Est-ce qu'il vous semble possible de contacter le service hospitalier dans lequel elle est suivie ?

J'entame également une thérapie EMDR à l'hôpital cet été qui je l'espère pourra m'aider. J'ai besoin qu'on me dise qu'on peut s'en sortir après ça. J'ai lu de nombreux témoignages et je me sens moins seule, moins folle, merci, merci beaucoup de m'avoir lue.
3 messages
P
PetiteLoutre12
Inscrit il y a 3 ans / Actif / Membre
Publié le 17.07.2020 17:57
Bonjour,

c'est vrai que c'est délicat pour l'autre victime. ça va dépendre de son état de fragilité, je pense. Il n'y a pas non plus de bon moment pour un truc pareil. Après, peut-être que tu peux parler d'une agression sexuelle, sans rentrer plus dans les détails, sans lui dire qu'elle pourrait être victime aussi... ?
Ou lui écrire une lettre pour qu'elle ait le temps de réfléchir à si elle veut parler de ces vacances avec toi ? Ou lui demander si elle se souvient de qqch de bizarre avec l'agresseur ?
Si elle est amnésique, ça peut être un soulagement aussi d'enfin savoir. Même si il y a aussi un gros risque de décompenser...
Je réfléchis tout haut...
Par contre, le service hospitalier... bof. La plupart des médecins et des psy ne sont pas formés au trauma donc ils risquent de dire n'importe quoi.

Moi non plus je n'ai pas travaillé pendant deux ans, et j'ai perdu des amies qui n'ont pas compris. Je ne travaille toujours pas, c'est mon chemin.
C
coza
Inscrit il y a 1 an / Nouveau / Membre
Publié le 24.07.2020 18:44
Merci 'Petite Loutre' pour ta réponse,


Ma psy du centre psycho trauma m'a dit que faire un courrier pouvait avoir un impact si l'hôpital dans lequel elle est suivie est formé au trama. Je vais attendre d'avoir les idées plus claires pour prendre la bonne décision sachant qu'effectivement il n'y aura pas de bon moment...

Je vais devoir reprendre le travail de mon côté, je vise un travail alimentaire quelques temps avant de retrouver mon énergie et envisager une nouvelle voie professionnelle

Bon courage à toi
F
Femmedevaleur
Inscrit il y a 3 ans / Actif / Membre
Publié le 19.08.2020 00:23
Tu as déposer plainte malgré ton amnésie traumatique partiel, as tu étais cru par l'expert psychiatre ?

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