"Opération Hippocrate" : l'hypocrisie sur les abus sexuels tabous de certains médecins

Projets Publié le 07.04.2018

Je témoigne personnellement sous le pseudonyme d'Ariane dans cette pétition à laquelle j'ai contribué. Il y a depuis longtemps en France un tabou sur les abus sexuels des médecins et cela aveugle beaucoup de personnes. C'est le fonctionnement habituel d'un tabou .


http://www.atoute.org/n/article366.html : acte 1, la pétition !

Je témoigne personnellement sous le pseudonyme d'Ariane dans cette pétition à laquelle j'ai contribué. Il y a depuis longtemps en France un tabou sur les abus sexuels des médecins et cela aveugle beaucoup de personnes. C'est le fonctionnement habituel d'un tabou :
http://www.atoute.org/n/article367.html : acte 2, les réactions hostiles !

- Le premier interdit du tabou porte ici sur la transgression sexuelle. Une transgression particulièrement dérangeante quand il s'agit d'un médecin dont le comportement nuit à l'image de l'autorité institutionnelle : une autorité de référence qui a un savoir incontestable, un soignant et un "Docteur" supposé fiable et bienveillant. C'est difficile de regarder en face de tels abus ! C'est d'autant plus difficile que l'abus est grave et qu'il a de lourdes conséquences pour une victime : le viol est un crime, l'inceste également, et en théorie, ce genre d'abus est assimilé à un "viol sous emprise" ainsi qu'à un "inceste professionnel".  Alors le déni actuel me semble à la hauteur de l'abus  :
....Un abus jadis reconnu par le Serment d'Hippocrate mais effacé ensuite, pourquoi ?
...Un abus reconnu par Freud et par la psychanalyse mais qui n'a jamais été réglementé officiellement, pourquoi ?  

- Le deuxième interdit du tabou porte sur le dévoilement de la transgression. Toute parole publique sur le tabou constitue aussi une transgression des  représentations et des croyances en jeu.
* C'est de l'irreprésentable dans l'imaginaire collectif !
* C'est de l'indicible pour des victimes qui n'ont pas forcément les mots pour le dire tellement c'est inexplicable et choquant à leurs propres yeux.
* C'est de l'inaudible quand ces victimes portent plainte...
* Et c'est la logique du "bouc-émissaire" appliquée à ces victimes culpabilisées pour avoir troublé l'ordre public en attaquant des notables.
En retour, il s'agit surtout de cacher ou de minimiser la transgression sexuelle du médecin et ses conséquences.

- Le tabou sur ces abus médicaux renvoie bien sûr au traitement de l'inceste familial. Les médecins français représentent une autorité traditionnellement patriarcale (et même paternaliste) ainsi qu'un repère psychique parfois affectif, surtout dans le cas d'un transfert "oedipien" sur son psy :  c'est connu. C'est pour ça aussi qu'il est question "d'inceste professionnel" dans ces abus sexuels de médecins. Et l'inceste est le plus fort de tous les tabous !
...Dans l'inceste familial, les victimes étaient d'ailleurs elles-aussi déclarées "consentantes" et l'arsenal juridique était lui-aussi déclaré "suffisant", bien que l'inceste ne soit pas interdit par une loi spécifique. Ce fut enfin le cas après un combat acharné (et une pétition !) parce que les plaintes pour inceste avaient du mal à exister : le contexte relationnel spécifique à l'inceste n'était pas pris en compte. Troublant parallèle avec ce qui se passe dans la relation avec un médecin abuseur, la  relation professionnelle d'autorité étant vite zappée par l'idée de "vie privée du Docteur".

Face au tabou, chacun se défend à sa façon contre la parole des victimes et des plaignantes. Ce n'est pas vraiment la liberté sexuelle ou amoureuse du médecin qui est défendue par les opposants à notre pétition, c'est plutôt l'affirmation d'un fonctionnement individuel et institutionnel qui semble humain et sous contrôle : avec une sanction en cas d'abus.  Mais ça c'est le monde merveilleux des apparences !

- Si la justice rendue était satisfaisante, pourquoi y a-t-il tant d'abuseurs récidivistes dans le milieu médical ( ...qui en protège beaucoup sans les dénoncer)  ?
- Si la victime était réellement consentante, pourquoi tant de symptômes traumatiques lourds également reconnus par les médecins qui la prennent en charge ?
De fait, l'interprétation de la loi et de la déontologie médicale dans les plaintes pour abus sexuel pose certains problèmes...aux victimes.

J'attire l'attention sur le traumatisme à répétition d'une victime d'abus sexuel d'un médecin qui comme tout le monde doit affronter le tabou ! Il y a le premier choc lié à l'abus et à ses conséquences : c'est souvent inimaginable de se retrouver dans une telle situation, avec un pervers manipulateur ou un prédateur sexuel qui semble un soignant respectable aux yeux de tous. Il y a ensuite le choc tout aussi violent du silence complice du milieu médical avec l'accueil plutôt dissuasif d'une plainte en justice : beaucoup de témoignages de plaignantes en parlent, alors pourquoi ne pas les prendre en compte ? C'est l'effondrement de tous les repères et c'est la confiance dans les institutions qui est également perdue : c'est encore plus difficile de se remettre d'un tel abus !

C'est ce constat réaliste des victimes et des plaignantes qui me semble mériter respect et attention. Au minimum, c'est une information de ce qui est si souvent occulté et qui malheureusement n'est pas "rare"... Je précise encore que notre pétition est plutôt symbolique : il s'agit d'ouvrir la parole et le débat plutôt que récolter à l'aveugle une multitude de signatures dénuées de sens sur certains réseaux sociaux. Mais la signature de ceux et celles qui comprennent de quoi on parle aurait au contraire beaucoup de sens pour nous...

D'avance je vous remercie pour votre solidarité à toutes et à tous.
Ariane.

Nous en parlons
R
Randal
Publié le 27.04.2018
Inscrit il y a 7 ans / Nouveau / Adhérent

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