Dr Darves-Bornoz : une victime sur deux souffre de PTSD

Dossiers Publié le 21.04.2014

Par Roselyne Rabin pour Dialogues, revue Face à l'inceste . Le professeur Jean-Michel Darves-Bornoz a publié plusieurs travaux établissant un lien entre viol incestueux et maladie mentale. Certains sont accessibles sur son site internet.

Dialogues : Quel est le lien entre agression sexuelle et maladie mentale ?

Darves-Bornoz : La majorité des patients soignés en psychiatrie a subi une agression sexuelle, enfant ou à l'âge adulte. Le caractère incestueux de l'agression provoque les troubles les plus sévères. Etre violé par quelqu'un en qui on avait confiance est vraiment terrible. Et comme pour les enfants battus, il y a la longue période. Les médecins ne prennent pas assez en compte cette dimension.

Dialogues : Une victime de viol sur deux souffre de P.T.S. D. ...

Darves-Bornoz : Oui, et il dure plus longtemps chez une victime de viols incestueux, il faut le souligner. Mais ce n'est pas le pire. Le plus grave, ce sont les troubles du développement, les troubles de la personnalité et les troubles dissociatifs. Le fait d'avoir subi des années durant des viols en famille crée un sentiment d'abandon et de profond désespoir. Par contre, un comportement sexuel anormal, même chez un enfant, ne prouve pas un inceste.

Dialogues : Les agresseurs ne sont pas d'anciennes victimes, alors ?

Darves-Bornoz : Il n'y a pas plus d'anciennes victimes chez les pédophiles que chez les non-pédophiles. Un parent ayant subi un inceste ne va pas le commettre à son tour. C'est diffamatoire de dire cela. Mais il éprouvera des difficultés relationnelles avec ses enfants. Il manque de repères et ne connaît pas la signification des mots “père” et “mère”. De plus, il a été trahi par quelqu'un en qui il avait confiance. Les repères en principe positifs n'ont pas été fiables. Toutes ses croyances se sont effondrées.Il est plus démuni qu'un parent étant lui-même orphelin et ayant vécu dans des foyers.

Dialogues : Certains enfants victimes d'inceste deviennent des adultes victimes de viol...

Darves-Bornoz : Oui, c'est terrible. Il y a une fascination pour le viol. Leur maladie entraîne des difficultés sociales. Leur logement et leur moyen de transport sont peu sûrs. Lorsqu'ils se prostituent, c'est par manque de revenus.

Dialogues : Comment éviter tout cela ?

Darves-Bornoz : Une prise en charge psychodynamique (une psychanalyse, grosso modo) au long cours est indispensable. Les groupes de parole peuvent aider les victimes. Ils permettent la création de vraies fraternités. Partir à l'étranger n'est pas une solution pour rompre avec le passé. La perte de repères est déstabilisante.