Sondage Face à l'inceste /Ipsos 2010

Dossiers Publié le 26.06.2010

 

Sondage Face à l'inceste /Ipsos 2010 sur la santé des victimes

Etat des lieux de la situation des personnes victimes d’inceste : quel est leur vécu, leur état de santé et l’impact sur leur vie quotidienne ?

A l’heure où notre ministère de la santé planche sur le rapport qu’il doit rendre le 30 juin 2010 sur la création de centre de soins pour les deux millions de victimes d’inceste françaises, Face à l'inceste a voulu interpeller le gouvernement sur le fléau de santé publique que représente l’inceste. Fléau social, humain et financier, il mérite qu’on l’étudie.

Mais la France n’a pas de chiffres, ne fait aucune étude, aucune recherche. Les victimes s’entassent dans les services psychiatriques, en unités de suicidologie, anorexie, toxicologie… sans que personne ne s’interroge sur l’origine de leurs maux. Elles ne bénéficient donc d’aucune prise en charge spécialisée.

Nous voulons une volonté politique qui comprenne que soigner les maux sans s’occuper de l’origine du mal c’est comme soigner le SIDA sans s’occuper du virus !

Les américains ont étudié cette question. L’ACE Study, en enquêtant auprès de 17000 personnes a montré l’impact majeur de l’inceste sur la santé des adultes : cancers, diabètes, problèmes cardiovasculaires…

Nous nous sommes inspirés de cette étude pour créer la notre. Deux scientifiques français, le Dr Jehel de l’hôpital Tenon et le Dr Bonnet y ont participé.

L’enquête réalisée par l’IPSOS auprès de 341 victimes membres d’ Face à l'inceste et 946 français représentatifs de la population française sur :

-       un volet consacré à la santé des victimes et à la prévalence d’un certain nombre de pathologies au sein de cette population

-       un volet destiné à comprendre l’impact de l’agression sur leur vie quotidienne et sur les relations avec leur entourage.

Résultats

Les victimes d’inceste souffrent d’un grand nombre de pathologies dans des proportions bien plus importantes qu’au sein de la population française :

La dépression : 98% des victimes indiquent ressentir actuellement (72%) ou avoir ressenti dans le passé (26%) le sentiment régulier d’être très déprimé, alors que la proportion de Français vivant la même situation est nettement moindre (56%, dont 19% qui le vivent actuellement).

Les victimes sont davantage sujettes à des comportements à risque ou des addictions comme le fait de fumer plus de 10 cigarettes par jour en moyenne (55% contre 44% en moyenne chez les Français), boire plus de 3 verres d’alcool par jour (30% contre 17%) ou consommer de la drogue chaque semaine (27% contre 9%). La très grande majorité d’entre elles souffre de troubles compulsifs alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie (76% contre 9% des Français dans leur ensemble).

Les tentatives de suicide : 86% des victimes indiquent avoir ou avoir eu de façon régulière des idées ou pulsions suicidaires, une situation que ne rencontrent que 14% des Français.Plus grave,la majorité des victimes est déjà passée à l’acte puisque 53% ont déjà tenté de se suicider, dont un tiers à plusieurs reprises.

  1.  

Le fait d’avoir subi un inceste a de multiples conséquences sur la vie quotidienne des victimes :

Le traumatisme est quasiment permanent… Le souvenir de l’agression les dérange régulièrement (94% connaissent cette situation, dont 74% qui la vivent toujours actuellement) et elles font souvent des cauchemars très violents ou dérangeants (86% dont 49% actuellement).

… et il a un impact sur leur vie sexuelle (77% sont ou ont déjà été dans l’impossibilité d’avoir un rapport sexuel même si elles le souhaitaient) et professionnelle (68% sont ou ont été dans l’impossibilité de se concentrer ou d’exercer une activité professionnelle).

 

La révélation des faits : un processus long et douloureux :

Une révélation qui intervient en moyenne 16 ans après les faits… Pour près d’un quart des victimes (22%), c’est même plus de 25 années qui se sont écoulées avant la première évocation des faits à un tiers. … et se fait en dehors du cercle familial : la première fois qu’elles en ont parlé, seules 28% des victimes ont abordé le sujet avec un membre de leur famille, les amis, conjoints ou spécialistes étant privilégiés. En revanche, 77% des personnes qui en ont reparlé par la suite ont témoigné de ce qui leur était arrivé à leur famille.

Une parole qui ne reçoit pas toujours une oreille bienveillante : lorsqu’elles ont révélé pour la première fois ce qui leur était arrivé, la majorité des victimes (55%) indique que leur interlocuteur n’en a plus jamais reparlé avec elles. Plus grave, une victime sur cinq indique que ce dernier leur a demandé ou conseillé de garder le silence, ou qu’il a mis en doute leur témoignage en les accusant de mentir.

La confrontation avec l’agresseur est rare et difficile : la majorité des victimes (56%) n’a jamais parlé de ce qui s’était passé avec son agresseur et quand elles l’ont fait, ce dernier a, dans la majorité des cas (54%), nié les faits.

Les faits ne se traduisent que très rarement par une issue judiciaire. Ainsi, seules 30% des victimes sont allées porter plainte, et quand elles l’ont fait, il n’y a majoritairement pas eu de procès. Les personnes qui n’ont pas porté plainte indiquent majoritairement avoir agi de la sorte car les faits étaient prescrits, tandis que 35% expliquent qu’elles ont eu peur d’être rejetées par leur famille.

  Au regard de ces résultats et des autres questions posées aux victimes (sondage complet: http:// Face à l'inceste .org), il est évident que la création d’une politique de soins spécialisés des victimes d’inceste s’avère indispensable. Suite à la loi FORT, le gouvernement planche sur la question mais nous craignons que le rapport prévu pour le 30 juin 2010 restera dans les placards.   Nos autorités n’ont pas encore compris l’importance des conséquences de l’inceste et surtout la cause de ses conséquences.    

Décryptage des scientifiques


jehelSynthèse du Dr Jehel, Psychiatre, Hôpital Tenon, CHU de Paris

• Etude exemplaire, car unique en France sur l’identification de marqueurs de gravité du retentissement de l’inceste à l’âge adulte.


• La construction des questions de cette enquête s’est appuyée sur des études scientifiques américaines et une adaptation de mesures utilisées en psychiatrie en France.


• Le sentiment d’être très déprimé actuellement apparait de 72% pour les victimes d’inceste alors qu’il est de 19% en population générale. Soit près de 4 fois plus. Le chiffre de 19% est proche de celui retrouvé dans la dépression dans la plupart des études. Il en est comparable pour le sentiment d’être irritable souvent lié à un état dépressif.


• Le sentiment d’avoir peur des autres actuellement ou au cours de sa vie est de 93% alors qu’il est de 29% en population générale. Soit plus de 3 fois supérieur. Ce sentiment de peur est proche des différentes phobies et conduite d’évitement qui sont des conséquences majeures des traumatismes. Ces conséquences sont graves et particulièrement invalidante sur le développement affectif, de l’apprentissage, des relations sociales et de la vie professionnelle.


• Souffrir de douleur physique chronique de façon très régulière actuellement ou au cours de la vie est rapporté par 85% dans le groupe de victimes alors qu’il est de 56% en population générale. Ce chiffre montre toute l’importance de dépister parmi les personnes souffrant de douleurs physiques la nécessité de rechercher des traumatismes qui doivent orienter vers des soins spécifiques, sinon le risque est celui d’une errance médicale et de la persistance des douleurs.


• Ces chiffes de dépression et de douleur sont à relier directement à la présence d’idées suicidaires 86% dans le groupe des victimes et 14 % dans le groupe représentatif de la population générale.


Cela renforce notre conviction de dépister systématiquement les antécédents de traumatisme sexuel comme l’inceste parmi les personnes ayant fait une tentative de suicide et d’autre part de savoir évaluer et protéger chaque victime en crise d’un geste suicidaire.


• Les troubles graves de l’alimentation sont 8 fois plus fréquents parmi le groupe de victimes d’inceste, il en constitue un symptôme et un élément de gravité avec toutes les complications sur la santé physique et sur les relations sociales.


• Pour lutter et supporter l’angoisse, le sentiment de terreur, l’alcool et la drogue sont très souvent utilisés par les victimes d’inceste pour survivre à l’horreur. C’est ce que l’on retrouve avec une utilisation de l’alcool et de la drogue 2 à 3 fois plus importante dans le groupe des victimes d’inceste que celui de la population générale.


• Un dernier élément de gravité apparait dans l’expression du sentiment de peur d’avoir des enfants et d’être un mauvais parent qui est retrouvé pour 64% des victimes d’inceste et pour 12% des personnes dans le groupe représentant la population générale, soit 5 fois plus pour les victimes incestées.


bonnetSynthèse du Dr Catherine Bonnet, pédopsychiatre

• L’inceste n’est pas une maltraitance sexuelle isolée, il s’accompagne toujours de maltraitances psychologiques et bien souvent de maltraitances physiques, parfois de maltraitances des mères des enfants qui en sont victimes. Lorsque ces maltraitances s’additionnent, les effets sur la santé psychique et somatique et sur les relations aux autres s’amplifi ent comme l’a démontré l’ACE study. Cette étude américaine conduite par le Dr Vincent Felitti et le Dr Robert Anda au Kaiser Permanente en Californie entre 1995 et 1997 a eu un impact considérable aux Etats-Unis.


• Le questionnaire s’est inspiré de l’ACE Study. Même s’il est évident qu’il n’est pas raisonnable de comparer le sondage IPSOS- Face à l'inceste avec l’étude épidémiologique de l’ACE Study, réalisée sur 17 000 participants à partir de plus de 200 questions, force est de constater que le sondage Face à l'inceste /IPSOS apporte un regard nouveau sur les conséquences importantes de l’inceste sur la santé.


• Nombre de symptômes sont des signes d’appel au secours silencieux coupés de leur origine : des éléments du syndrome post-traumatique sont présents comme en témoignent les réponses aux six questions inspirées par le Trauma Screening Questionnaire, TSQ, de Brewin et al 2002; des états dépressifs, des tentatives de suicides, des mises en danger par les addictions (nourriture, alcool, drogues), des automutilations, des douleurs somatiques multiples et chroniques...


• Même lorsque ces symptômes sont associés à la peur des autres et à l’angoisse de devenir parent, c’est-à-dire la crainte et la diffi culté d’établir des liens affectifs et de créer un lien avec un être petit, dépendant, l’inceste n’est dévoilé qu’après de longues années ou parfois jamais.


• Comment expliquer cet écart entre la présence d’éléments cliniques et l’absence de lien avec l’inceste ? Les adultes victimes indiquent dans ce sondage certains obstacles à révéler l’inceste à leur entourage, à leur médecin... L’absence de questions systématiques des médecins et des professionnels de santé sur la possibilité de maltraitances sexuelles, d’un inceste pourrait-il en expliquer les années de silence ?


• Les effets de la violence humaine sur un autre humain a sans doute des manifestations spécifi ques, surtout s’il s’agit d’une personne de la famille qui aurait dû favoriser la confi ance, recueillir la confi dence, apporter de l’affection, du réconfort... Les personnes qui en sont victimes testent avec précaution la confiance d’autrui, en particulier celle des professionnels de santé pour apprécier s’ils peuvent en parler sans avoir en retour des réactions négatives.


• Le sondage Face à l'inceste /IPSOS indique que les médecins et les autres professionnels de santé représentent 24% de ceux à qui les victimes parlent pour la première fois en dehors de la famille: médecin 9%, autre professionnel de santé 9%, thérapeute, psychiatre, psychanalyse, psychologue 6%.


• Si les médecins ne sont pas formés, leurs patients victimes d’inceste n’ont pour possibilité que de montrer un corps en souffrance pendant des mois. Lorsque des médecins ont appris à repérer ces manifestations psychiques et somatiques et à poser des questions simples et ouvertes à leurs patients, ils peuvent avoir un rôle vital pour réduire la durée des effets négatifs de l’inceste sur la santé.


• Les résultats du questionnaire IPSOS Face à l'inceste devrait inciter les pouvoirs publics à mettre en place des centres pour offrir des soins spécifiques aux victimes d’inceste dès le plus jeune âge, assurer la protection des victimes et réaliser des études cliniques et épidémiologiques sur l’inceste et ses conséquences, former tous les médecins pour leur apprendre à repérer les effets de l’inceste sur la santé et à poser systématiquement à tous leurs patients des questions ouvertes et simples sur les antécédents d’inceste et d’autres événements défavorables au sein de la famille.

Tous les tableaux de résultats et leur analyse sont disponibles ici MANDATORY CREDIT

Revue de presse

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Etat des lieux de la situation des personnes victimes d’inceste : quel est leur vécu, leur état de santé et l’impact sur leur vie quotidienne ?
A l’heure où notre ministère de la santé planche sur le rapport qu’il doit rendre le 30 juin 2010 sur la création de centre de soins pour les deux millions de victimes d’inceste françaises, Face à l'inceste  a voulu interpeller le gouvernement sur le fléau de santé publique que représente l’inceste. Fléau social, humain et financier, il mérite qu’on l’étudie.
Mais la France n’a pas de chiffres, ne fait aucune étude, aucune recherche. Les victimes s’entassent dans les services psychiatriques, en unités de suicidologie, anorexie, toxicologie… sans que personne ne s’interroge sur l’origine de leurs maux. Elles ne bénéficient donc d’aucune prise en charge spécialisée.
Nous voulons une volonté politique qui comprenne que soigner les maux sans s’occuper de l’origine du mal c’est comme soigner le SIDA sans s’occuper du virus !
Les américains ont étudié cette question. L’ACE Study, en enquêtant auprès de 17000 personnes a montré l’impact majeur de l’inceste sur la santé des adultes : cancers, diabètes, problèmes cardiovasculaires…
Nous nous sommes inspirés de cette étude pour créer la notre. Deux scientifiques français, le Dr Jehel de l’hôpital Tenon et le Dr Bonnet y ont participé.
L’enquête réalisée par l’IPSOS auprès de 341 victimes membres d’ Face à l'inceste et 946 français représentatifs de la population française sur :
-       un volet consacré à la santé des victimes et à la prévalence d’un certain nombre de pathologies au sein de cette population
-       un volet destiné à comprendre l’impact de l’agression sur leur vie quotidienne et sur les relations avec leur entourage.
 
Résultats
Les victimes d’inceste souffrent d’un grand nombre de pathologies dans des proportions bien plus importantes qu’au sein de la population française :
La dépression : 98% des victimes indiquent ressentir actuellement (72%) ou avoir ressenti dans le passé (26%) le sentiment régulier d’être très déprimé, alors que la proportion de Français vivant la même situation est nettement moindre (56%, dont 19% qui le vivent actuellement).
Les victimes sont davantage sujettes à des comportements à risque ou des addictions comme le fait de fumer plus de 10 cigarettes par jour en moyenne (55% contre 44% en moyenne chez les Français), boire plus de 3 verres d’alcool par jour (30% contre 17%) ou consommer de la drogue chaque semaine (27% contre 9%). La très grande majorité d’entre elles souffre de troubles compulsifs alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie (76% contre 9% des Français dans leur ensemble).
Les tentatives de suicide : 86% des victimes indiquent avoir ou avoir eu de façon régulière des idées ou pulsions suicidaires, une situation que ne rencontrent que 14% des Français.Plus grave,la majorité des victimes est déjà passée à l’acte puisque 53% ont déjà tenté de se suicider, dont un tiers à plusieurs reprises. 

Le fait d’avoir subi un inceste a de multiples conséquences sur la vie quotidienne des victimes :
Le traumatisme est quasiment permanent… Le souvenir de l’agression les dérange régulièrement (94% connaissent cette situation, dont 74% qui la vivent toujours actuellement) et elles font souvent des cauchemars très violents ou dérangeants (86% dont 49% actuellement).
… et il a un impact sur leur vie sexuelle (77% sont ou ont déjà été dans l’impossibilité d’avoir un rapport sexuel même si elles le souhaitaient) et professionnelle (68% sont ou ont été dans l’impossibilité de se concentrer ou d’exercer une activité professionnelle).
 
La révélation des faits : un processus long et douloureux :
Une révélation qui intervient en moyenne 16 ans après les faits… Pour près d’un quart des victimes (22%), c’est même plus de 25 années qui se sont écoulées avant la première évocation des faits à un tiers. … et se fait en dehors du cercle familial : la première fois qu’elles en ont parlé, seules 28% des victimes ont abordé le sujet avec un membre de leur famille, les amis, conjoints ou spécialistes étant privilégiés. En revanche, 77% des personnes qui en ont reparlé par la suite ont témoigné de ce qui leur était arrivé à leur famille.
Une parole qui ne reçoit pas toujours une oreille bienveillante : lorsqu’elles ont révélé pour la première fois ce qui leur était arrivé, la majorité des victimes (55%) indique que leur interlocuteur n’en a plus jamais reparlé avec elles. Plus grave, une victime sur cinq indique que ce dernier leur a demandé ou conseillé de garder le silence, ou qu’il a mis en doute leur témoignage en les accusant de mentir.
La confrontation avec l’agresseur est rare et difficile : la majorité des victimes (56%) n’a jamais parlé de ce qui s’était passé avec son agresseur et quand elles l’ont fait, ce dernier a, dans la majorité des cas (54%), nié les faits.
Les faits ne se traduisent que très rarement par une issue judiciaire. Ainsi, seules 30% des victimes sont allées porter plainte, et quand elles l’ont fait, il n’y a majoritairement pas eu de procès. Les personnes qui n’ont pas porté plainte indiquent majoritairement avoir agi de la sorte car les faits étaient prescrits, tandis que 35% expliquent qu’elles ont eu peur d’être rejetées par leur famille.
 
Au regard de ces résultats et des autres questions posées aux victimes (sondage complet: http:// Face à l'inceste .org), il est évident que la création d’une politique de soins spécialisés des victimes d’inceste s’avère indispensable. Suite à la loi FORT, le gouvernement planche sur la question mais nous craignons que le rapport prévu pour le 30 juin 2010 restera dans les placards.
 
Nos autorités n’ont pas encore compris l’importance des conséquences de l’inceste et surtout la cause de ses conséquences.
 
 

Décryptage des scientifiques

Synthèse du Dr Jehel, Psychiatre, Hôpital Tenon, CHU de Paris
• Etude exemplaire, car unique en France sur l’identification de marqueurs de gravité du retentissement de l’inceste à l’âge adulte.
• La construction des questions de cette enquête s’est appuyée sur des études scientifiques américaines et une adaptation de mesures utilisées en psychiatrie en France.
• Le sentiment d’être très déprimé actuellement apparait de 72% pour les victimes d’inceste alors qu’il est de 19% en population générale. Soit près de 4 fois plus. Le chiffre de 19% est proche de celui retrouvé dans la dépression dans la plupart des études. Il en est comparable pour le sentiment d’être irritable souvent lié à un état dépressif.
• Le sentiment d’avoir peur des autres actuellement ou au cours de sa vie est de 93% alors qu’il est de 29% en population générale. Soit plus de 3 fois supérieur. Ce sentiment de peur est proche des différentes phobies et conduite d’évitement qui sont des conséquences majeures des traumatismes. Ces conséquences sont graves et particulièrement invalidante sur le développement affectif, de l’apprentissage, des relations sociales et de la vie professionnelle.
• Souffrir de douleur physique chronique de façon très régulière actuellement ou au cours de la vie est rapporté par 85% dans le groupe de victimes alors qu’il est de 56% en population générale. Ce chiffre montre toute l’importance de dépister parmi les personnes souffrant de douleurs physiques la nécessité de rechercher des traumatismes qui doivent orienter vers des soins spécifiques, sinon le risque est celui d’une errance médicale et de la persistance des douleurs.
• Ces chiffes de dépression et de douleur sont à relier directement à la présence d’idées suicidaires 86% dans le groupe des victimes et 14 % dans le groupe représentatif de la population générale.
Cela renforce notre conviction de dépister systématiquement les antécédents de traumatisme sexuel comme l’inceste parmi les personnes ayant fait une tentative de suicide et d’autre part de savoir évaluer et protéger chaque victime en crise d’un geste suicidaire.
• Les troubles graves de l’alimentation sont 8 fois plus fréquents parmi le groupe de victimes d’inceste, il en constitue un symptôme et un élément de gravité avec toutes les complications sur la santé physique et sur les relations sociales.
• Pour lutter et supporter l’angoisse, le sentiment de terreur, l’alcool et la drogue sont très souvent utilisés par les victimes d’inceste pour survivre à l’horreur. C’est ce que l’on retrouve avec une utilisation de l’alcool et de la drogue 2 à 3 fois plus importante dans le groupe des victimes d’inceste que celui de la population générale.
• Un dernier élément de gravité apparait dans l’expression du sentiment de peur d’avoir des enfants et d’être un mauvais parent qui est retrouvé pour 64% des victimes d’inceste et pour 12% des personnes dans le groupe représentant la population générale, soit 5 fois plus pour les victimes incestées.
Synthèse du Dr Catherine Bonnet, pédopsychiatre
• L’inceste n’est pas une maltraitance sexuelle isolée, il s’accompagne toujours de maltraitances psychologiques et bien souvent de maltraitances physiques, parfois de maltraitances des mères des enfants qui en sont victimes. Lorsque ces maltraitances s’additionnent, les effets sur la santé psychique et somatique et sur les relations aux autres s’amplifi ent comme l’a démontré l’ACE study. Cette étude américaine conduite par le Dr Vincent Felitti et le Dr Robert Anda au Kaiser Permanente en Californie entre 1995 et 1997 a eu un impact considérable aux Etats-Unis.
• Le questionnaire s’est inspiré de l’ACE Study. Même s’il est évident qu’il n’est pas raisonnable de comparer le sondage IPSOS- Face à l'inceste avec l’étude épidémiologique de l’ACE Study, réalisée sur 17 000 participants à partir de plus de 200 questions, force est de constater que le sondage Face à l'inceste /IPSOS apporte un regard nouveau sur les conséquences importantes de l’inceste sur la santé.
• Nombre de symptômes sont des signes d’appel au secours silencieux coupés de leur origine : des éléments du syndrome post-traumatique sont présents comme en témoignent les réponses aux six questions inspirées par le Trauma Screening Questionnaire, TSQ, de Brewin et al 2002; des états dépressifs, des tentatives de suicides, des mises en danger par les addictions (nourriture, alcool, drogues), des automutilations, des douleurs somatiques multiples et chroniques...
• Même lorsque ces symptômes sont associés à la peur des autres et à l’angoisse de devenir parent, c’est-à-dire la crainte et la diffi culté d’établir des liens affectifs et de créer un lien avec un être petit, dépendant, l’inceste n’est dévoilé qu’après de longues années ou parfois jamais.
• Comment expliquer cet écart entre la présence d’éléments cliniques et l’absence de lien avec l’inceste ? Les adultes victimes indiquent dans ce sondage certains obstacles à révéler l’inceste à leur entourage, à leur médecin... L’absence de questions systématiques des médecins et des professionnels de santé sur la possibilité de maltraitances sexuelles, d’un inceste pourrait-il en expliquer les années de silence ?
• Les effets de la violence humaine sur un autre humain a sans doute des manifestations spécifi ques, surtout s’il s’agit d’une personne de la famille qui aurait dû favoriser la confi ance, recueillir la confi dence, apporter de l’affection, du réconfort... Les personnes qui en sont victimes testent avec précaution la confiance d’autrui, en particulier celle des professionnels de santé pour apprécier s’ils peuvent en parler sans avoir en retour des réactions négatives.
• Le sondage Face à l'inceste /IPSOS indique que les médecins et les autres professionnels de santé représentent 24% de ceux à qui les victimes parlent pour la première fois en dehors de la famille: médecin 9%, autre professionnel de santé 9%, thérapeute, psychiatre, psychanalyse, psychologue 6%.
• Si les médecins ne sont pas formés, leurs patients victimes d’inceste n’ont pour possibilité que de montrer un corps en souffrance pendant des mois. Lorsque des médecins ont appris à repérer ces manifestations psychiques et somatiques et à poser des questions simples et ouvertes à leurs patients, ils peuvent avoir un rôle vital pour réduire la durée des effets négatifs de l’inceste sur la santé.
• Les résultats du questionnaire IPSOS Face à l'inceste  devrait inciter les pouvoirs publics à mettre en place des centres pour offrir des soins spécifiques aux victimes d’inceste dès le plus jeune âge, assurer la protection des victimes et réaliser des études cliniques et épidémiologiques sur l’inceste et ses conséquences, former tous les médecins pour leur apprendre à repérer les effets de l’inceste sur la santé et à poser systématiquement à tous leurs patients des questions ouvertes et simples sur les antécédents d’inceste et d’autres événements défavorables au sein de la famille.
 
Tous les tableaux de résultats et leur analyse sont disponibles ici

MANDATORY CREDIT