C'était mon grand-père.

Témoignage Publié le 17.10.2021

C'est mon grand-père qui m'a agressée sexuellement.

Je ne me souviens plus exactement quand les agressions ont commencées. Je dirais à partir de 6 ans, peut-être avant, peut-être après. Je ne me souviens pas non plus de la fin de ces agressions. Il est mort quand j'avais 15 ans. Je me souviens que je devais faire la sieste avec lui, les siestes de l'enfer. Il me disait : "tu vas voir, ça fait du bien, mais il ne faut le dire à personne, c'est entre nous". Et là il glissait sa main dans ma culotte. Il voulait que je touche son sexe. Une fois il m'a fait regardé un film porno, il avait son sexe sorti et voulait que je le touche. Il essayait de me convaincre que ça faisait du bien, et me touchait. Ma grand-mère n'est jamais entrée dans la pièce. Ça ne m'a jamais paru normal, ça ne m'a jamais fait du bien, je savais que quelque chose n'allait pas, mais impossible d'en parler. Je me souviens d'un grand malaise. Mais c'était mon grand-père, il était très aimé de tous, c'était le grand-père marrant chez qui on passe de bonnes vacances. Alors je ne disais rien.

J'allais en vacances chez mes grands-parents 1 mois chaque été, au mois de juillet. Je me souviens des paroles de ma grand-mère : "tu vas faire la sieste avec papi". Et c'était là, là que ça arrivait. Elle est morte aussi. Il y aura toujours une part de mystère : savait-elle ? J'accepte le fait que je ne saurai jamais. J'ai longtemps gardé le secret, jusqu'à mes 30 ans. Un jour j'ai réussi à en parler à une de mes cousines, elle m'a écoutée, elle m'a crue. Elle m'a demandée si j'en avais parlé à mes parents, je lui ai répondu que c'était hors de question. Quelques mois plus tard, un lendemain de réveillon de noël, une dispute explose. Je suis partie dans un excès de rage à cause de mon frère : il avait son fils dans ses bras, j'ai voulu le prendre, il m'a regardée avec une grande violence. C'est ce qui a déclenché l'excès de rage. Ils m'ont reproché de m'emporter, trop souvent, tout était de ma faute, je suis un peu le vilain petit canard de la famille. Et puis là je leur ai dit, en pleurant : "vous savez j'ai des raisons d'être en colère." Et là je leur ai dit qu'un pédophile m'avait touchée quand j'étais petite, que c'était le père de mon père. Le lendemain, ma mère m'a reproché d'en avoir parlé devant ma belle-sœur. Je suis partie. Elle ne m'a pas parlé pendant presque un mois, c'était d'une extrême violence.

C'était il y a 3 ans, j'ai encore du mal à accepter sa réaction, même si je suis consciente que ma "révélation" a été très difficile pour eux aussi. J'ai toujours du mal à en parler. Mes relations amicales ou amoureuses sont très compliquées. J'ai un gros malaise en moi, j'ai même tendance à saboter mes relations. J'ai peur de m'affirmer par peur d'être rejetée. Je me retrouve souvent seule. Au collège, j'étais "la moche", "le gros cul", j'étais persécutée. Mon malaise était immense. Aujourd'hui je le ressens encore dans mes relations. Un de mes "potes" au lycée m'a violée. C'était une soirée, on avait bu, il en a profité. Quand je me suis réveillée, il avait sa tête et ses mains entre mes jambes. C'était horrible. Quand j'en ai parlé à mes "amis" de l'époque, ils ne m'ont pas prise au sérieux. On m'a même dit que je l'avais cherché car j'avais trop bu. J'ai eu une vie sexuelle très débridée, j'allais en soirée, je buvais ou prenais des drogues et je rentrais avec un inconnu. J'ai fait ça pendant plus de 10 ans. Avec l'alcool je me sentais un peu plus vivante. C'est bien difficile de se reconstruire (ou se construire) après tout ça. Mais je ne perds pas espoir.