Tu n'es pas Seul, nous le sommes Ensemble. Toi qui as connu l'Inceste, sans oser pouvoir le nommer.
Nomme-le. Ecoute-le.
Ils n'ont pas pénétré que ton intimité, ils ont aussi violé ton passé.
Ils n'ont pas pris que ton corps, ils t'ont aussi privé d'être toi-même.
Parce qu'ils ont fait de toi quelqu'un d'autre, une première fois.
Tu avais besoin d'Eux. Tes repères. Tes tuteurs. Tes protecteurs.
Père, Grand-Père, Grands-Frères.
Ils t'ont fait croire que l'Amour s'interprétait dans leur désir.
Mais chut, "les autres ne comprendraient pas".
Alors tu as erré, la main sur la bouche.
Pour ne pas dire.
Ne pas dénoncer ceux qui t'ont nourri.
Ne pas y croire.
Ne pas désaimer ceux qui t'ont pourri.
Adolescence en feu, tes cheveux ont poussé dans l'anarchie, la rage aussi, mais tu l'orientes ailleurs.
Vers le capitalisme, vers les dictatures. Tu chantes la rébellion sans oser déployer la tienne.
Tu passes les corps en revues parce qu'ils t'ont fait croire que l'amour était dans l'étreinte.
Comme eux, tu déshabilles au lieu d'aimer, et tu blesses celles que tu aurais dû regarder.
Toutes, amies, voisines, voisines des amies, amies des amies de tes voisines.
Partout, toutes, parce qu'ils t'ont montré qu'il n'y avait aucune frontière.
Si par chance, leur main inquiète ne t'a pas poussé à l'auto silence mortel, alors ta vie fait semblant de continuer.
Peut-être qu'un jour, toi aussi tu deviens le père et à ton tour tu deviens celui qui doit protéger.
Mais tu sais, Toi. Tu sais que ces corps ne sont pas tes objets. Car toi, tu les aimes tes enfants.
Tu te ranges, tu as coupé tes cheveux, mais ta rage est toujours là.
Moi, ma Colère, je l'ai soufflée sur mes enfants, sur leur mère aussi, et j'ai compris que ma rage n'était pas la mienne. Survivants aux terroristes, tu sens que leur lame est restée sous ta peau, et qu'elle blesse ceux que tu veux protéger.
Alors tu parles.
Alors tu cries.
Un jour peut-être, tu témoignes ici.
Tu ouvres les yeux et tu comprends que ton passé ne t'appartient plus.
Tu vois tes mains, comme le prolongement des leurs.
Chaque jour une image te revient. Un tissu. La veine de leur peau.
Chaque souvenir te rapproche de ce que tu refusais de revivre.
Et tu vois soudain, que ton corps a été sali par des leurres.
Et tu vois soudain, que ton père, ta mère, tes frères, tes oncles, tes tantes, aucun ne t'a défendu hier.
Accepte surtout cette idée la plus douloureuse :
Ils t'ont violé enfant, mais c'est le silence des adultes qui est le plus perçant.
Ils te tuent une deuxième fois.
La lame s'enfonce plus loin encore.
Et ils te laissent là tout seul sur le trottoir.
Mais cette fois-ci, ne te laisse pas faire.
Laisse-les couper le chapon sans toi, ils ne te méritent pas.
Parle. Chante.
Qu'on entende ta Voix.
Crie ta vérité, crie l'Internationale du Shalala.
Malgré la peur.
Malgré l'Isolement.
Malgré l'insondable Solitude à laquelle tu vas t'exposer, mon Ami.
Malgré la culpabilité, aussi, de ceux qui se dressent contre leurs géniteurs.
Et reconnais. Reconnais qu'ils ont pu t'entrainer avec eux.
Que tu étais peut-être là toi aussi, avec des cousins, avec des cousines.
Que leurs veines t'ont peut-être poussé à d'autres dérives : l'Infidélité, la Violence, la Colère.
Mais Vois.
Vois que Toi, tu acceptes de voir. Tu acceptes de reconnaitre.
Mon Ami, n'écoute pas ceux qui diabolisent les bourreaux sans les écouter.
Sans les comprendre. Sans rien chercher. Sans rien apprendre.
Ils oublient qu'ils l'ont peut-être été pour quelqu'un d'autre eux aussi.
Ils oublient de t'écouter, de t'accorder le droit au pardon.
Eux aussi, laisse-les couper leur chapon sans toi.
Les bien-pensants aussi pensent d'abord à leur propre confort.
Crie.
Parle.
Chante.
Les Femmes défendent leur droit d'expression.
Comme Elles, les Hommes aussi ont appris à se taire alors rejoignons-nous.
Marchons ensemble plutôt que l'une contre l'autre.
Elles, Vous, et Nous, tous avons le même combat, celui du silence.
Un Homme ne doit pas pleurer ? Un Homme ne doit pas parler ?
Un Homme n'a t'il pas le droit de reconnaitre que l'Homme est un fléau pour l'Homme ?
Ne pas s'opposer au patriarcat, c'est une bonne idée masculine pour se maintenir en place.
Nous, les hommes incestés. Nous, les violés. Nous ne sommes plus des Hommes ?
Je suis une Homme. Tu l'es aussi.
Mais nous ne voulons plus nous taire.
Je ne suis pas Seul.
Nous sommes si nombreux.
Alors, Parlons.
Pour ne pas être le dernier d'entre Nous.