C'est long mais j'y arriverais

Témoignages Publié le 12.08.2018

C'est long

mais j'y arriverais

Bonsoir,

Je vous lis depuis quelque temps, les témoignages m'ont beaucoup aidée, alors ce soir c'est moi qui ai envie de partager... C'est un exercice compliqué pour moi que de raconter mon histoire, elle est tellement... Elle ressemble à une toile d'araignée, à un panier de crabe, à quelque chose d'incompréhensible tellement c'est confus... J'ai subis l'inceste par plusieurs personne dans ma famille. Un frère de 5 ans mon aîné, puis de ma soeur de 13 ans mon aînée et d'un autre frère d'un an mon aîné. Entre attouchement, viol, pression psychologique, violence physique et moral, en effet on peut m'appeler "Survivante".

J'ai commencé à sortir du déni vers l'âge de 17 ans. Mais par la pression de mes parents, des frères et soeurs, j'ai dû faire comme si de rien. J'ai même faillie croire que tout cela n'avait jamais existé... Alors l'alcool, la drogue douce, le sexe, une colère destructrice sont devenu mes meilleurs amis... Mais je ne sais pas par quel moyen, quelle courage, j'ai commencé des séances chez une psy (j'ai changé 4 fois de psy depuis, la dernière je la garde !) ce qui m'a beaucoup aidé. Mais enfin pour garder cette famille unie j'ai dû m'oublier et enfouir au plus profond de moi cette souffrance. J'ai beaucoup somatisé par la suite. Entre ulcère, migraine, infection urinaire, infection rénale, douleur au ventre, douleur au dos, insomnie, réveil nocturne. J'ai enchaîné les relations amoureuse destructrice au point de subir un viol par l'un de mes partenaires. Les rapports non protégés, les rapport pour faire plaisir à l'autre sans même en avoir envie... J'étais un objet, non ?

Puis j'ai rencontré un homme, j'ai vu en lui la possibilité de fonder une famille. Je l'ai bien vu qu'il était violent, impulsif mais bon pourquoi pas... Evidemment personne de ma famille ne l'a accepté. Surtout mon premier agresseur qui m'a traitée de tout les noms. Mais j'étais bien décidée à partir, et j'étais attachée, amoureuse à ma façon... S'en suis une relation très compliquée avec beaucoup de violence, une communication très compliquée. Mais je tiens bon, puis, c'est moi qui l'avait choisi... Il ne fallait pas que cela finisse en échec ! Je suis tombée enceinte, nous nous sommes mariés nous avons eu un deuxième enfant, acheté un appartement... Bref la vie de famille dont j'ai toujours rêvée quoi, mais je n'ai jamais pu accepter le faite de pouvoir être heureuse... Les grossesses ont été pour moi un calvaire psychologique, mais, à ma deuxième grossesse je suis complètement sortie du déni. J'ai tout dit à mon mari, à mes amis, j'ai envoyé un message à ma soeur, écrit une lettre à l'un de mes frères (bon toujours pas envoyé mais j'y arriverai !). J'ai pris ma mère entre quatre yeux et je lui ai tout raconté dans les moindres détails ! J'ai même dit à mon père ce que j'attendais de lui (bon je peux toujours l'attendre, mais au moins c'est dit !). J'ai réussie à dire à ma soeur que ce n'était pas à moi d'avoir honte d'en parler, que le camp de la honte n'est pas de mon côté et tout cela je n'y serai jamais y arrivé il y a 5 ans...

Aujourd'hui, je continue les séances chez ma psychologue, vais chez un chiropracteur, vais aux groupes de paroles Face à l'inceste , lis des livres sur l'inceste, nous voyons une conseillère conjugale avec mon mari pour régler nos problèmes, je parle à mes amis de l'inceste comme on pourrait parler de la pluie et du beau temps, je fais de la peinture, de la danse bref !!!! Je me LIBERE et je VIE ! Fini, le le point de la culpabilité, l'angoisse du secret (enfin en théorie car en pratique il est encore présent mais maintenant je le sais).

Tout s'éclaire, tout s'explique, tout prend sens depuis que je suis sortie du déni. Evidemment j'en souffre, évidemment c'est dur, évidemment je pleure beaucoup mais aujourd'hui, c'est évident qu'il le faut pour que je puisse aller mieux, pour que je puisse continuer à vivre. Parfois je me dis "pourquoi l'avoir dit ? Pourquoi l'avoir ressortie aujourd'hui ?", la réponse c'est qu'il le fallait, qu'il le faut sinon je meurs à nouveau.

Depuis la première fois où j'ai parlé (j'avais 17 ans) ça fait 15 ans que je me bats, pratiquement la moitié de ma vie... Piouf rien que de l'écrire je me rend compte que le chemin est long et que ce n'est pas fini.

Voilà, j'espère que mon témoignage pourra donner espoir à certains/certaines car oui, malgré tout c'est un message d'espoir :-)