Coercition paternelle : la bataille pour ne pas que mes enfants victimes soient à nouveau en danger

Témoignages Publié le 18.01.2021

Je suis mère de deux enfants. Deux filles. Mon aînée est née en juin 2015, et la deuxième en mars 2017. Petit à petit la situation conjugale avec mon conjoint se détériore. Le père des deux filles me fait des violences morales, domestiques, du harcèlement sexuel, et tente même de me violer.

 Il ne s'occupe ni des enfants, ni de la maison, ni de notre bien-être économique; par exemple, je dois tout faire, tout gérer, travailler, répondre à ses désirs, bref je suis son esclave. À l'époque, je suis jeune et je n'ai pas conscience de la violence que je vis. Je me sens responsable de mon malheur, et il contribue hautement à me faire penser cela.

En mars 2018 j'arrive enfin à me séparer, puisque j'avais longuement essayé auparavant et pour diverses raisons il arrivait toujours à me faire changer d'avis, et surtout il ne quittait pas le domicile. A la suite de quoi il insiste pour que nous ayons une garde alternée. Au départ je n'ai pas vraiment confiance, car il ne s'est jamais occupé des enfants ou alors très négligemment. Mais il me convainc en me disant que notre séparation correspond au " réveil de sa paternité". Je me résous donc à lui laisser les enfants la moitié du temps comme il me le demande, et je dois avouer que j'apprécie ce temps passer seule sans enfants aussi. Je me rassure en me disant qu'il sera un bon père à défaut d'avoir été un bon conjoint. Je déménage en septembre 2018 pour la rentrée en petite section de l'aînée, je trouve du travail dans son secteur et un logement afin de mettre en place cette garde alternée. Mr est toujours violent verbalement, mais je pense que cela lui passera.

Ma fille aînée est une enfant compliquée, elle a des comportements que je ne comprends pas, elle ne veut jamais être en contact avec moi, elle crie, hurle, fait des crises de colère à tout va, ne veut jamais communiquer avec des mots posés. Elle ne veut jamais s'habiller ou se coiffer, encore moins se laver, elle embête toujours sa petite sœur. Elle n' a aucune pudeur, elle s'oppose à tout et elle passe son temps à me provoquer. Cela ne colle pas du tout avec l'éducation bienveillante que j'essaie d'instaurer, la petite elle n'a pas les mêmes attitudes. Je me demande si elle n'a pas un problème psy, j'en parle au père qui me dit "je t'interdis de l'emmener voir le psychologue, il n'y a que toi qui a des problèmes". A l'époque je le crois encore, je ne suis pas trop inquiète et je pense que l'enfant est peut être précoce.

Le 22 février 2019, un matin de vacances d'hiver, je propose à mes enfants un massage au dos, pour apprendre à se détendre. L'aînée refuse d'abord, mais voyant sa petite sœur se prêter au jeu, elle me dit : " j'ai une idée, on va faire comme chez papa, des massages à l'intérieur". Interloquée, je lui demande qu'est-ce donc des massages à l'intérieur ? Et sur ce elle se met sur le dos, baisse son bas et commence à mimer avec sa main sur son sexe, des frottements, elle me dit " c'est là, devant et derrière, ça fait mal " elle se met à taper frénétiquement sur ses cuisses avec ses deux mains. Je lui dis ce n'est pas possible, ce n'est pas papa. Elle me dit si c'est papa, et C**** aussi ( un ami de son père ) . Je lui demande où cela arrive, et elle me dit le nom du hameau où vit son père. Ce jour-là, je suis sous le choc, je fais venir le père, il nie les faits, me dit qu'elle ment beaucoup. Je n'ose pas croire l'enfant, je n'ose pas briser nos vies, je ne percute pas...

Je passe 10 jours dans le déni, jusqu'à ce que j'ose me confier à une personne de mon entourage. Cette personne me dit qu'un enfant ne peut pas inventer de telles choses et que je devrais la croire. Le lendemain c'est-à-dire le 5 mars, j'appelle le 119 puis je vais récupérer mon enfant à l'école et je décide de la ré - interroger sur les faits. Elle me répète à nouveau la même version, en mimant à nouveau. Je l'emmène chez notre médecin généraliste en urgence, qui fait un premier recueil de sa parole, et retranscrit par écrit ses paroles. Elle effectue un premier signalement. Sur ses conseils j'écris au procureur de la République et au juge des enfants. J'annonce au père que je crois que ce n'est pas lui le coupable ( car j'ai peur de sa réaction ) mais que je vais quand même à la police porter plainte "pour faire de la lumière sur cette affaire". Il me menace en me disant que demain il viendra avec la police chercher les enfants à mon domicile. Le jour suivant, le 6 mars 2019, je vais déposer plainte, je suis tellement sous le choc de la violence exercée sur mon enfant que je n'ose même pas parler du deuxième agresseur, je mentionne seulement le père. Je me dis que dans le pire des cas si elle est protégée de lui ce sera le principal. Je trouve que c'est tellement horrible que je me dis que si je ne raconte pas tout, on aura moins de mal à nous croire.

Dans les jours qui suivent les enfants ont une convocation à la médecine légale du CHU de Grenoble pour un examen gynécologique. En fin de consultation, le médecin me dit en salle d'attente " ne vous en faites pas votre fille est vierge". Beaucoup plus tard, j'apprendrai que ce propos n'avait pas lieu d'être. Que les reconstructions hyménales sont très rapides, surtout à cet âge, c'est pourquoi il est interdit d'établir des certificats de virginité. L'audition Mélanie a lieu quelque temps plus tard. Je suis confiante car ma fille a un bon niveau de langage. Ensuite j'apprends que le père a saisi le JAF pour obtenir la garde des enfants. Entre temps un suivi se met en place avec la PMI de mon secteur ( j'habite en zone rurale ). Ma fille se confie à l'infirmière PMI qui écrit au procureur. J'ai des TISF à mon domicile pour me soutenir qui sont vraiment aidante. Le père lui pendant ce temps me harcèle par mails, sms, telephone et m'humilie en me disant que je suis folle, que je manipule les enfants et que je vais perdre leur garde si je persévère mais que je peux faire machine arrière. En bref il tente de m'intimider et m'humilie. Je m'informe et comprends que comme beaucoup d'agresseur il va utiliser la stratégie de l'aliénation parentale pour protéger ses crimes.

Nous passons devant le JAF ; l'ordonnance du 2 août 2019 me donne la garde exclusive des enfants, car une enquête est en cours. Je suis soulagée. Je pense que la justice nous protège. Le père obtient des visites en lieu médiatisé. En janvier 2020, je me confie pour la première fois à quelqu'un à propos du deuxième agresseur. J'en reparle à ma fille, elle a 4 ans et demi, donc elle est plus grande, elle va mieux aussi, malgré des séquelles visibles même par une personne non averti sur la situation d'inceste ( une neuropsy la diagnostique TDAH avec trouble de l' opposition en février 2020 ) et des problèmes de non retenues des selles et urines. Elle communique beaucoup mieux, s'est apaisé depuis la révélation des faits, et sans aucun doute du fait qu'elle ne voit plus son père-agresseur. Elle tient toujours la même version des faits, et mime une scène d'agression avec C**** et son père. Je retourne à la gendarmerie pour effectuer un complément de plainte. Mon enfant sera à nouveau entendue en audition Mélanie. Je change A. d'école pour une école privée et bienveillante avec une pédagogie alternative, mais le père dit s'y opposer, puisqu'il a conservé l'autorité parentale.

Début mars 2020 je vais à Nice voir une experte en victimologie qui fait un bilan et recueil à nouveau des paroles de mon enfant. Petit à petit ma fille va mieux, nous soignons son traumatisme, à l'aide de thérapie spécialisée en traumatologie ( neurofeedback, sophrologie, fleur de bach ...) son école la met en joie, après un an de suivi psy désastreux au CMPP de mon secteur, je trouve enfin un psychologue spécialiste des violences intra-familiales en août 2020 et je pense que tout va aller au mieux... En octobre 2020, l'organisme des visites médiatisé me contacte pour commencer le dispositif. Je leur explique la situation, mais dès le départ, je sens qu'ils ne sont pas à l'écoute et qu'ils sont dans la méfiance à mon égard. Entre temps j'ai ressaisis le JAF pour statuer légalement à propos de l'école des enfants. Nous obtenons une date pour 2021. Je tente de contacter la gendarmerie en charge de l'enquête mais je ne suis jamais rappelé, jusqu'à octobre 2020 où je rencontre enfin l'agent en charge du dossier qui accepte de me recevoir à nouveau en audition. Il m'explique que le procureur avait demandé à ce que continuent les investigations. Je lui donne des contacts de personnes qui peuvent témoigner des attitudes de ma fille ou de ses dires. Par exemple j'apprends que le médecin traitant n'a jamais été interrogé. Je suis confiante car je pense que depuis tout ce temps, si l'enquête continue, c'est qu'ils ont des éléments probants.

Le 18 mars 2021 a lieu l'audience du juge des affaires familiales. Nous demandons que la scolarité des enfants dans cet établissement où elle se trouve soit actée en justice. Mr demande la reprise d'une garde alternée. Avant qu'ait lieu le délibéré son avocate nous envoie deux pièces : le rapport de l'organisme des visites médiatisé clairement en ma défaveur, puisque j'ai arrêté les visites au bout de la cinquième visite, mais aussi beaucoup de critiques et de jugements à mon égard. Avec de faux sous entendus, comme si j'avais voulus les convaincre d'accuser le père d agression sexuelle, ce qui est faux, néanmoins je les avais alerté sur la situation en cours. Deuxièmement un avis que l'affaire pénale est classée sans suite par manque de preuve. Le 8 avril , le JAF statut donc : l'autorité parentale conjointe oblige que les parents doivent être d'accord sur la scolarité des enfants, ( alors que la loi stipule que cela n'est pas possible en cas de violences exercées sur les enfants ou l'ex-conjoint·e) la pension alimentaire n'est pas réévalué alors que je gagne peu d'argent, et que j'ai énormément de frais, notamment des frais de psychologue et d'école privée, mais aussi de déplacement en visites médiatisé.

Mais surtout et là c'est l'hécatombe, car jamais je ne penserai que cela pouvait arriver au vu du contexte : après 4 mois de visites médiatisé "étendu", les enfants doivent retourner chez le père un weekend sur deux et la moitié des vacances. Alors même que je vais contester le classement, et que si cela n'aboutit pas je vais me porter partie civile. C'est insensé ! Je refuse de remettre les enfants entre les griffes de cette personne ayant commis des actes si abominables. Mes enfants et mon aînée en particulier sont traumatisés à vie. Pourquoi n'écoute-t- on pas la parole des jeunes enfants ? à toutes les mères dans des situations similaire et qui protégent leurs enfants, je veux dire courage ! battons nous jusqu'au bout. Même si c'est compliqué. On entend  souvent parler dernièrement de ces mères qui n'ont pas protégé leurs enfants. Il faut savoir aussi ce qui se passe quand une mère tente de protéger son enfant. Les affaires d'agressions sexuelles sont classées sans suite dans plus de 70% des cas. C'est un désastre. Il faut absolument que cela change. Avec d'autres mères nous avons monté un collectif n'hésitez pas à nous rejoindre sur Facebook.  Ensemble nous sommes plus fortes.