J'ai fait si longtemps semblant

Témoignages Publié le 11.06.2011

femme1J'ai gardé le silence tellement longtemps que j'ai l'impression de parler de quelqu'un d'autre en racontant ma propre histoire. j'ai 34 ans. j'avais 28 ans quand j'ai dû admettre que je n'arrivais pas à vivre "normalement". que je n'avais pas la vie des autres femmes de mon âge. j'ai toujours eu des relations un peu compliquées avec les hommes. je n'avais jusque là jamais voulu regarder en face ce qui me perturbait. jusque ce jour d'août 2005 où l'ex-mari (C) de ma tante est passé chez mes parents. un hasard improbable que je me trouve chez eux à cette heure de la journée. on a sonné à la porte et c'est moi qui suis allée répondre...

en une fraction de seconde la vie que je m'étais construite durant les quinze dernières années a littéralement explosé. en une fraction de seconde j'ai eu de nouveau 13 ans et le silence m'a assomée. j'ai cru à une mauvaise plaisanterie. devant moi le dégénéré qui m'avait violée. devant moi ma peur,celle qui me prenait mon sommeil depuis si longtemps,ma honte,tout le dégoût pour cet homme et pour la gamine que j'avais été aussi incapable de parler que de se défendre.

il avait vieilli mais le regard était le même,cette limace visqueuse sur moi qui ne prenait même pas la peine de dissimuler la "joie" qu'il avait de me revoir. je pensais avoir laissé çà derrière moi quand ma tante avait divorcé des années plus tôt. j'avais plié toute cette histoire sordide dans un coin de ma tête et je m'étais convaincue que çà n'était rien d'autre qu'un mauvais souvenir. il se tenait devant moi et je me suis souvenu que je ne savais pas pleurer.

mon histoire est compliquée. j'ai subi les attouchements du mari (g) de ma marraine entre 9 et 11ans. je n'en avais parlé à persoonne. il était ami avec C . les deux ont épousé mes tantes, les soeurs de mon père.

G et C se connaissaient depuis longtemps... je n'osais pas parlé à mes parents de ce que G m'avait fait. mais j'avais confiance en C. il était le tonton sympa,qui me parlait comme à une adulte. alors je me suis confiée à lui. il m'a promis que son copain ne me toucherait plus. il a tenu promesse: il s'en est chargé et à fait bien plus que de me toucher. çà a duré presque deux ans...

je n'en ai pas pas parlé non plus. je me sentais responsable, comme si je l'avais cherché...encore aujourd'hui j'ai du mal à ne pas me sentir coupable. mes parents ont su qu'il se passait quelque chose car il m'avait envoyé une lettre où il parlait de "nous".

j'avais à peine quatorze ans. ils n'ont rien voulu savoir,je ne me suis jamais expliquée. ils m'ont traité de petite allumeuse et l'ont excusé sans chercher à savoir ce qu'il m'avait vraiment fait. je n'ai pas eu voix au chapitre. mon père m'a dit "je ne veux plus jamais entendre parler de cette histoire". c'est ce qu'on a fait.

et puis quinze ans après il est arrivé chez eux, et devant moi, ils l'ont accueilli,heureux de le voir... comme si rien ne s'était jamais passé, comme si il ne m'avait pas détruite de l'intérieur. comme s'il n'avait pas pris mon enfance et une part de moi

je n'ai toujours pas su parler à mes parents. seulement à mon frère.à demi-mots. il a compris, il se doutait depuis longtemps. cà reste douloureux. j'ai des "flashs-backs" des trucs qui me reviennent depuis que j'ai revu C. des trucs qui me rongent de l'intérieur. comme s'il avait fait explosé les murs que j'avais construit pour me protéger de çà.

j'ai la sensation de ne pas pouvoir guérir de cette histoire parce que je me rends compte que çà a faussé toutes mes relations avec mes proches. avec les hommes que j'ai aimé aussi. je n'ai jamais su dire "je t'aime" à personne, je ne sais pas faire confiance pour de bon. je n'ai jamais parlé de çà aux hommes avec qui je sortais. j'avais peur de les effrayer, de les dégoûter.

le seul à qui j'en ai parlé m'a quittée sans la moindre explication.

j'ai 34 ans, je suis célibataire, je n'ai pas d'enfant.

et j'ai peur de toute cette solitude devant moi.

je n'ai plus envie de me taire sur mon passé. mais j'ai peur d'en parler à nouveau à un homme et qu'il me quitte à cause de çà.

j'aimerais vraiment pouvoir oublier tout çà.

Nous en parlons
I
invisibilissime
Publié le 29.06.2011
Inscrit il y a 11 ans / Nouveau / Membre

Bonjour,
En une fraction de secondes, vous avez eu à nouveau 13 ans... sous le joug de mauvais personnages représentés par vos deux oncles.
Et, du même coup, replacée mentalement à 14 ans, anéantie, devant vos parents car ceux-ci balayant d'un banal revers de main l'ombre qui vous assombrissait afin qu'elle n' assombrîsse pas leur tranquillité intra-familiale surtout.
Vous étiez, en l'espace d'une seconde, comme condamnée à ne plus vous exprimer du tout, vous faire petite inexistante et non gênante pour les autres, devant taire, à jamais vous semblât-il, toute manifestation de sentiments personnels, devant briser en vous tout reste d'élan d'amour vers autrui, toute tentative de confiance, de confidence.
Lorsque l' ex-oncle vous a revue, il avait vieilli mais ne dissimulait pas la "joie" qu'il avait de vous revoir, et le comble pour vous ce fut l'accueil heureux qui lui fût réservé par vos parents alors que vous-même, leur propre enfant, vous n'aviez pas (peut-être jamais) de leur part, eu droit à une connivence cordiale.
Donc tout autre pouvait être plus important que vous dans n'importe quelle relation surtout affective.
Depuis cette bascule de 2005 vers le triste passé, vous réalisez mieux l'enchaînement douloureux qui a dirigé ainsi votre vie à votre insu.
Le manque de compréhension des parents vous a quelque part rendu orpheline et la souffrance vous en est restée vive.
Ne plus pouvoir parler à un proche, ne plus pouvoir faire confiance...
Le seul homme auprès duquel vous vous étiez épanchée vous a quittée : ou bien pour des raisons qui lui étaient personnelles ou bien parce que vous n'étiez pas prête pour aimer bien, ou bien parce qu'il n'était pas apte à la compréhension....
Mais ce qu' il en ressort de très positif, avancée très très importante dans votre témoignage, c'est que vous réalisez bien que vous n'avez jamais su dire "je t'aime".
Lorsque l'on est victime d' inceste, la carence affective est telle que la capacité à aimer ou simplement celle à exprimer l'amour en soi vers l'autre, en est plus ou moins gravement affectée.
Vous avez tenté de vous confier à vos parents lesquels ont eu une refroidissante réaction : à partir de là surtout, vous n'étiez plus qu'un fardeau pour vous-même, enlisée dans des sentiments contradictoires, alourdie par la honte, le sentiment de culpabilité etc... écartée de toute possible relation d'échanges aimants et respectueux.
Vous étiez gelée en vous-même.
Pour dire je t'aime, pour laissez s'épanouir des sentiments d'amour, pour oser les câlins, il faut d'abord sortir de cet univers glacial, ne plus y laisser la petite fille que vous étiez avec toutes ses formidables qualités.
De vos 13 ans, il vous faut remonter avec tout l'élan de votre coeur et de vos qualités à vous seule, rien qu'à vous : bannissez à jamais de votre univers ces barreaux-prison de la restriction affective qui ne furent dressés que via vos parents et oncles.
Il ne faut pas inconsciemment rechercher ces barreaux dans une nouvelle relation, il ne faut pas vous enfermer dedans : il faut les repousser, mieux, les rejeter loin, très loin de votre âme.
Ensuite, vous serez légère pour parler à un homme qui ne sentira pas des barreaux mais un élan pour un bonheur à deux.
Alors il vous écoutera, entendra toute votre histoire, vous prendra la main et vous dira que vous avez eu raison de rejeter les barreaux, de laisser l'oiseau voler vers une liberté pour aimer et être aimé.
Facile de vous écrire tout cela, mais si vous saviez les étapes que j'ai dû traverser pour pouvoir vous l'affirmer aujourd'hui : il m'a fallu sortir de l'enfer à votre âge à peu près, et lutter jusqu'à me placer au-dessus des nuages et des tempêtes, m' isoler de la famille, analyser le plus lucidement possible mes échecs relationnels et sentimentaux, apprendre à imaginer l'amour vrai, apprendre à m'apprivoiser pour découvrir comment je pourrais apprivoiser l'autre, un futur conjoint.
C'est très dur, plus ou moins long, mais pas du tout impossible.
Avec une courageuse thérapie vous pourriez retrouver plus vite le bonheur de vous échapper d'entre les barreaux froids familiaux.
Apprenez à réveiller le soleil de l'enfance qui est en vous et laissez-le vous guider au-delà des sombres étapes que vous avez connues, afin qu'il éclaire un jour votre couple, votre foyer.
Bonne chance pour le bonheur.