J'essaie de me souvenir

Témoignages Publié le 01.11.2007

Je suis étonnée de la facilité avec laquelle je lui ai avoué. « avoué » serait une marque de culpabilité, ce n’est donc pas le bon mot mais c’est, en tous cas, le premier mot qui m’est venu.
Finalement je crois n’avoir rien dis, juste des demi-mots, mais il a compris. On comprend ses non-dits là.Je n’ai pas pleuré, curieusement. D’habitude quand j’y pense, j’ai la gorge qui se serre, qui me fait mal tellement elle est serrée, j’ai envie de crier, de me taper mais je pleure, souvent c’est même bruyant alors que normalement je ne fais pas de bruit quand je pleure, mais ça c’est trop fort.

Peut-être parce qu’il semblait complètement détaché et indifférent (il a même était chercher son courrier, ça lui permettait sans doute de ne pas s’investir, je comprends). Donc quelque part ça m’éloignait de moi.
Il m’a demandé pourquoi je j’avais choisi de lui raconter à lui, je ne sais pas. Peut-être y’a t’il comme une confiance parce que lui même m’avait un peu parlé de son quotidien (ses enfants), sans que je ne demande quoi que ce soit.

Pourquoi aujourd’hui ? pourquoi maintenant ? pourquoi alors que je vis avec Laurent ? Et a t’il même quelque chose à voir avec ça ?
- Crise Danielle/Monique : ma grand-mère qui n’a plus voulu de moi chez elle quand ça c’est su.
- - Perte du bébé
- « j’ai l’impression de me faire v… » un jour où l’on jouait avec Laurent
- un rapport que j’ai détesté
- le cauchemar
- le lendemain, comme un besoin impératif, urgent d’en parler.

Il y a deux mots que je ne peux pas dire,, que j’ai même du mal à l’écrire : I.. et V….
Il a dit le premier. Je l’ai entendu, mais ans avoir mal, avec détachement, comme si ce mot n’avait rien à coir avec moi. Parlai t’on de quelqu'un d’autre.

J’ai dit : « je ne me souviens pas, je ne sais plus, ce sont des sensations, je crois que je peux me souvenir des souvenirs ».
Ce qui veux dire me souvenir des choses que j’ai dites il y a quinze ans. Mais c’est trop vieux.
J’ai envie de lui demander s’il faut vraiment se souvenir, s’il ne vaut mieux pas oublier, enterrer tout ça encore une fois et définitivement. Bientôt je ne me souviendrai sans doute de rien. Même plus de sa présence étouffante. Je n’ai déjà presque plus de souvenirs. Faut-il vraiment se souvenir et faire remonter une dernière fois, « pour le régler une fois pour toutes » comme il le dit ?


Il m’a dit d’aller voir un psy ou de revenir le voir mais j’ai peur de lui faire du mal, j’ai peur que ce soit trop lourd pour lui. Bon je sais qu’il est médecin, mais généraliste. Il n’est pas là pour écouter tous les tarés qui passent.
Quel intérêt de se souvenir ? ça fait si longtemps… 17, 20 ans ?
Comment la mémoire pourrait-elle garder trace de choses si vieilles, arrivées alors que j’étais si petite , et surtout que j’ai tant voulues oublier ?

Je viens de me souvenir de sa menace. Il disait que c’était normal, une turc comme ça, mais que je n’avais pas intérêt à en parler sinon… « tu verras ce que je vais te faire », je crois que je n’ai jamais eu la fin de la menace – que m’aurait il fait ? il avait déjà ravagé une bonne partie de ma vie, alors…-

Ma mère était à l’hôpital, je ne sais plus pourquoi il a voulu que je dorme avec lui. Je sais qu’il y avait une raison, le froid il me semble un truc comme ça.
Il y avait deux lits une place qui étaient collés, en face de la fenêtre.
Ça ne laissait pas beaucoup de place dans la chambre. Il dormait du côté du mur. Sur le mur, il y avait un tableau, un dessin de femme au fusain et des fleurs au pastel, bleues et oranges.
La femme a de longs cheveux. Elle relève sa robe et sa main est posées sur son ventre, je crois qu’elle est enceinte.
Du côté où je suis, il y a un petit tabouret qui sert de table de nuit, la poste de l’escalier qui monte à ma chambre (je crois d’ailleurs qu’à ce moment là ce n’est pas encore ma chambre, je dors encore avec mon frère). Au pied du lit un horrible tapis blanc en peau de chèvre, je me souviens de sa forme.

Il faisait sombre, il n’y avait presque pas de lumière. J’avais une chemise de nuit longue, rose, « Charlotte aux fraises », il me semble que c’était sa mère qui me l’avait offerte.



Avant je l’aimais bien, beaucoup même. Il me semble qu’après je n’ai plus voulu la mettre.
Il avait fait un rêve, une femme, blonde je crois, elle était belle et elle lui faisait des choses mais je ne me souviens plus trop. J’avais trouvé ça « bizarre » qu’il me raconte ça, je sais que ça me dérangeait.
Après j’ai senti ses jambes sur les miennes, elles étaient lourdes et grosses.
Il sentait la noix de coco.

Alors j’ai dormi avec lui, j’avais confiance au départ, et puis c’est l’angoisse qui venait. Pourquoi dormir avec lui, qu’allait il me dire ?

Parfois je crois que ça n’est pas arrivé, que ce n’est pas vrai. Puisque je ne me souviens plus, c’est que ce n’est pas arrivé. Puisque je ne me souviens que vaguement j’ai du l’inventer. Alors si je ne me souviens plus, alors ça n’existera plus, j’oublierais tout, je ne me souviendrais plus, je n’aurais plus peur, plus honte, plus mal. Il ne restera que l’image d’un père inexistant, qui n’était pas là, qui n’est pas là.

J’ai honte de l’avoir jeté en prison. Non c’est la loi, le droit qui l’ont mis en prison, moi je n’ai rien fait, mais tout de même c’est ma faute, parce que je l’ai dis, j’ai dis son secret, une fille qui fait jeter son père en prison, quelle honte. Mais il l’avait cherché. J’ai dis à l’avocate avant le procès, que je ne voulais pas qu’il aille en prison, pas trop longtemps.

Je me souvient d’un moment où j’étais en pension, bien loin de la maison, c’est moi qui avait voulu. On était dans le parc, il était beau ce parc. Il y avait un grand arbre au tronc couché sur le sol. Il devait être très vieux cet arbre, très très vieux. On était assises sur ce tronc avec Virginie, j’avais mal, j’avais son image, j’aurais voulu rester à la pension le week-end, ne pas rentrer, ne pas voir le conflit entre mes parents, ne pas sentir son odeur de noix de coco, ne pas le sentir. Je crois que j’en ai parlé à Virginie, un peu, je ne sais plus trop. Pas longtemps après j’en ai parlé à ma mère.
Un dimanche soir, elle me ramenait à la pension, elle a garé la voiture sur les quais et m’a dit « tu m’as dit qu’il posait ses jambes lourdes sur toi » elle a demandé la suite, j’ai dis, je ne sais plus quoi mais elle a compris. J’avais entre les mains mon oreiller de Charlotte aux Fraises. J’ai pleuré.
La suite je ne sais plus, juste qu’elle m’a déposé à la pension.

Après il y a eu les flics, elle avait tout raconté. Il fallait leur dire, raconté mais je ne savais plus. Je crois que j’avais un nounours dans les bras. Alors j’ai dessiné, ils m’ont mise toute seule dans une pièce, j’avais honte, trop honte, je voulais partir. Je me souviens le visage d’un des flic, il était jeune, il avait l’air gentil. L’autre il était plus vieux, c’est tout ce dont je me souviens. C’était la brigade des mineurs, on y ai allé plusieurs fois.
Après il y a eu un juge, une femme. Il fallait raconter, encore raconter.
Après il y a eu une confrontation avec lui, j’avais mon lapin bleu dans les bras, il était grand mon lapin bleu, je l’ai détesté ensuite. Il a dit « Laurène, je ne t’ai pas appris à mentir ». Mais que m’a t’il appris ? la peur ? la honte ? c’est ça qu’il m’a appris ?

Il était assisté de son avocat lui, moi j’étais toute seule, là sur une chaise à droite du juge, moi j’étais toute seule, je n’avais pas d’avocat cette fois là. Lui il était accompagné, soutenu. Je crois que c’est moi qui avait dis que je voulais cette confrontation. Je devais me croire assez forte. Quelle erreur.

Après il y a eu un procès, là il y avait mon avocate, elle était blonde, douce et gentille. Elle m’a dit « quand ce sera à toi de parler je serais, je tiendrais ta main ». Je crois qu’elle a tenu ma main. C’était une grande salle, il y avait du monde, beaucoup de monde. Des jurés mais surtout les gens que je connaissais. Raconter devant ces gens là c’est pas possible, je ne pouvais pas, j’ai baissé la tête devant tous ces gens, fermé les yeux. Ils m’ont demandé des choses mais je crois que je n’ai pas entendu. Je ne sais plus, je ne me souviens plus. Je devais avoir 9-10 ans, je n’étais pas encore au collège. En rentrant il y avait un ami, il m’a emmené en vacances chez lui. Là il y avait son fils, celui que j’appel mon cousin. Je l’aime, il était doux, gentil, il a été là, sans rien faire. Mais pendant tant d’années il a été là. Sûrement m’a t’il donné confiance dans les hommes…. Il m’a regardé, mon respecté.

Vacances d’été, on est en vacances avec ma mère. Il vient me chercher. Il a prix l’express, mis un matelas en plastique gonflable à l’arrière, il doit rouler de nuit, je dois dormir. Je crois qu’il c’est passé quelque chose mais je ne me souviens plus quoi. Juste que quand je me suis réveillée, il faisait à peine nuit. J’ai sa sale image, accoudé à un bar, il boit un verre de vin, le matin.

L’anniversaire de mon frère. « Elle est jalouse », je refuse d’aller sur ces genoux, qu’elle honte. « qu’elle est capricieuse ». Et oui c’est vraiment une salle môme. Scorpion pensez-vous, le pire des signes !

L’été, ma mère va chercher une piscine en plastique, il fait jour, il monte, il fait tomber son t-shirt dans l’escalier.

Mes parents doivent se séparer :
Il m’offre un hiboux « en diamants » mais je ne dois pas dire pourquoi. Puis un walkman, violet, je l’aime ce baladeur, il est beau. Ne pas dire pourquoi.

On habite chez ma grand-mère. J’ai déjà dis, j’ai peur et tout le temps une boule dans la gorge, comme si j’avais envie de vomir. Ça doit être de l’angoisse, qui me mange, qui me brûle, qui me ronge. Je frôle les murs, je ne veux pas qu’on me voit, j’ai peur des autres, j’ai peur de moi, j’ai mal, ça brûle.

J’ai aussi mal entre les jambes, là aussi ça brûle, ça pique, à l’intérieur. Je voudrais m’en débarrasser.

Alors tu oscilles, es-tu une pute ? es-tu coincée, nulle, moche ? Sera-tu renfermée ? incapable de faire l’amour, ou pute ? A 13 ans tu te laisse toucher les seins, mais juste les seins, tout petits qui pointent, fragiles, c’est même bon mais j’ai peur que ça se sache, il ne faut pas que ça aille plus loin, j’ai peur. A 15 ans on se frotte, j’arrête à temps, j’ai peur, heureusement.
Les garçons sont toujours plus vieux, beaucoup plus vieux, presque des hommes.

A 17 ans elle fait un truc qu’on pourrait appeler l’amour avec son copain (qui a 30 ans) et un homme de plus de 40 ans, c’est elle qui a voulu. Elle lui dit qu’il pourrait être son père, il répond qu’il pourrait faire l’amour à sa fille, que ça ne le dérangerait pas, qu’il ne voit pas le mal. Elle a peur, peur d’elle, peur de ce qu’elle est capable de faire.

Juste après avec son copain du moment le même d’ailleurs, ils font faire des photos d’eux en train de faire l’amour, la pellicule n’a pas marchée. C’est dans ces mois là que tout ce joue, être une pute ou être « normale », trop normale, coincée.

Ensuite elle a peur, elle n’aime pas ça, dormir dans des bras chauds oui, qu’il la touche non, ça ne me dégoûte pas tant que je ne touche pas son truc, que je ne vois pas le sperme, qu’il ne le laisse pas couler sur moi ; ça ne me dégoûte pas mais ce n’est pas bon, ça fait mal. Vite ils en ont marre, à certains je dis que « j’ai un problème avec mon père » pour qu’il comprennent, ils comprennent mais en ont vite marre.

Après ils s’enchaînent, après je vais mieux. Mais ce n’est que mon « presque-mari », celui qui partage ma vie en ce moment qui me fera aimer ça, aimé le sexe et ne plus avoir honte de moi, de mon corps, de ce qu’il y a dans ma tête. Peut-être parce qu’il ma dit qu’à deux on y arriverait, qu’il me ferait oublier.


Pourquoi je m'arrive pas à me souvenir?.
Je comprends pas j'ai voulu oublier certes, mais mon médecin me dit que je dois me souvenir, une dernière fois pour régler ce truc une fois pour toute... mais merde, j'y arrive pas:::::::::: j'ai cette violence qui remonte, qui me bouffe, les sentiments du moment, mais rien de concret de ce qui m'a fait mal.

keske de dois faire.?....