Loyauté destructrice

Témoignages Publié le 02.02.2015

Loyaute-destructrice

J'ai le sentiment d'être en prison. D'avoir été jugée et condamnée pour quelque chose dont je ne suis pas responsable, ni coupable mais dont je subis les conséquences depuis toujours.

J'ai le sentiment que c'est ma nature de femme qui est remise en question. Et pire, de mon caractère. J'ai toujours été une personne très dynamique et volontaire. J'ai toujours aimé les activités que la société juge réservées aux hommes : courir, être dehors, jouer au foot, prendre les choses en main, s’assumer d'une manière autonome, ouvrir sa gueule, faire du surf ou du karaté, bricoler... Toutes ces choses dont Il m'a aussi privée.

Mon père est d'origine sicilienne, a vécu au Maroc. Education plus que patriarcale qu'il m'a aussi faite subir. J'ai une histoire très compliquée, qui ressemble à un puzzle dont les pièces sont éparpillées. A trois ans, j'avais déjà eu une vingtaine d'adresse. Je ne m'en rappelle pas, je me rappelle juste avoir eu mon livret de santé, un jour et avoir lu ces adresses....

Ma mère l'a quitté vers cet âge car il l'a battait. Je ne me rappelle de rien, sauf de cette sensation de désespoir. Elle a fini par retourner chez ses parents. Pour une raison que j'ignore, elle l'a laissé m'emmener en Sicile. Contre toute attente, les mois que j'y ai vécus étaient très chouettes. Lui était absent la plupart du temps, et les gens là-bas ont un vrai sens de la communauté. Je m'y sentais en sécurité, entourée de l'amour des proches et de leur bienveillance. Je devais rester vivre là-bas, mais ma mère n'ayant plus de nouvelles de moi y est venue me chercher. Et ne m'a jamais ramenée.

Seulement, revenue en France, je me suis retrouvée isolée. Ma mère n'a jamais eu l'instinct maternelle.

Mon père à fini par revenir en France. J'avais 6 ou 7 ans. Quant j'allais en vacances chez lui, dans la famille nombreuse j'y étais mieux que chez ma mère, ou plutôt là où elle me laissait, confrontée à la solitude et le manque d'affection.

Je n'ai que des bribes de souvenirs de ces années de déménagement, A 9 ans, j'ai "choisi" d'aller vivre chez mon père. Si on peut choisir à neuf ans quant on ne sait pas.

Arrivée chez mon père, l'enfer a commencé (ou plutôt recommencé, car il y avait eu des épisodes que j'avais occultés).

Les coups, les humiliations, les abus ont commencé. Quotidiennement. Pour un oui ou un non, il me tombait dessus et me fracassait. Je ne savais jamais quant alors j'anticipais tout le temps.

Il n'y avait pas de logique. Il était fou.

Mais comme j'étais douée à l'école et que je m'y investissais à fond, personne ne s'est rendu compte de rien.

Personne, en fait il y a eu des soupçons, mais mon père, à ce moment, me changeait d'école. On m'a fait voir un psy dont je me suis fait un "plaisir" de "tromper". Je savais ce qu'ils attendaient de moi, mais un enfant ne trahit pas son père. Surtout qu'il m'avait inculqué "la loyauté".

Etre sur-douée dans ces moment n'est pas un avantage.

Finalement, c'est moi que j'ai trahi. Je passe ces années sombres, désespérées. J'ai bien essayé un jour de le dire à ma mère que je ne voyais plus. J'ai voulu aller en vacances chez elle, mais elle a refusé. J'avais 13 ans. Je n'ai pu m'enfuir de chez moi qu'à 17 ans. Avant, je ne voulais pas laisser mes petits frères et sœurs seuls avec lui.

C'est comme si j'avais vécu une guerre dont personne ne connait la réalité, dans un "beau pays", le pays des droits de l'Homme, mais pas de la Femme.

J'arrête là.

Nous en parlons
T
takatitapakite
Publié le 04.04.2015
Inscrit il y a 7 ans / Actif / Membre

" une guerre dont personne ne connait la réalité " ... " il n'y avait de logique il était fou"... merci de votre témoignage, de votre courage ... Moi aussi "j'arrête là" ... bon courage en tout cas ...