Malgré ses 3 ans de moins, il me dominait...

Témoignages Publié le 04.04.2018

Malgré ses 3 ans de

moins, il me dominait...

Pour la énième fois je recommence, je ne sais par où commencer. Il y a tant d’agresseurs et d’agressions, tout se mélange comme une bobine de fils qu’on ne saurait démêler.

J’ai été violée petite, une fellation dans des toilettes noires de maternelle. Le début peut-être, la première agression, qui a eu pour conséquence tant d’autres… La raison peut-être pour laquelle par la suite j’ai laissé faire, accepté tant que je n’avais pas  vraiment mal physiquement. Dissociée et n’osant rien dire, n’osant pas dire non, j’ai laissé faire le pire.

Il y a eu cet épisode avec mon cousin dont je me rappelle. C’était un été à la campagne, chez mes grands-parents. On « joue » à action-vérité. J’ai 8 ou 9 ans, mon cousin 3 ans de plus, mes frères 3 et 6 ans de moins. Je ne sais pas si d’autres enfants sont présents. Mon cousin me contraint par pression psychologique, chantage affectif, à dire « action ». Je suis quelques instants plus tard en train de toucher sa queue, dans la salle de bain. Je ne me souviens pas du reste, juste que c’est peut-être le début d’un deuxième inceste.

Une autre fois, quelques temps après, je pense avoir 10 ans. Ce qui fait que mon frère avait 7 ans. Je ne sais pas comment c’est arrivé, je ne sais pas combien de fois, juste qu’il y a eu plusieurs fois. Ce frère qui me domine et me maltraite physiquement malgré ses 3 ans de moins. Je vois la scène d’en haut, comme si j’étais spectatrice de mon propre drame familial. Il me prend en missionnaire, je laisse faire, ici et ailleurs. Une queue d’enfant dans un vagin d’enfant. Une queue assez virile pour me pénétrer, pas assez pour rompre l’hymen comme je le constaterais quelques années plus tard.

Ça s’est passé plusieurs fois, des fois avec pénétration, des fois « juste » des frottements. Je le réentends me dire : « Je veux peau sur peau ». Ne lâchant pas l’affaire. Et moi je laissais faire. Culpabilisant parce que j’étais l’aînée, culpabilisant parce que je parvenais à l’orgasme. Cette décharge qui m’anesthésiait de la réalité qui se produisait. Le plus souvent c’était chez nos parents, d’autres fois chez les grands-parents.

A 11 ans j’ai eu mes règles, et j’ai paniqué de tomber enceinte. Je ne sais pas si c’est ça qui a contribué à arrêter mon frère. Il y a eu un moment où les coups de poing et les coups de pieds ont remplacé les coups de queue. Les insultes aussi. Maintenant que je n’étais plus SA pute, j’étais UNE grosse pute…

Ces événements je les ai enfouis du mieux que j’ai pu, sans jamais vraiment oublier. Six ans plus tard, lorsque j’ai eu ma « deuxième première fois » avec un jeune homme, j’ai saigné. Détail physique permettant de minimiser le reste. De dire que ma première fois était à 17 ans. C’était l’époque où je mentais, aux autres comme à moi-même.

A 18 ans, je me suis fait violer dans un hôpital. Une sodomie contrainte, par un « petit-copain ». Et tout le reste, que je n’ai pas voulu voir comme viol à l’époque. J’ai cherché de l’aide à la police qui m’a jetée, j’ai cherchée de l’aide à l’H.P qui m’a droguée au point où je me suis sentie à deux doigts d’y passer. Je me suis alors tournée vers l’alcool et le sexe à outrance. Je voulais mettre le plus de distance entre moi et mes violeurs, ça passait par le nombre de rapports. Quand je regarde aujourd’hui en arrière, je me pose la question des rapports qui étaient réellement consenti de ceux qui ne l’étaient pas, ou qui du moins étaient subis. Quand je fais la liste des hommes qui m’ont forcé « la main », celle-ci est longue.

Le constat des années après : 20 ans de rapports non consentis, 24 ans de dissociation.

Et des doutes qui subsistent, sur la nature de la relation avec mon père. Mon père qui me dégoûte aujourd’hui. J’ai été en colère contre lui des années pour sa violence physique. Et lorsque je lui ai pardonné, car pardonner ne signifie pas cautionner, c’est le dégoût qui est apparu. Le dégoût pour les dessins explicites de femme aux parties génitales exhibées que j’ai eu sous les yeux pendant des années de par sa faute. Pour la vision de la queue dans un bain pris ensemble, pour son regard pervers qui me Sali alors que je sors de la douche, et que mon père, au lieu de frapper, jette un œil par le haut vitré de la porte de la salle de bain, par la vision de sa queue lorsqu’il s’avachit, nu dans son peignoir et les jambes écartées devant la télévision.

Le déni a pété petit à petit, l’élément déclencheur étant cette femme, rencontrée à la fin de ma première grossesse. Cette femme qui voulant m’aider, me parle de cette association pour les victimes de l’inceste. Mon premier réflexe, n’ayant parlé que du viol à 4 ans et de celui à presque 18 ans, est de repousser son aide en lui disant que je ne suis pas victime de l’inceste. Mais je suis rattrapée au moment où je veux ouvrir la bouche pour protester par cette chose récente en moi : la sincérité envers les autres et moi-même.

La vérité me claque à la figure : si, je suis une victime de l’inceste…

J’ai découvert le site de l’association le jour même où les suivants, mais il m’aura fallu plus de deux ans et des dizaines de début de mon récit pour finir d’écrire ce témoignage, incomplet et décousu, mais qui est mon histoire.

Une histoire dont je voudrais me relever et ne plus subir les conséquences psychologiques au quotidien…

Nous en parlons
L
lilas44
Publié le 06.12.2018
Inscrit il y a 5 ans / Débutant / Membre

Bravo pour ce témoignage!
J'ai tant subi aussi tout au long de ma vie, je n'ai pas encore témoigné sur le site. C'est un dur combat que je vis, un quasi incompris on dirait...
lilas44