Maltraitée par ma mère

Témoignages Publié le 18.12.2006
Mon témoignage est très long, mais j’espère que vous pourrez le publier in extenso, je désire tant témoigner… Je suis âgée de vingt-huit ans. Elevée par ma mère, châtelaine en Normandie, je suis la cadette d’une famille comportant uniquement cinq filles. Je me souviens des châtiments des dimanches, d’une ignominie et d’une cruauté qui me révolte maintenant. Après la messe, mes sœurs et moi entrions dans le grand salon où siégeait ma mère. Mes sœurs et moi tout au moins celles qui avaient “péché” s’avançaient. Nous avions les cheveux tressés et tirés en arrière, notre chemise blanche, avec jaquette bleu marine, chaussettes blanches correctement tirées jusqu’aux genoux et chaussures vernies noires. Mais nos fesses étaient exposées et nos cœurs battaient la chamade tandis que nos genoux s’entrechoquaient. Alors commençait le rituel, là où les coupables s’agenouillaient et baisaient les bords de la jupe de ma mère, raide comme la justice. Nous étions alors soulevées de terre et le supplice pouvait commencer : la main sans pitié de ma mère s’abattait avec la régularité d’un métronome et la force d’un battoir. Et nos hurlements se mêlaient aux pleurs et aux supplications des petites victimes suivantes. Après le châtiment, les fesses à l’air, nous devions nous mettre à genoux, le long du mur. Il y avait des dimanches où les quatre coins de la grande salle du manoir étaient occupés et que moi je prenne la place au milieu d’un pan de mur. Lorsque nous arrivâmes à l’âge de la puberté, notre mère nous fabriqua un petit cache-sexe en gros coton blanc et, ainsi parées nous marchions au supplice.. Chez nous, pas question de tampons hygiéniques : en période de menstrues, nous portions un attirail composé d’une culotte bouffante en plastique jauni, d’une demi-douzaine de grosses serviettes taillées dans du coton à bouillir et d’une grosse ceinture à épingles à nourrice.
Ma mère avait tout un arsenal de punitions extrêmement dégradantes… Etant la petite dernière, j’y ai eu le droit plus souvent qu’à mon tour. Quand j’avais 15 ans, je ne mesurais que 1m 45 pour 36 kg. Ma sœur aînée avait alors 25 ans et ma seconde sœur, 23. Elles étaient totalement d’accord avec ma mère et c’étaient elle trois qui me punissaient. Ma troisième sœur avait 19 ans, elle avait quitté la maison pour travailler avec ma tante. Ma quatrième sœur avait 17 ans et ma mère ne la punissait plus car elle était très malade. Résultat, j’étais martyrisée par ces trois femmes, ma mère et mes deux sœurs. Leur jeu favori : l’infantilisation totale. Je n’étais plus appelée Marie-Bénédicte, mais tout simplement « Bébé ». On m’interdisait de faire quoi que ce soit seule, même pas me laver les mains ! Mes trois geôlières me surveillaient sans relâche, du lever au coucher. Une vie de cauchemar : à table, on me liait les mains dans le dos de la chaise et c’est ma mère qui me nourrissait à la cuillère. Un jour, j’ai eu le malheur de protester parce que la purée était vieille de quatre jours. Ivre de haine, ma mère a voulu me frapper mais ma sœur aînée a proposé « une punition bien plus drôle » : elle m’a fait asseoir en tailleur, m’a mise les pieds nus, a étalé la purée sur mes pieds et j’ai du lécher. Ma mère m’a aussi fait manger comme les chiens, dans une gamelle posée sur le sol. Je devais manger avec les doigts. Pour « éviter que je me salisse », ma sœur aînée m’a fait mettre toute nue… La hantise de ma mère, c’était la masturbation. Pour éviter que je me caresse, elle m’attachait les mains au lit. Pire, ce sont mes sœurs qui avaient pour mission de m’habiller et de me déshabiller. C’est ma mère qui me lavait. Je devais faire mes besoins dans une bassine, sous le contrôle des trois femmes. Je n’avais même pas le droit de me torcher et c’est ma mère qui le faisait. Chaque soir, en présence de ma mère, mes deux sœurs m’obligeaient à avouer chaque faute susceptible d’être passible de punition. Mais leur grand jeu, c’était de me faire avouer « mes pensées impures », notamment en me chatouillant longuement les plantes des pieds que j’ai de très sensibles. Alors ma mère faisait ce qu’elle appelait « me mortifier le sexe ». Et ce qu’elle m’a fait, mon mari m’a fait découvrir la nuit de mes noces que cette « punition » s’appelait tout simplement… LA MASTURBATION !!! Tout s’est écroulé ce jour là : moi qu’elle avait tondue, fouettée, douchée à l’eau glacée pour d’innocentes caresses, et bien elle s’amusait à me faire ce qu’elle m’interdisait !
Pour fuir cet enfer, je me suis mariée à 18 ans avec le frère d’une amie de pension. Sa mère était allée en pension avec la mienne et m’a apprise que déjà à l’époque, elle persécutait les petites élèves. Une grande complicité est née entre nous, et elle remplace un peu ma mère avec qui j’ai rompu totalement mes liens. La question que je me pose est la suivante : à quoi rimait ces punitions ? Ma belle-mère n’a pas osé prononcé le mot, mais j’ai très bien compris quand elle a évoqué ce qu’elle faisait aux filles en pension après que je lui ai dis ce qu’elle m’avait fait à moi. Elle pense que non seulement ma mère est sadique (ça, je le savais), mais elle l’a accusé à demi-mot d’être lesbienne. Ais-je été seulement une enfant battue ou ais-je aussi été une enfant violée, auquel cas je pourrais encore porter plainte contre elle ?
Nous en parlons
L
Lilith
Publié le 17.03.2010
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Bonjour,

Quand je me plains de ma mère qui m'a ignoré, qui m'a rejeté, qui ne m'a pas désiré, qui m'a donné à mes grands-parents pour ne pas à avoir à m'élever elle-même, qui quand j'avais 12 ans et rentrait de pension le WE, me laissait 300F sur la table pour mon WE car elle était partie avec son amant passé le sien, qui m'obligeait à dormir avec elle quand elle était seule et se collait contre moi ce qui m'était insupportable, etc. Je me rends compte que cela n'est rien par rapport à l'enfer que tu as vécu.

J'ai beaucoup de chagrin en lisant ton témoignage, beaucoup de compassion aussi.


Personnellement, c'était mon grand-père qui me battait, qui jetait mes jouets... et j'en passe des meilleures. Il était alcoolique et quand il était "entre deux vins", ma grand-mère et moi, on en prenait pour notre grade: les coups, les insultes... des soirées de terreur.

Tu te demandes à quoi rimait ces punitions que tu as subi? Il faut chercher cela dans l'enfance de ta mère et savoir ce qu'elle a vécu dans sa propre enfance avec ses parents.

Par exemple, ma mère qui a souffert de son père (le grand-père qui m'a élevé aussi) en vieillissant, est devenue exactement comme lui: aigrie, alcoolique, critiquant tout et tout le monde, jalouse de moi, etc. J'ai rompu toute relation avec cette personne "toxique" qui ne m'aime pas comme elle le dit, mais a juste toujours cherché à avoir le pouvoir et le contrôle sur ma vie.

Personnellement, je pense que ma mère est une grande malade. Et pourtant, c'est moi qui suis en psychothérapie depuis de longues années. J'ai tous les symptômes de quelqu'un qui a été maltraité, voire "touchée" par un adulte (mais je n'ai pas de souvenirs de cela): envies suicidaires, refus d'avoir un enfant par peur de reproduire des violences, agressivité, anorgasmie, angoisses, etc.

Grâce à la thérapie et aussi à mon fort caractère très combatif, j'ai pu vaincre en partie pas mal de ces maux, mais j'ai toujours au fond de moi, un côté "auto-destructeur" avec qui je lutte en permanence. Cependant, j'ai compris l'attitude de ma mère: elle n'a pas grandi, elle est restée la petite fille qui rêvait du Prince Charmant et comme il n'est jamais venu, elle a décidé d'en vouloir au monde entier. Avec la vieillesse, la déception a pris toute la place. Elle est passée du côté "obscur", celui de son père.

Je pense aussi que ma mère a toujours eu des envies homosexuelles très refoulées à cause de ses contradictions (elle hait les hommes, mais elle les respecte, elle en veut aux autres femmes, mais elle essaye de les manipuler, etc.).

En tous les cas, ce qui est certain, c'est qu'elle est alcoolique comme son père et que cela n'a jamais arrangé les choses entre elle et les autres. Elle est tyranique avec son animal de compagnie et alterne entre les rôles de victime et de bourreau. Bref! Elle est très malade mentalement et physiquement parlant (car elle somatise beaucoup).

Encore grâce à la thérapie, j'ai pu remonter sur plusieurs générations et je me suis aperçue qu'autant du côté paternel que maternel, aucune femme n'a jamais élevé sa propre fille. Tout cela m'a aidé à mieux comprendre les actes, l'éducation que j'ai reçu et par découlement naturel, mes propres difficultés à vivre.

Je ne peux te donner aucun conseil, c'est à toi de prendre tes décisions. Si tu t'en sens le courage, un procès est une action qui clarifie les choses. J'ai mis moi-même ma tante (la soeur de mon père) en procès au sujet de la succession de mes grands-parents car je me suis aperçue que ma tante m'escroquait financièrement parlant depuis 30 ans. Ce n'est pas évident d'attaquer sa famille. Je suis passée pour l'ingrate qui ose mettre au tribunal sa vieille tante. Mais j'ai fini par avoir gain de cause et récupérer la part de mon père décédé qui me revenait de droit. Je suis très fière de moi. Et puis cela m'a permis de clarifier mes relations avec ma tante qui ne m'a jamais aimé, ni apprécié pour ce que je suis. Au moins, maintenant, les choses sont nettes: plus de visites obligatoires, plus de voeux obligatoires pour la nouvelle année, je ne compte même pas aller à son enterrement jouer un simulacre.

En plus, dans ton cas, il n'y a pas que ta mère: il y a tes soeurs aussi.

Tu ne parles jamais de ton père. Où est-il?

Je suis ouverte au dialogue avec toi.

Très amicalement.