Paroles et LIBERTE de VIVRE

Témoignages Publié le 14.06.2021

Aujourd’hui j’ai 71 ans et j’ai décidé de témoigner. Dire sur la place publique et garder la tête haute. Aujourd’hui je peux vivre en étant libre, libre de parler, libre d’agir, libre sans haine.

On ne guérit pas d’un inceste, mais on peut se construire avec et être pleinement dans la vie. Je ne sais pas quand cela a commencé, ça devait être juste avant mes 4 ans, avant que je contracte la tuberculose, période pendant laquelle il a arrêté un moment, un an environ. C’était le matin dans une pièce minuscule qui servait de salle d’eau. Ensuite j’allais à l’école, trainée par ma sœur âgée de seulement 8 ou 9 ans En CM2, on a déménagé ; j'ai donc changé d'école. La maitresse s’était inquiété du sang dans ma culotte En 6ᵉ et 5ᵉ, il a recommencé. Cette fois, il m’emmenait dans une maison avec d’autres hommes et des petites filles comme moi. La maison de l’horreur. En 5ᵉ, j’ai fait une récidive de la tuberculose, il a arrêté ensuite je suis devenue pubère, et il a arrêté.

J’ai vécu avec une amnésie traumatique jusqu’à mes 38 ans. Je n’avais pas pris conscience que je n’avais aucun souvenir.  Il m’a fallu dépenser beaucoup d’énergie, de temps et d’argent tout au long d’un long processus thérapeutique pour retrouver ma mémoire et me construire avec, on ne guérit jamais d’un inceste.  Mon corps n’avait pas oublié lui.

J’ai mis beaucoup de temps à pouvoir me débarrasser de l’emprise que certains hommes pouvaient avoir sur moi. La terreur fait taire. J’ai porté plainte en demandant que l’orthographe de mon prénom soit changé. Les délais étaient passés.  Seul un biais me permettait de passer devant la justice. La procureure du procès a décrété que c’était une demande de pur confort et a fait appel de la décision de la juge qui m’octroyait le changement de l’orthographe de mon prénom. En appel j’ai gagné face à 3 juges à qui j’avais envoyé mon histoire.

Mon père était un « notable » Il travaillait au journal « l’Equipe » comme secrétaire général. Il est mort en 1968, j’avais 18 ans.  Il n’y a pas d’âge pour être consentante. Dans le cas d’un inceste, il y a mélange de générations, c’est encore plus compliqué pour se construire. C’est à l’adulte de se comporter en adulte. Je demande aux politiques le remboursement des soins nécessaires et indispensables pour se construire pour vivre après avoir subi un inceste ou un viol.