Survivre à tout prix

Témoignages Publié le 15.10.2019

Bonjour à tous, 

Je souhaitais, ici, livrer un témoignage de mon expérience de l'inceste. Je suis d'origine coréenne, et j'ai été adoptée à l'âge de 2 ans par une famille française. J'ai deux frères ainés et un petit frère, qui eux n'ont pas été adoptés. J'ai aujourd'hui 37 ans. A vrai dire, j'ai très peu de souvenirs de mon enfance en général, et de mes traumatismes en particulier. Mon père adoptif m'a violée pendant des années, probablement depuis l'âge de 5 ans jusqu'à mes 14 ans environ. Ma mère adoptive a appris ce qui se passait quand j'avais environ 9 ans… Mais n'a pas fait ce qu'il fallait pour me protéger. Pire, elle a couvert, voire encouragé mon père à me violer, et n'a fait qu'ajouter un traumatisme sur un traumatisme. 

J'ai toujours su ce qui se passait, et j'en ai toujours parlé autour de moi, notamment à mes amis et à mes petits copains successifs. Mais même si j'étais consciente de ce qu'il s'était passé, j'ai toujours, en revanche, été dans le déni des conséquences de ce traumatisme. J'ai réussi ma vie, je suis une personne plutôt épanouie, et je pensais donc jusqu'à il y a peu que j'avais dépassé tout cela, que j'avais réussi à "pardonner" à mes parents (alors qu'ils ne se sont jamais excusés de quoi que ce soit). J'ai donc toujours continué à faire l'effort de voir mes parents adoptifs, à faire "comme si de rien n'était". 

Jusqu'à ce que je pète un plomb. Après un épisode dépressif soudain et dévastateur suite à un événement familial, je me suis enfin aperçue, après plusieurs années de déni, que j'étais bien plus traumatisée que je ne voulais le croire. J'ai aussi compris que je n'étais plus obligée de voir mes parents, que je ne devais rien m'infliger de plus, que j'avais assez souffert, que je ne leur devais rien, et que eux, en revanche, me devaient leur liberté et leur tranquillité. J'ai donc décidé, du jour au lendemain d'arrêter de les voir. Je ne leur ai pas dit pourquoi, mais ils ne l'ont jamais demandé. Ils savent donc la raison de mon éloignement. J'ai tout simplement arrêté de les contacter… Et eux n'ont jamais essayé de me parler !

Aujourd'hui, seuls les rapports avec mes frères me posent questions. Ils sont informés de la situation, acceptent et comprennent ma décision, mais continuent de voir nos parents. Je les comprends car ils n'ont pas vécu la même chose que moi, et parce que malgré tout ce sont eux aussi des victimes collatérales. Je ne les juge donc pas. En revanche, je sais que s'ils continuent à voir mes parents, il sera de plus en plus compliqué pour moi de continuer à les voir. Car face à ce type de situation, il faut choisir. Choisir, à un moment, le parti de la victime ou celui des bourreaux. Je ne peux choisir à leur place, mais ma responsabilité est, maintenant, de me préserver, moi et ma famille. Moi, en tout cas, j'ai choisi. 

Je pense que l'on ne guérit jamais de ce genre d'expérience. On fait avec, seulement. J'ai la chance, dans mon malheur, de faire preuve d'une résilience exceptionnelle. Je pense seulement à tous ceux qui luttent, qui souffrent, qui se taisent. Battez-vous, luttez, parlez, hurlez votre souffrance ! Choisissez la vie. Ca fait mal, mais c'est tout ce que l'on a.

Avec toute mon amitié.

Marilou