Témoignage femme: Vouloir mourir

Témoignages Publié le 18.10.2006
Je suis membre de ce site mais trop lâche même par pseudo pour dire qui je suis. Pourquoi je mets cela ici : pour crier, pour hurler, pour vous dire que J'AIME LES ETRES HUMAINS mais que je ne suis pas née parmi eux.

: ne plus être là, ne pas être née, ne plus participer à ce monde sans partage, ça veut dire quoi ? J'ai plutôt bien traversé cette vie, rencontré des êtres merveilleux, fait des choses intéressantes, passionnantes. Et tout d'un coup, un bilan comme une nécessité, une lucidité frappe l'esprit, stop, ça suffit. J'ai pris la décision de partir mais je suis toujours là sans être là, je fais semblant de vivre. Je mets en place des mécanismes psychiques et matériels afin de préparer ce départ. Je m'y prends certainement très mal. Je suis lâche. Je voudrais partir tout doucement sans que cela fasse mal aux gens qui m'aiment et que j'aime. Ce n'est pas aussi compliqué pourtant, il suffit d'espacer de plus en plus les rencontres, de donner de moins en moins de nouvelles, de répondre que tout va bien, que le coup de blues est passé, que mon travail est passionnant, tout cela rassure les gens, même les amis très chers réciproquement (oui ! oui ! Ne vous offusquez pas, personne, non personne à part celui qui l'a vécu ne peut se mettre à la place de l'autre, jamais !). Ca marche très bien. Et puis petit à petit, il ne reste autour de vous que quelques personnes, les plus intimes bien sûr. Là, ça sera plus dur mais on peut y arriver, il faut effectivement prendre un peu de temps, mettre à jour ses affaires pour que personne n'ait à en pâtir, puis partir dans un autre pays et disparaître sans laisser d'adresse ni de corps. Les gens disparus ne sont pas des gens morts. Il n'y a rien de tragique en cela, ce n'est pas plus tragique que de naître sans l'avoir voulu. Au moins qu'on meure quand on le désire, c'est peut-être la seule liberté que l'on ait vraiment. On naît avec des lois mais on peut mourir sans.



De toute façon raisonnement ou pas, je ne veux plus être là : oh la vie merveilleuse que j'ai eue, oh la vie merveilleuse que l'on fait ensemble. Foutaise, que des mensonges, des trompe-l'oeil, des placebos. Non, je ne vis pas dans ces pays dit en sous-développement, je n'ai jamais vraiment eu faim, ni froid. Oui, je me paye le luxe de dire que je souffre trop pour continuer cette mascarade : c'est insupportable, mon esprit et mon corps en portent les stigmates, une plaie qui ne se referme pas. C'est difficile de traduire tout ce qui court dans mes pensées et dans mon corps. Je sais une chose, une seule, c'est moi qui les vis et justement ce n'est plus vivable. Et je sais bien que je ne suis pas toutes seule (ce site le prouve à chaque seconde) mais que toutes et tous nous n'osons pas crier, se révolter d'être nées, nés.



Je suis une merde. Mon père avait raison, il m'a niée et m'a fait "survivante". Il aurait pas dû me nourrir du 1er janvier au 31 décembre. Il aurait dû vraiment me tuer. Il aurait mieux fait que de me laisser mourir petit à petit. J'ai rien demandé. Je n'ai pas demandé à naître. Oui c'est puéril. Mais que reste-t-il comme mot dans la bouche. Je me dégoûte. Je sais que je dégoûte tout le monde. Je suis inhumaine. Je suis une merde, le rejet de toute l'humanité. Je n'ai plus de pensées. Je n'ai rien à dire, qu'à me taire puisque je ne peux plus crier de toute façon. Je ne veux plus du tout être là. ça suffit tout ce cinéma, tout ce jeu, toute cette vie de rien, que de théâtres imaginés. Tous ces êtres rencontrés effectivement fabuleux universellement. Qui suis-je. Je me prends pour qui. Pourquoi voudrais-je être aimée ? Mais pour qui je me prends ? Je sais bien que personne jamais ne pourra m'aimer puisque mes parents les premiers ne l'ont pas pu. Je n'accuse personne que moi-même. Je m'en veux profondément d'être aussi froide et stérile de rien. Du délire, est-ce du délire que de dire tout cela. Je n'en sais rien, je n'analyse rien. Tout ce que je sais c'est que je dois débarrasser cette terre de cet être puant que je suis.



Mais c'est quoi l'humanité ?