Torturée par mon institutrice

Témoignages Publié le 27.10.2012

Fotolia_5841278_XSJ'avais 10 ans, et parce que j'étais une enfant de la guerre, une "fille de boche", la maîtresse d'école m'a martyrisée, torturée et même abusée. Après 60 ans de silence, j’ai décidé d’écrire mon histoire. La raconter en totalité prendrait une trentaine de pages, je vais donc essayer de la résumer. Je suis née en 1943 d’une fille de paysans et d’un soldat allemand. Je m’appelle Emilie, mais dans l’école de mon petit village de montagne, jamais je ne fus appelée par mon prénom.

J’étais, au choix, « la bochette », « la petite nazie », la « fille de collabos ». Il ne se passait pas une journée sans que l’on me rappelle que j’étais la fille d’une paria morte en 1945, recueillie par son oncle et sa tante.  Tout cela avait joué sur mon développement et à 10 ans, j’étais une fillette blonde très petite, malingre, anémiée et en plus sourde d’une oreille.


A l’école, j’étais la souffre-douleur des filles de ma classe et de la maîtresse. Punitions injustifiées, corvées quotidiennes, coups, insultes, cheveux tirés, jamais je ne ripostais. Si je l’avais fait, cela aurait été bien pire. Un jour pourtant, je me suis rebellée. C’était le dernier jour avant les vacances de Noël 1953. Une des filles, Odette, a voulu me voler le dernier souvenir que j’avais de ma mère, un bijou. Comme je ne voulais pas, elle a essayé de me le prendre de force et je l’ai giflée. Immédiatement, elle est allée se plaindre à la maîtresse. Celle-ci m’a attrapé par le col, si brutalement que cela a déchiré ma blouse. Elle m’a giflé et m’a dit que les « petites nazies » n’avaient le droit à rien.

Aussitôt, ce fut la curée. Mes pauvres affaires de classes furent volées et partagées entre les filles. Puis, la maîtresse me fit aller « au coin » à genoux et les mains sur la tête. Comme il neigeait, la maîtresse nous fit rester dans la classe pour la récréation. Il fut alors décidé collectivement que je devais « être punie ». Les filles s’installèrent en cercle et moi je dus me mettre au milieu. Je reçus des boulettes de papier, on m’aspergea d’encre, on me frappa avec une règle, on me cracha dessus. Une fille me dessina une croix gammée sur le front. Cela donna une idée aux autres. Mes chaussures furent confisquées, puis ce fut au tour de mes chaussettes. Odette me dessina des croix gammées sur la plante des pieds. Ensuite, pendant que deux filles me tenaient solidement, Odette s’amusa à me chatouiller les pieds.  La maîtresse décida qu’à partir de maintenant, les « petites nazies » devaient aller en classe pieds nus.  Mais elles n’avaient pas l’intention d’en finir là.

Lors du repas de midi, les filles avaient leur petit panier. Moi, on me fit manger de la soupe aigre, qui avait probablement tourné. J’ai eu un haut-le-cœur et j’ai failli tout vomir. On m’obligea aussi a embrasser les pieds d’Odette. Lors de l’après-midi, ma pauvre blouse termina dans le poêle et sous prétexte qu’elles étaient tâchées d’encre, ma robe et ma combinaison  me furent également confisquées. Je me retrouvais cette fois « au piquet », en culotte, avec une pancarte « petite nazie punie ». Je restais ainsi le temps de la leçon de l’après-midi, jusqu’à la récréation suivante. Je me demandais ce qui allait m’arriver. J’étais très en dessous de la réalité.

La maîtresse m’ordonne de venir. Evidemment, je n’entends pas. Je reçois une claque en plein sur mon oreille qui me fait si mal. Je me mets à hurler et pleurer. La maîtresse m’insulte, déclare que je dois être encore « punie » pour ne pas avoir entendu la leçon qu’elle venait de donner. Elle me fit monter sur son bureau et d’un coup, elle me baissa ma culotte jusqu’aux chevilles.  Machinalement, j’ai mis mes mains sur mon sexe, mais la maîtresse me tira les nattes en me disant : « Mains sur la tête, on veut tout voir ! ».

Les filles éclatèrent de rire. Une fois ma culotte confisquée, je dus tourner sur moi-même et ensuite, gambader toute nue dans la classe. Puis, la maîtresse me donna un ordre. Je refusais. Elle frappa alors sur mon oreille, elle savait que cela me faisait mal. Cette fois, le coup était tellement fort que je me mis à courir dans la classe les mains sur mes oreilles, je hurlais à pleins poumons. Les filles m’attrapèrent, me saisirent par les poignets et les chevilles, m’allongèrent sur le bureau de la maîtresse. Elle prit une règle plate et me frappa avec, sur les plantes des pieds, sur les fesses, sur le ventre, sur le sexe. Je n’entendais plus rien. Elle écrivit alors sur une ardoise : « Dis que tu feras ce que j’ai dis et je soigne ton oreille ». J’ai fais oui de la tête, j’avais trop mal.

Elle me mit des gouttes dans les oreilles, ce qui apaisa immédiatement la douleur. Tout le monde me regardait. Je pleurais de plus belle. Pour en finir, je fis ce qu’on me demanda : j’ai tiré avec mes doigts de chaque cotés des bourrelets. On pouvait voir l’intérieur de mon sexe. Plusieurs fillettes étaient très gênées, mais pas Odette qui gloussait de joie de voir « la zézette de la petite nazie ». Je terminais la journée à genoux, au coin, le corps recouvert d’inscriptions injurieuses.

Quand les filles partirent, je voulais mourir. Je n’avais plus rien, plus d’affaires, plus d’habits. Je me retrouvais en position fœtale, allongée sur le sol froid de la classe. La maîtresse me releva sans ménagement et m’ordonna de la suivre dans son « logement de fonction », deux pièces au-dessus des classes. Toute nue, je la suivais dans le couloir et dans l’escalier. Là, elle me donna à boire un chocolat chaud, puis me dit que si j’étais sage, elle me donnerait de nouvelles affaires scolaires, une nouvelle blouse et me rendrait mes affaires confisquées, y compris le bijou volé par Odette. Pour montrer combien j’étais « sage », j’ai du me laisser laver par elle. Elle me mit debout dans un grand baquet et me lava de tout ce qui avait été écris sur moi. Elle me fit sortir et m’enroula dans une serviette. Elle semblait gentille…

Une fois sèche, elle me demanda de m’allonger sur son lit « pour faire ma toilette intime ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire. Je me suis allongée. Elle m’attacha les mains et les pieds, me disant que c’était « obligatoire » pour « ne pas que je bouge ». Je me retrouvais ainsi les jambes repliées sur le ventre, mais écartées. Avec un coton, elle me lava les parties intimes, devant et derrière. Une fois la toilette finie, sous prétexte de « vérification », elle commença à me tripoter le sexe. Je ne savais pas qu’en fait, elle s’amusait à me masturber. J’avais honte. Elle me donna les choses promises et me dit : « rentre chez toi. A partir de la rentrée, je vais m’occuper de toi… » Et elle tint parole.

Voici mon histoire, l’histoire d’une petite fille que personne n’aimait…

Nous en parlons
M
mimi12
Publié le 01.01.2013
Inscrit il y a 11 ans / Débutant / Membre

Je suis effarée de lire un tel récit ! en même temps je sais de quoi sont capables les gens j'ai subi aussi beaucoup de choses semblables dans ma famille et mon entourage. Les gens sont bêtes et méchants. Ils ne changeront pas. Dès qu'un être est à terre tout le monde est dessus. Ma mère est née en Lorraine et comme elle je suis blonde aux yeux clairs , je me suis fait traitée de salle boche aussi.... dans ma famille et à l'école ... en plus de tout les reste que j'ai subi aussi .... passons ,,,,
je suis heureuse que les victimes prennent la parole comme vous et il faudrait mettre toutes ses histoires innommables dans un lieu telle une grande bibliothèque afin que personne n'oublie toutes ses horreurs.
Courage moi aussi j'ai commencé un livre mais je n'arrive pas à le terminer car ce que j'ai subi me prosterne en le relisant.
Une victime

A
Anne_
Publié le 05.11.2012
Inscrit il y a 11 ans / Actif / Adhérent

Je suis très touchée par ce témoignage qui illustre à mon sens ignorance, volonté de vengeance, et erreur quant au bouc émissaire choisi. J'ai mis quelques jours avant de construire mon commentaire, tant la situation de "viol en réunion" au coeur de l'Ecole m'a parue insoutenable.


La guerre, qui n'excuse rien, a généré des comportements de haine inadmissibles, surtout lorsque ceux desquels on a voulu se venger n'étaient pas ceux sur lesquels on s'est vengé.

Un/e maître/sse inconscient/e de la vie psychique des élèves qu'il/elle a devant lui/elle restera pour moi à jamais une grande énigme.

[i]Elle semblait gentille…[/i]voici ce qui d'une façon ou d'une autre nous amène à subir l'indicible : notre agresseur se veut gentil, doux, attentif, pour mieux nous manipuler et nous contraindre. Puis malgré tout, nous redevenons [i]un enfant que personne n’aime[/i] et qui s'en sent coupable.

Cette culpabilité des agresseurs-éducateurs, moi, fille d'instit', violée par ceux qui deviendront enseignants à leur tour, je m'aperçois que je la porte encore aujourd'hui : je n'ai pas su ouvrir les yeux de ma mère, je n'obtiens pas reconnaissance de mes agresseurs, et je suis démunie pour proposer un outil préventif éducatif tant à destination des futurs pourvoyeurs de savoirs que de potentielles victimes. Pourtant, seuls le dialogue, l'information, la culture, l'éducation, l'instruction, permettront à chaque individu d'être armé pour défendre son intégrité.


Courage à vous pour la suite de votre parcours, votre recherche pour apaiser cette plaie qui m'apparaît encore béante