Un trop grand choc

Témoignages Publié le 26.01.2010

femme2J'ose avec angoisse. J'ose enfin parler. Pour moi, pour d'autres sur cette terre. Avec le coeur aidons Face à l'inceste comme on a aidé Haïti. Ce combat-là est effroyablement durablement colossal. Jamais auparavant je n'aurais pu écrire ce que je vais écrire maintenant, mais je craque. Mon psy a pris sa retraite récemment, me disant que de toute façon je n'ai plus besoin d'être suivie par un psychiatre, rejoint en cet avis par mon médecin généraliste. Bien que je sois heureuse de me sentir libérée (je vais pouvoir essayer de faire mes premiers gands pas pas en ne craignant plus de me sentir folle), je me sens abandonnée comme en pleine mer, sur un drôle de radeau comme si je n'avais entre-temps qu'accosté à une île pour me confier à une bonne âme.

Mais d'un point de vue strictement médical, quelque part, ils ont raison en constatant que la thérapie des profondeurs est bouclée, et il est vrai que par ailleurs je me rends compte maintenant que depuis plusieurs mois je ne voyais plus mon psy dans un sens thérapeutique, mais parce que j'ai besoin de rester en relation avec mon propore passé par le biais de quelqu'un qui sait, besoin d'une relation durable qui puisse me permettre de ne pas m'isoler avec mon drame intérieur que je ne peux raconter à personne d'autre et surtout pas à mon mari handicapé dont je prends soin avec amour et dont seul le bonheur me préoccupe (je suis en couple pour la première fois de ma vie depuis peu d' années.

Mon mari comme de très rares personnes sait que j'ai été victime de viol mais c'est tout. Jamais je ne suis entrée dans les détails). J'ai demandé à mon psy avant de nous séparer, de pouvoir voir une psychologue ensuite. Je dois attendre pour certaines raisons d'ordre administratif. Je pense qu'avec une psychologue, je devrais parvenir à décharger émotionnellement et surtout je ne me sentirais pas isolée avec cette atrocité de vécu en moi. Je dors de moins en moins ces jours-ci, j'ai la tête qui explose en pleine nuit tellement j'ai besoin de décharger. C'est pourquoi je décharge ici en attendant : j'ai été victime d'inceste paternel entre 6 et 7 ans : j'étais un soir seule avec mon père et, pour fêter la naissance d'un petit frère en cours, il m'invita à boire un peu de champagne avec lui.

Plus tard, je suis allongée dans le lit de mes parents à ses côtés. Soudainement, sans que je comprenne quoi que ce soit, il me tira vers lui qui était assis à genoux au pied du lit, me disant « écarte ». Ensuite, tout a basculé, trop vite, je me suis retrouvée en larmes rejetée à terre au pied du lit, terrorisée par une situation nocturne incompréhensible foudroyante, paniquée par l'état dans lequel je me retrouvais, paniquée de voir mon père transformé. Un cauchemar. Mon père, complètement affolé, en me rudoyant s'empressa de vouloir réparer les dégâts. Plus tard, je me suis réveillée me découvrant allongée sur la table de la cuisine : une panique atroce m'envahit découvrant mon père debout devant moi avec fil et aiguille. Je n'eus pas le temps de réaliser davantage l'horreur de la situation : il s'empressa de m'appliquer sur le visage un grand mouchoir imbibé d'éther. Plus tard je me réveille dans mon lit à moi, attachée avec des ceintures de pantalon de mon père reliées à des bandes velpeau passant sous le matelas. Je souffre horriblement, mes jambes sont maintenues écartées pour la cicatrisatin.

Plus d'une fois je perds connaissance complètement dépassée par la terreur et la douleur « je n'en plus, je veux mourir, je veux partir... » Lors de retours à la conscience, je réalise que pour faire mes besoins, il me place un récipient sous les fesses. L'horreur encore lorsqu'une autre fois, je le découvris au pied de mon lit, la paire de ciseaux à la main me disant pour calmer mon effroi (car sur le moment, je croyais qu'il voulait me tuer ou me découper) : « je vais couper les fils de nylon (fil de pêche) » . Une autre fois, (peut-être un soir car les volets de la chambre étaient restés fermés), alos qu'il était rentré du laboratoire d'usine où il travaillait à l'époque quelques mois seulement, il était là planté au pied du lit, content de me montrer un paquet « j'ai un produit antibiotique du laboratoire pour lutter contre l'infection ».

Bref, l'horreur à son comble. Et les jours suivants, et ma vie ensuite au sein de la famille, n'en parlons pas... je suis demeurée intérieurement dans un état de terreur figée, de stupeur, de choc, je ne vivais plus, j'étais en dehors de mon moi, je ne sais où, j'ai plongé dans un état bizarroïde quasi psychotique, devant me raccrocher à je ne sais quoi de toutes mes forces pour ne pas basculer dans la folie dès que j'assistais à des scènes violentes dans la vie, à la télé, au cinéma, etc... J'étais croyante, j'avais le sourire intérieur en pensant que Dieu me protégeait et me protègerait toujours. N'ayant plus de capacité mnésique pour quoi que ce soit, je souffrais à l'école puis perdis pied ensuite pour tout apprentissage dans la vie.

Tentative de suicide. Je ne dépassais d'une certaine manière en fait l'âge de 7ans. Ne parlons pas des scènes étranges avec le premier garçon connu puis d'autres. J'ai eu ma fille vers 20ans, que je n'ai pas pu élever. Pour ma fille, surtout à partir du moment où ma fille a eu 6ans tandis que des émotions fortes commencèrent à m'ébranler intérieurement, mon inconscient a fait pression sur moi pour que j'y voie clair, une pression tellement éprouvante qu'elle faisait vaciller mon équilibre. Mais il fallait que cela sorte malgré ce risque énorme de basculer définitivement. Il fallait que je prenne le risque, poussée par l'inconscient, pour ma fille, pour la protéger éventuellement avant qu'il ne soit trop tard. : je me suis retrouvée de plus en plus incapable de travailler et de sortir de chez moi et finalement je me suis retrouvée à la rue.

J'avais commencé à balbutier chez un psychiatre des bribes de flashes revenus tout en le regardant avec la peur panique qu'il me prenne pour une folle d'autant que les flashes me revenaient en sens contraire et que moi-même cela accroissait ma frayeur car je ne réalisais pas ce qui était entrain de se réaliser et finalement le retour à la réalité me provoqua un choc inouï. Tentative de suicide. Début d'une série d'hospitalisations. Je reprenais ma vie intérieure là où elle s'était arrêtée : un décalage trop énorme. Il m'a fallu de très très longs mois pour émerger au moins un peu de cet énorme choc du retour à la vie.

Puis lorsque j'en ai eu un petit peu la capacité, j'ai pu être soulagée pour ma fille lorsque j'ai pu réussir à lui poser adroitement une question. Mais entre-temps je n'avais pas pu la récupérer et l'élever. Elle s'était même très rapprochée affectivement de ses grands parents qui la convainquirent que depuis l'enfance j'étais malade, et que maintenant j'inventais quand je parlais de viol. De toute façon je l'étais malade alors je n'étais pas en position d'être crue. Depuis le décès de son grand-père, ma fille s'est éloignée de moi.

Il me fallut plus de dix ans pour me recontruire seule après la révélation. Aujourd'hui je suis au début cinquantaine et c'est la première fois que peux écrire le drame.

Aujourd'hui, toujours pensionnée je veille sur mon mari pensionné aussi et qui heureusement a besoin de moi sinon je ne pourrais pas continuer seule entre mes quatre murs avec cet enfer. Mais voilà que je suffoque à nouveau, bientôt l'âge de la retraite, et là les revenus baisseront, que deviendrais-je moi qui voulait faire des études, faire une carrière dans l'écriture et les arts gaphiques : je viens de prendre conscience de tout cela car avant j'étais trop assommée pour voir clair sur mes choix et mes capacités. Et mon cerveau avait d'autres priorités. J'ai souffert trop longtemps de ce décalage que je ne comprenais pas, trop souffert. J'ai connu trop de moments difficiles sur tous les plans.

Aujourd'hui, j'ai besoin de changer une dernière fois de logement, besoin d'avoir un logement un peu plus grand pour avoir une pièce bureau-atelier pour travailler jour et nuit à l' écriture et certaines formes d'arts pour évacuer, respirer, reculer les murs de l'horreur. J'ai peur de l'étau qui se resserre à nouveau, peur à cause de l'appauvrissement plus dramatique à l'âge de la retraite tout proche, dans si peu de temps, peur à nouveau de devoir bloquer mes capacités qui commençaient à s'épanouir en me libérant un peu en ce début cinquantaine. Maintenant plus que jamais j'ai besoin, un besoin vital, rééquilibrant, que mon potentiel explose, une course folle contre la montre pour rattraper un peu le temps perdu sans existence, pour ne pas finir folle.

Et jai besoin d'écrire ma vie sous pseudo, mais existe-t-il un éditeur qui puisse recueillir toute ma vie sous pseudo en ayant la garantie que cela restera sous pseudo. C'est à travers des cas comme le mien que l'on se rend compte que de toute façon les lois ne sont pas faites pour ceux qui en ont le plus besoin.

L'étalage des malheurs, la haine, c'est pas mon truc même si parfois j'ai haï. Je souffre d'avoir perdu mon papa que j'adorais enfant avant le drame. Je souffre de n'avoir pu savoir comprendre le pourquoi. Je souffre de devoir laisser en suspens cette question « y-a-t-il eu d'autres victimes ? » Je souffre de voir cette société plus prompte à dépenser sa grande et belle énergie à juger à comdamner plutôt qu'à oeuvrer intelligemment en prévention à tous les niveaux. Si mon père a basculé, sans doute qu'il avait besoin d'aide bien avant. Mais j'ai l'impression de vivre dans un monde complètement kafkaïen : d'un côté le secours ou le jet de pierres illico pour des situations de détresses ou de crimes, de l'autre le couvercle bien appuyé sur des réalités et des souffrances qu'on préfère ne pas voir ou entendre.

C'est incroyable, c'est la première fois que j'ai vraiment réussi à bien écrire le drame, la première fois que je ne suis pas terrorisée en osant relire mon drame à moi, en m'acceptant avec cette horreur. Un témoignage très choc pardonnez-moi.

Nous en parlons
N
newvie
Publié le 19.02.2010
Inscrit il y a 11 ans / Actif / Membre

merci à toi et bravo
j'ai 35 ans mais je me retrouve tant dans ce que tu décris
j'aime à croire que ce qui est important n'est pas le parcours mais l'arrivée
alors continue à écrire, à sortir tout ce qui est au fond de toi
puis prends ta revanche en faisant pour toi sans te juger sévèrement.
la somme des petits bonheur construit nos sourires qui font l'effet d'un rayon de soleil ...

courage à toi
continue
ne regarde pas ce que tu n'as pas fait, admire ce que tu fais !

newvie

A
Anne_
Publié le 12.02.2010
Inscrit il y a 11 ans / Actif / Adhérent

déposer le passer
construire un présent et un futur qui ne soient pas solidaires du passé
ça doit être possible : il faut y croire !

parole poignante exprimant la cruauté de ce père écoeurant

douceur et apaisement, de tout mon coeur !