Une étude met en évidence l'impact intergénérationnel des violences physiques et sexuelles

Témoignages Publié le 07.10.2019

 

 

Le journal scientifique The Lancet a publié les résultats d’une étude inédite sur les impacts intergénérationnels de la violence, ici relayée par l’AIVI. L’objectif de cette enquête est double : étudier le lien entre l’exposition des mères à la violence (dans l’enfance aussi bien qu’auprès de leur compagnon à l’âge adulte) et leur santé mentale et physique après l’accouchement, mais aussi analyser la mesure dans laquelle l’exposition à la violence dans l’enfance et/ou conjugale de la mère sont associées aux difficultés affectives et comportementales de leur(s) enfant(s).

Si plusieurs études s’intéressent à la violence subie de façon individuelle, peu d’entre elles ont la capacité d’explorer les influences intergénérationnelles. À ce jour, les recherches ont en effet principalement porté sur la compréhension des résultats pour la santé des enfants exposés à la violence dans le couple, sans  prendre en compte les antécédents de violence et de santé mentale des femmes qui en sont victimes.  Cela permet pourtant de faciliter davantage l'identification de facteurs susceptibles de faire l'objet d'une intervention et de nécessiter la mise en place d'approches de prévention adaptées aux femmes et aux enfants, afin de réduire les conséquences de la violence familiale entre générations.

Sur les 1507 femmes australiennes suivies jusqu’à quatre ans après leur accouchement dans le cadre de l’étude, deux femmes sur cinq (41 %) ont déclaré avoir été victimes de violence dans leur enfance, et près d’une sur trois (29 %) a déclaré avoir été victime de VPI (Violence du Partenaire Intime).

Les femmes qui ont déclaré avoir été victimes de violence physique et sexuelle au cours de leur enfance présentaient une probabilité 2 à 4 fois plus grande de présenter une mauvaise santé physique et mentale, des symptômes dépressifs ou une anxiété durant la grossesse et les quatre premières années post-partum par rapport aux femmes ne signalant pas de violence. Elles avaient également considérablement plus de risques de subir de la violence de la part de leur partenaire intime une fois adulte.

Les femmes qui ont déclaré être victime de violence conjugale et celles qui ont déclaré à la fois avoir subi des violences conjugales et avoir des antécédents de maltraitance dans l'enfance étaient 2 à 7 fois plus susceptibles de présenter une mauvaise santé physique et mentale à chaque instant de la maternité (grossesse, accouchement, premières années de l’enfant) que les femmes ne signalant pas de violence.

Chez l’enfant, toutes les expositions à la violence étaient associées à une probabilité plus élevée de difficultés émotionnelles et / ou comportementales à quatre ans. Par exemple, les enfants de mères ayant été victimes d'abus physique et sexuel dans leur propre enfance avaient trois fois plus de risques de problèmes émotionnels et / ou comportementaux que les enfants de mères ne signalant pas d'abus dans leur enfance.

Les enfants exposés à la violence conjugale au cours de leur première ou de leur quatrième année de vie avaient 2 à 4 fois plus de risques de difficultés que les enfants non exposés à la violence conjugale.

Les enfants de mères qui ont déclaré avoir une santé mentale ou physique médiocre présentaient également un risque plus élevé de difficultés émotionnelles et / ou comportementales.

Les conclusions de l’étude mettent donc en lumière les impacts multiformes et intergénérationnels de la violence familiale et les influences complexes entre la santé maternelle et infantile tout au long de la vie.

Elles sont probablement applicables à la population mondiale plus large dans les pays à revenu élevé, où il existe déjà des preuves de l'accumulation de risques et de résultats médiocres pour la santé, tant au sein des familles que des communautés.

Prévenir les effets à long terme de la violence sur la santé des enfants reste une priorité de santé publique internationale : bien que les estimations de la prévalence varient, il est estimé qu’un enfant sur quatre dans les pays à revenu élevé est exposé à la violence conjugale.

Par  Aude Maireau

Source : The Lancet Intergenerational Impacts of Family Violence - Mothers and Children in a Large Prospective Pregnancy Cohort Study

Open Access Published:August 18, 2019DOI:https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2019.08.008