Vie abîmée

Témoignages Publié le 16.05.2022

Je suis une femme de 51 ans, et je souhaite partager mon vécu traumatique lié à différents abus sexuels durant mon enfance.

Encore aujourd'hui je doute de ce que j'ai vécu mais, psychiatres, psychothérapeutes m'affirment que c'est du vécu. Je m'explique : depuis toujours j'ai en moi des images de viols quand j'avais environ 7 ou 8 ans, dans un endroit précis (qui objectivement ne peut pas être celui-ci), avec un cousin de 15/16 ans. Je me rappelle avoir été également victimes d'attouchements de la part d'un employé de mes parents, à peu près à la même époque. Mes parents travaillaient énormément, et j'étais souvent livrée à moi-même ou gardée par des membres de ma famille. (grand-parents, tante). Ces images, réelles ou non, m'ont "marquée au fer rouge", et je n'ai réussi qu'à les dévoiler à ma mère par lettre à l'âge de 37 ans. Elle est venue me voir et m'a dit que ce que je disais ne pouvait pas être réel, surtout le lieu que je lui décrivais. On a cessé d'en parler, et je me suis "coupée" d'eux plusieurs années. Lorsque l'on a renoué, elle m'a dit que ce que je raconte de mon cousin aurait pu se passer chez ma tante chez qui j'allais parfois, mais je ne me souviens pas de ce contexte-là. Je me rappelle avoir été violée par lui dans une maison qu'avaient achetée mes parents pour la mettre en location, ce qui est effectivement très improbable. Mais depuis enfant, j'ai ces images-là, c'est en moi et pourtant je doute toujours.

Le résultat est que je n'aurais jamais pu porter plainte et que ce cousin, si je devais le revoir, je serais apeurée et incapable de le regarder en face. En outre, j'ai vécu, assez tôt (10 ans), de l'angoisse qui perdure aujourd'hui encore avec un syndrome dépressif non soulagé par les antidépresseurs. J'ai pourtant réussi à travailler (dans un supermarché), à me reconvertir, j'ai passé à 32 ans sans problème, le concours accédant aux études d'infirmière et diplômée en 2005 à 35 ans. Depuis, je suis en poste en psychiatrie adulte. Néanmoins, depuis 2013, j'ai commencé à cumuler les arrêts de travail pour épuisement avec des douleurs physiques accentuées par ces angoisses.

Depuis décembre 2017, je ne travaille plus, (congé longue durée). De plus, suite aux séances avec mon psychiatre, des écrits que je lui ai fournis, il a émis la possibilité que je sois personnalité Asperger. Nous avons travaillé, j'ai réalisé différents tests, et pour lui j'ai cette "particularité", (que j'appellerais plutôt un handicap au quotidien). Je commence alors à comprendre et à reconnaître beaucoup de moi, femme caméléon, émotions différentes, sensations également et surtout l'impression d'être toujours "à l'inverse" des autres. Je ne comprends pas les codes de la société même si je m'y suis toujours conformée, au prix de cet épuisement qui empêche une vie professionnelle, limite énormément ma vie sociale... Je commence enfin à m'écouter, ne pas trop culpabiliser, par rapport à mon entourage. Je comprends aussi pourquoi tant d'antidépresseurs ne m'ont pas aidée à me sentir mieux. Ce "résumé" n'est qu'un condensé de ce qu'est et a été ma vie, là je pense que je pourrais écrire un livre.