Comment nous arrivons au chiffre de 1 Français sur 10 victime d’inceste

Dossiers Publié le 29.04.2022

Face à l’inceste est à l’initiative de trois grands sondages pour tenter d’approcher la réalité vertigineuse des chiffres de l’inceste en France. Le dernier indique qu’un enfant sur dix en a été victime en 2020. Tandis que nous réfléchissons à commander un nouveau sondage, voici un rappel de notre méthodologie.

En 2009, selon notre premier sondage téléphonique réalisé par Ipsos, 2 millions de Français déclaraient être victime d’inceste. En 2015, nous renouvelions le même sondage par internet avec Harris Interactive : 4 millions de Français révélaient avoir subi l’inceste. Nous savions que ce chiffre était encore sous-estimé. Après la vague #Metoo, nous voulions connaître le nouveau chiffre de l’inceste en France : ainsi, notre dernier sondage Ipsos de 2020 indique quelque 6,7 millions de victimes, soit 1 Français sur 10.

Comment détermine-t-on ce chiffre ?

Ces sondages s’appuient sur un échantillon représentatif (sexe, âge, catégories d’agglomération) de la population française âgée de 18 ans et plus : 931 personnes interrogées par téléphone en 2009, 929 personnes questionnées par Internet en 2015 et 1 033 personnes en 2020.

À chaque fois, nous commençons par leur demander s’ils connaissent une personne de leur entourage qui a été victime d’inceste (26 % d’affirmative en 2009, 27 % en 2015, 32 % en 2020), puis nous leur demandons de préciser de qui il s’agit et notamment si cette personne, c’est « vous-même ». Ainsi, l’on peut déterminer la proportion de victimes dans la population française : 3 % en 2009 (2 millions), 6 % en 2015 (soit 4 millions), 10 % en 2020 (soit 6,7 millions).

Pourquoi ce chiffre est encore sous-estimé

À chaque sondage, l’on note que de plus en plus de Français se déclarent victimes et donc nous nous rapprochons du chiffre réel de l’ampleur de ce fléau de santé publique. Cependant, nous savons qu’il est toujours sous-estimé, puisque de nombreuses victimes sont encore dans le déni. Il y a aussi toutes les personnes qui se suicident et de ce fait ne témoigneront jamais. Par ailleurs, beaucoup n’en parlent pas ou à peu de proches, ce qui limite la portée du nombre de personnes qui connaissent une victime. Si toutes les victimes parlaient à tout leur entourage, l’on approcherait probablement de 100 %... Quoi qu’il en soit, la méthode de sondage par Internet nous semble plus appropriée car elle permet aux victimes de davantage s’exprimer, sans peur de parler au téléphone auprès d'autres personnes à qui elle n’aurait pas dévoilé l’inceste.

Ce que nous demandons aux pouvoirs publics

Face à l’inceste demande que l’inceste et les violences sexuelles sur mineurs soient inclus dans l’enquête de victimisation annuelle Cadre de Vie et Sécurité de l’Insee. Sans ces chiffres, il ne peut y avoir de prise de conscience globale et de politique de santé publique adaptée. Cette demande fait partie de nos 30 mesures pour éradiquer l’inceste.