Tout d'abord, merci de me lire. C'est un cri du cœur pour que les tabous n'existent plus.
Comme vous pouvez vous en douter, je suis une survivante ! Oui, une survivante de l'inceste de part les actes de mon frère aîné (10 ans de plus que moi) quand j'avais entre 6 et 11 ans. J'ai eu une amnésie traumatique et me suis réveillée à mes 23 ans dans un état de désarroi et de souffrance extrême. J'ai tout révélé et comme beaucoup de personnes ayant dû affronter ces faits, je suis tombée sur une famille qui n'a pas bien pris la chose du tout, en me discréditant et en protégeant celui qui m'avait mis volontairement dans cette situation. Encore aujourd'hui, ce tabou et ce refus d'acceptation sont au cœur de notre société.
Je cherche à me reconstruire depuis des années. Je cherche à me retrouver un petit cocon familial (mari, enfants, mais aussi amis) que j'aurais créé afin de retrouver confiance aux autres, confiance en la vie et en l'être humain quoi qu'il arrive. Coté mari et enfants, je pense être sur le bon chemin (même si bien sûr je sais que tout peut arriver et pas que du bon !) Par contre, coté amis : que c'est dur ! Le nombre de personnes qui se disent ouvertes, tolérantes, à l'écoute ou même totalement outrées par ce sujet et qui se pensent battantes, prêtes à tout pour défendre la victime mais qui, lorsqu'on leur dit notre passé, s'éloignent de plus en plus pour ne plus revenir au final, ou carrément disparaissent directement ! Désormais, je le vois sur leur visage quand j'ose leur dire : d'abord, un visage sans réaction car ils n'ont pas vraiment écouté, ensuite une prise de conscience des mots puis un regard d'appréhension voire de panique pour enfin lancer une petite phrase pas forcément très pertinente. Après, je ne leur en veux pas de ce manque de pertinence. Nous sommes tous ou presque à minimiser les choses ou à ne pas savoir trop quoi répondre à ce genre d'informations. C'est normal et humain. Ce qui est beaucoup plus dur c'est le résultat de cette révélation : la fuite, le rejet, le déni !
Alors je vais vous poser une question simple et je vais essayer d'y répondre tout aussi simplement : Croyez-vous que nous l'avons voulu ? Mon frère m'a mise dans cette situation malgré moi. Je ne savais même pas que c'était possible, à 6 ans, vous vous rendez compte ? On est complètement à l'ouest à 6 ans. Et même après d'ailleurs, car on est choqué, traumatisé. Ce n'est pas qu'un pansement, qu'un petit mouchoir que l'on met pour cacher notre plaie. Et, pour ma part, comme pour d'autres, ça recommence plus ou moins rapidement, plus ou moins différemment. Et à chaque fois, on y croit pas. Jusqu'au jour où on sature, on prend conscience de la gravité des faits de part notre dégout (de nous-même ou de l'autre) et on dit STOP ! Mais on ne dit pas STOP comme tout le monde car il y a une famille qui semble aimante et sur laquelle on ne doit pas se défaire car on prend vite conscience que si le STOP est trop fort, on va finir à la rue dans une souffrance telle que plus rien ne pourra nous sauver. Car oui, nous aussi, même si on est tombé dans une famille catastrophique, on a des rêves de petite fille fleur bleue où notre vie deviendra plus belle que ce que nous vivons à l'instant présent.
J'ai été VICTIME de mon frère et ne suis en aucun cas responsable de ses actes. Mes parents sont responsables des actes de mon frère car ils ne lui ont jamais posé de bonne limite sur ce sujet mais ils ne sont pas coupables. Le coupable n'est autre que mon frère. C'est lui seul qui l'est et pourtant, ce n'est pas lui qui a double peine ! A cause de ses actes à lui, je n'ai plus mes nièces, plus mes parents, plus mes cousines ni mes tantes car la famille a explosé en vol. Je vais vous dire, je suis responsable d'avoir parlé, d'avoir voulu vivre au lieu de me suicider quand les émotions de ce constat étaient trop fortes. Je me sens responsable d'actes que je n'ai pas voulu, qui sont arrivés quand je n'avais que 6 ans et donc pas conscience que cela pouvait exister. J'ai tout stoppé grâce à mes propres moyens (je vous passerai les détails sordides de cette situation) pour lui faire prendre conscience à lui que c'était terminé, et pas acceptable, à seulement 11 ans ! J'ai voulu vivre ! Et j'ai quoi en retour ? des personnes qui fuient, qui me rejettent encore pour un acte que je n'ai pas commis. Il m'a salie et vous me montrez à chaque réaction de ce genre qu'il continue alors que j'ai dit non à 11 ans seulement ! Juste parce que vous avez peur et que vous préférez ne pas voir, ne pas comprendre, ne pas prendre en compte : être dans le déni ! Comme si j'étais une pestiférée.
Sachez que l'inceste n'est pas contagieux et que plus vous serez proche de cette réalité plus vous verrez les risques avant que les actes n'arrivent. Plus vous êtes dans le déni de cet acte, plus vous vous y soumettrez vous et vos enfants. J'ai eu ce problème avec mon frère alors que ma propre mère avait subi les mêmes faits dans son enfance et qu'elle n'a pas voulu parler. Elle se donnait "un coup de pied au cul", comme elle disait, quand ça n'allait pas, et a toujours préféré faire comme si rien ne s'était passé et donc ne rien dire, ne rien voir, ignorer les alertes. Ne pas m'informer, ne pas l'informer pour que nous sachions que nous devions parler si cela arrivait. C'est le déni qui a tué notre famille. Ce n'est pas moi et mon besoin de parler pour ne plus crever de l'intérieur qui a tué ma famille, c'est le déni, l'obscurantisme et les actes de mon frère qui a été mal averti de ses droits et non-droits !
Alors, oui ça fait peur, oui c'est dur de faire face à ces faits. Mais rappelez-vous que pour le moment, ce n'est pas vous qui l'avez vécu, c'est moi, c'est eux mais pas forcément vous (je dis ça bien sûr pour ceux qui ne sont pas touchés par l'inceste). Vos réactions de fuite risquent cependant de vous mettre face à ce pronlème plus rapidement que vous ne le croyez car non, ça n'arrive pas qu'aux autres ! Et enfin, sachez que vos réactions de fuite et de rejet envers ma personne me font une double peine ! Je ne suis pas la peste ou le choléra, je ne suis pas contagieuse et j'ai un cœur, un vrai bien plus gros que celui qui, lui, est toujours entouré et n'a pas changé ses habitudes avec sa famille ou ses amis. De plus, je suis honnête, sincère dans mes sentiments, et serai présente et au front lorsque vous aurez besoin que j'y sois car je suis une SURVIVANTE et que malgré votre rejet et votre déni, je survivrai encore et toujours même si vous avez envie de me voir disparaitre. Continuez à vivre dans votre petite bulle ignorante. Je croise très fortement les doigts pour que vous ne soyez jamais confronté à cette atrocité de la vie, car j'ai tellement d'empathie que je ne voudrais même pas le faire subir à mon pire ennemi.
Merci de m'avoir écoutée. J'espère avoir été comprise : n'ayez pas peur des SURVIVANTS, ils sont plus humains que vous ne le pensez et sauront vous soutenir. Si cela peut éveiller les consciences... alors j'aurai fait de cette saloperie quelques chose de beau !