Incestes multiples, et le dire ou pas, dilemne ?

Témoignage Publié le 02.10.2021

J'ai aujourd'hui 35 ans, j'ai vécu de l'inceste pendant ma jeunesse, de la part de mon grand-père maternel et de mon cousin côté maternel.

Mes parents m'avaient posé la question quand j'étais petite, s'il y avait eu quelque chose, j'ai "respecté" le fait demandé de ne pas dire, j'ai mis ça de côté et s'est revenu avec le temps. En fait, ça a commencé vers 5-6 ans et ça s'est fini à 18 ans, quand j'ai enfin pris confiance en moi et que je me suis rendue compte que je méritais de pouvoir m'aimer et ressentir du plaisir au grand jour. Parce que c'est ça l’ambiguïté, dans certaines situations j'ai pu ressentir du plaisir, dans d'autres ce qui s'est passé est un viol tout simplement. Ce qui pour mon cousin était un jeu entre enfants est devenu un abus quand lui a été plus âgé et a continué, dans son déni de l'interdit de la situation. Il avait voulu m'embrasser le jour de l'enterrement de mon grand-père en question, j'avais 18 ans et demi, ça m'avait choquée ce comportement.

Je lui ai écrit à ce cousin, en ne demandant pas de réponse mais en en attendant une en fait... Une partie de moi attend des excuses, une autre a envie d'être reconnue comme survivante et de s'en libérer en révélant tout à ma famille. Mon compagnon est au courant et me soutient quelque que soit ma démarche. Je ne sais pas si le dire changerait quelque chose ; je suis actuellement en arrêt pour dépression et épuisement professionnel et chacun côté famille maternelle commence à y mettre son grain de sel, alors que je ne demande rien. C'est certes un cumul, mais pour l'instant j'ai la sensation que leur dire que j'ai vécu de l'inceste me placerait en victime et en mode "il aurait fallu faire ça ou ça", et je n'en ai aucune envie. Je sais que d'avoir vécu ça n'est en aucun cas mon identité mais que d'être accompagnée par un professionnel de santé permet de déminer le terrain, et d'éviter le trop plein que je vis actuellement.

Mon témoignage est peut-être brouillon et je constate que j'ai encore des nœuds à défaire et des loyautés à lâcher pour être de nouveau sereine et apaisée. Ma conclusion est celle-ci : quoi que vous fassiez, faites-le pour vous, et pour protéger d'autres enfants, mais ce que vous faites de votre vie après, ça ne regarde que vous et vous avez droit au bonheur quoi que qui que ce soit ait pu vous dire.