Incestuel mère-fille.

Témoignage Publié le 14.08.2025

Bonjour, je voudrais témoigner de mon vécu.

J'aimais tellement ma mère quand j'étais enfant. On était très proches, très fusionnelles. Elle me disait, et les gens autour, que j'étais comme une petite-elle. Alors pourquoi, à l'adolescence, a-t-elle commencé à me dégoûter autant ? Je devais me retenir de la détester. Je ne supportais plus sa voix, son visage, ce qu'elle faisait à manger, j'avais constamment envie de l'insulter, de lui dire "mais qu'est-ce que t'es moche, conne, et conne, et tellement conne". Je me retenais et à l'intérieur il n'y avait plus que de la culpabilité, aussitôt les pulsions violentes calmées. Je me dis : pourquoi suis-je comme ça avec elle ? Elle ne le mérite pas, elle souffre tellement, elle travaille tellement, elle est tellement gentille et aimante. Je ne comprends pas, jusqu'à ce qu'une amie me dise que son père lui a touché les seins quelques années auparavant. Je lui dit alors : "je suis là pour toi, je comprends, puis je me reprends en disant : enfin non, je ne peux pas vraiment comprendre car je ne l'ai pas vécu mais en tout cas je suis là".

Et c'est là que j'y repense. Cette nuit-là de vacances où on dormait dans le même lit, quand j'avais 14 ans. Mon frère quant à lui avait sa propre chambre. Je me rappelle de sa main sur mon sein naissant. Je me rappelle avoir gelé, tout mon corps devenu pierre, mes pensées qui se bousculent, je me demande si c'est de l'inceste, si c'est une agression, mais non, elle ne fait pas exprès, c'est moi qui lui ai demandé un guili, et puis elle lit le journal, elle ne se rend pas compte d'où est ce que sa main est posée, je suis juste parano, mais pourquoi je n'arrive pas à bouger ? À lui dire stop ? À ce moment, une fois m'être souvenue, je comprends un peu plus ma colère envers elle. Mais reste une question : ai-je le droit de m'être sentie agressée, si elle ne se rendait pas compte ? Peut-on être victime sans bourreau ? Pourquoi je me sens si mal ?

En remettant tous les fils à leur place j'ai pu retricoter cette histoire qui m'a tant fait pleurer. Chaque vacance, nous dormions dans le même lit. Sauf quand elle avait un copain. Mon frère avait toujours son lit ou même sa chambre. Le matin, en me réveillant, je la voyais encore endormie et parfois sa chemise de nuit était remontée, et j'ai cette image de son sexe sans culotte, tellement indécente, qui me brûle les yeux, qui m'enduit de cet épaisse glue noire que j'ai tant de mal à nettoyer. Chaque douche que je prenais, elle pouvait à tout moment faire irruption, pour me parler en me regardant, pour aller aux toilettes, peu importe. Il n'y avait pas de verrou, même imaginaire. Pareil dans ma chambre. Mon frère avait le droit à quelque toquements à la porte, moi c'était une irruption dans ma chambre, que je sois en train de m'endormir, pour me dire quelque chose, ou quand je m'habille, parfois je suis encore nue. Quand je lui dit qu'elle pourrait toquer elle prend un air de coupable, "oui, pardon !" mais ce n'est jamais suivi d'actes.

Comme quand je lui dis de retirer sa main de ma cuisse dans le bus et qu'elle réitère le lendemain comme si je n'avais rien dit. Il y a ce jour où je sèche mes cheveux et ma serviette est un peu tombée, on voit mon dos et la naissance de mes fesses. Elle me prend en photo cette grosse conne, je la hais, je lui dit de supprimer, elle dit que ce sera juste pour elle, que je suis tellement belle. Quand je commence à dire non, elle boude, ma fille ne veut plus me toucher, elle en parle à des amis devant moi, elle se plaint que je ne veuille pas dormir avec elle, que ça embête tout le monde en vacances, que c'est plus pratique. Elle me fait des calins par surprise alors qu'elle voit bien que je sursaute et m'en défait à chaque fois.

Alors je pars de chez elle pour toujours. Je la déteste encore car j'aimerais tellement avoir une maman. Une maman pour moi, c'est une mère qu'on aime, moi ma mère je la déteste, elle n'est plus ma maman depuis longtemps, depuis qu'elle a décidé de ne pas écouter mes refus, ma gêne, de ne pas me respecter en somme. Aujourd'hui je ne vais toujours pas mieux, je sens que si j'arrêtais mes médicaments tout se casserait la figure à nouveau : la dissociation permanente, les pensées intrusives, les frissons quand je me rends compte que je ne sens plus mon corps, les tocs, l'anxiété qui me fait vomir de douleur, les larmes aux yeux toute la journée. Et la culpabilité. Merci à mon père et mes amis qui ont su m'accompagner dans cette épreuve.