Reveil de mémoire traumatique plus de 43 après les faits

Témoignages Publié le 08.01.2021

Je pensais avoir eu une enfance à peu près normale... A coté de cela, j'avais quelques souvenirs étranges qui revenaient en boucle. - Une lettre que j'avais écrite à ma mère avec juste ces mots : "pourquoi tu ne m'aimes pas".

L’image d’une petite fille seule gisant sur le carrelage d’une chambre en train de pleurer. Je me voyais petite, serrer très fort mon ours en peluche la nuit. C'est tout. Je ne savais pas qu’il s’agissait de souvenirs lointains de viols que j’avais subis de la part de mon père la nuit. J'ai tout oublié, les médecins parlent d'amnésie traumatique.

Le 30 juillet 2018, j’ai 48 ans, lors d’une séance de thérapie, les images s’entrechoquent, je me vois petite violée par mon père, je ressens tout, je vois tout. Le choc. Quelques séances plus tard, je me vois petite, dire à ma mère ce qu’il me fait la nuit. Je me souviens de ses yeux noirs, sa terreur, sa colère. Je la vois se jeter sur moi, me frapper encore et encore, me demandant de me taire. J’ai 48 ans, je suis dans le cabinet de ma thérapeute, je revis la scène à l’identique, je sens même les coups de ma mère dans le dos. Puis, je me vois allongée sur le sol, elle est partie, elle m’a laissée seule dans ma petite chambre, je pleure, je suis terrorisée. Lors d’une autre séance, je me vois petite. Je suis en train de tendre un petit papier plié en 4 à ma mère. Il est écrit 6 mots : « Pourquoi tu ne m’aimes pas ».

Toute ma vie se remet dans l’ordre, je comprends tout. Un réveil de mémoire traumatique ressemble à un tsunami. Lorsque l’on découvre la vérité, on ressent un énorme soulagement, la découverte de la vérité fut libératoire pour moi (c’est le moment ou la mer se retire) et puis les vagues emportent tout sur leurs passages. J’ai pensé que j’allais mourir de douleur. Mon cœur s’est brisé. Mes parents ne sont pas ceux qu’ils disent être. Ce sont des monstres, leurs sourires cachent l’horreur, mais personne ne le voit, ils vivent comme si tout était normal. À partir du moment ou la vérité a fait surface, mon corps s’est mis à trembler. Le jour et la nuit. Souvent je me réveillais en pleine nuit et je courais pour aller vomir. Mon corps cherchait à faire sortir un mal être caché depuis tant d'années.

Depuis 2012, je faisais des séances de thérapie suite à un burn out foudroyant et ensuite à des cauchemars terrifiants. Mon corps tentait de me parler. J’ai mis 6 ans à comprendre ce qu’il voulait me dire. L’Emdr m’a guérie, je peux le dire aujourd’hui. Ma thérapeute était très compétente et très bienveillante. Elle m’a reconnecté à la vie, a soigné mes peurs et pansé mes plaies. J’ai essayé d’autres thérapies, certaines m’ont aidée, d’autres ont tenté de me détruire à nouveau. J’ai fait des séances de T.R.E. suite à la lecture d’un livre. J’ai découvert qu’il était possible de faire trembler son corps sur commande afin de libérer les tensions accumulées. Mais la thérapeute ne maitrisait pas du tout la technique. Lors de 2 séances, les tremblements étaient si forts que j’ai revécu les viols, elle n'a pas arrêté la séance. Je suis sortie de son cabinet allégée de 80€ et terrorisée, incapable de rentrer chez moi. J’ai aussi essayé un magnétiseur de renommé qui joua sur son téléphone portable pendant qu’il faisait « soit disant » une séance d’hypnose. Heureusement, j’ai la chance d’être très bien entourée. J’ai un médecin qui me suit régulièrement, très à l’écoute. J’ai un mari bienveillant avec qui je parle et j’échange. On cherche ensemble des solutions, il m’a aidée à traverser l’horreur, m'entourant de tout son amour les jours ou je défaillais. J’ai de très bonnes relations avec mes filles, ce qui m’apaise beaucoup et me fait aimer ma vie d’aujourd’hui.

Ce qui me désole, c’est qu’il n’y a aucun protocole de guérison lorsque l’on découvre que l’on a été violée. On doit se débrouiller seule, on doit financer ses séances non remboursées par la sécu. J’ai eu la chance de pouvoir financer mon mal être, d’avoir la force de me débarrasser de toute cette horreur, mais au prix d’efforts énormes, d’une volonté sans faille, et d’une envie tenaillée au ventre de ne pas me laisser détruire par ces monstres. Je ne voulais pas qu'ils aient aujourd'hui encore ce pouvoir sur moi. Ils ont bousillé mon enfance, mais une chose est sure, il était hors de question qu'ils détruisent ma vie d’adulte, de femme, de mère. Je n’avais que cet objectif en tête lors de mon long chemin vers la guérison.