Souffrance silencieuse

Témoignages Publié le 07.07.2020

Souffrance silencieuse

La vingtaine approche pour moi, mais la douleur elle ne s'en va pas.

J'avais 6 ans, ça fait déjà 14 ans, mais pour moi c'est comme si c'était hier. Jusqu'à mes 10 ans j'ai dû vivre le cauchemar que beaucoup d'entre nous ont vécu. Un grand frère à l'apparence parfaite pour ma famille, mais un poison toxique pour moi. Pendant 4 ans, j'ai subit les désirs de mon grand frère qui ont commencés avec du chantage. Si je voulais quelque chose quand mes parents n'étaient pas là, il fallait que j'exécute ses demandes. Mon âme d'enfant a commencé à être salit. Et puis, ses désirs se sont agrandis. Il venait le soir dans ma chambre se glissait dans mes draps. J‘avais peur, je faisais toujours semblant de dormir, mes larmes coulaient dans le silence. Le temps s’arrêtait et je me sentais vide. Je ne comprenais pas pourquoi me faisait il ça. Pourquoi ? J'étais sa sœur. Les année passées, les désirs augmentaient, ça ne s’arrêtait jamais. Je devais accepter tout ce qu’il me demandait de lui faire ou qu’il désirait me faire, sous peine d’être frappée ou alors il me privait de télé, d’ordinateur, de jouer, il me privait de vivre. Il fallait que je supporte son corps sur le mien, ses doigts qui parcourraient mon corps d’enfant, et ses pénétrations qui m’ont condamnée à une douleur indescriptible.

Je vivais dans la peur, dans l’incompréhension, j’avais en permanence ce masque qui cachait mes troubles. Et arrivé 10 ans, le cm2, nous avions eu une conférence sur les dangers de l’alcool, de la drogue et du sexe. J’ai été bouleversée, je me sentais encore plus sale et humiliée qu’avant. J’avais enfin des mots qui se posaient sur les choses qu’il me faisait. J'étais devenu effrayée à l’idée d’être seule avec lui chez moi, et j’appréhendais les nouveaux soirs qui allaient arriver. Cette conférence m’avais ouvert les yeux, j’ai donc tout fait pour ne plus à avoir à vivre ça. Quand il s’approchait trop près de moi, je criais, je me disputais de plus en plus avec lui, je le détestais. Il venait de briser tout mes rêves d’enfant, il venait de salir mon innocence, de détruire mon corps, mais surtout ma vie. A partir de là, je me suis révoltée et il a mis un terme à ça et ne m'a plus jamais touchée.

Je ne savais pas que cela allait avoir des répercussions aussi grandes sur mon futur. J'étais devenue cette fille qui le détestait, qui ne le supportais plus mais qui devait subir sa présence à la maison. J’ai donc dû trouver des solutions. Elles ont été simples, j’allais donc tout le temps dormir chez mes copines. On disait de moi que j’avais pas de maison car j'étais tout le temps chez les autres. Je devais m’aider, sortir de ça, mais j'étais seule, j’en parlais à personne. Personne ne m’aurais comprise, et même crue. J'étais seule, tourmentée, sale, trahie, humiliée, j’étais entrain de tenter de remonter une pente immense seule.

Aujourd'hui, les répercutions sont encore plus grandes, je vis dans un corps qui me dégoûte, qui a été sali, que je n’aime pas, mais surtout qui me fait mal. J’ai tout le temps mal, dans chaque parole, chaque mot prononcé qui va me rappeler tout ça, la douleur s'intensifie. Et puis avec la douleur, s’ajoute la peur, la peur d‘aimer un homme, la peur d’avoir confiance au lit en un homme, la peur qu’on ait de l’emprise sur moi. Mes rêves sont devenus rares, mes objectifs se sont petit à petit éteins. C’est comme si je me battais contre moi même pour survivre, pour continuer à avancer. Mais à chaque fois c’est le retour à la case départ, le vide s’installe, le moral revient à zéro, plus de motivation, plus rien. Il aura brisé ma vie, brisé mes rêves d’enfant. Mais le plus dur c’est de se relever, alors qu’on a plus confiance, qu’on doit avancer seul, qu’on trouve pas de moyen à quoi se raccrocher pour vivre, la seul chose que j‘ai envie c'est d’avoir une autre douleur pour oublier ou du moins atténuer celle là.

Il m’a volé ma vie et je n’ai rien fait, je n’ai pas agi, je l’ai laissé gagner, je n’ai pas voulu entacher son image et ni voulu briser ma famille. J’ai décidé de souffrir seul dans l’espérance qu’il ne refera ça avec personne.

J’ai bientôt 20 ans, et je vis dans le silence avec ce poids qui me ronge un peu plus chaque jour et qui m’empêche d’avancer et de me construire une vie stable. Je vis en fonction de l’envie des autres, je vis pour satisfaire les autres, je me suis effacée. Je ne me préoccupe plus de moi, je me laisse survivre. Il aura fallut un homme pour me voler ma vie, pour me voler mon corps. J’espère un jour avoir enfin confiance en moi, mais surtout arrêter de vivre en fonction de ça, pouvoir le surmonter et avoir l’esprit en paix. Mon combat n’est pas terminé mais il est très dur à affronter. C’est pas facile d’écrire ces mots mais il faut s’en sortir, tout comme toutes celles et ceux qui ont vécu ça !