Témoignage-histoire plutôt longue, désolée

Témoignages Publié le 07.10.2012

Fotolia_164571_XSBonsoir, Je me suis décidée à écrire ce témoignage, comme quelqu'un qui lancerait une bouteille à la mer. J'ai actuellement 30 ans, et, vers l'âge de 9-10ans, j'ai été victime d'incestes de la part d'un de mes oncles (aujourd'hui décédé), mais aussi de mon grand-frère (5ans de plus que moi, toujours en vie et toujours chez mes parents).[ Je vous promets que je vais tenter de faire court et concis, même si ça n'est malheureusement pas une de mes qualités en général; j'espère néanmoins arriver à dire l'essentiel... bref, tant pis. ]. J'en ai déjà parlé à mes parents, ils sont donc au courant des abus depuis plusieurs années maintenant.

Réactions plutôt mitigées dirais-je, dans cette "famille".

- Mon père ? Réaction "convenable" de prime abord (s'est "énervé" concernant mon oncle), malheureusement cela ne l'a pas pour autant amené à "s'adoucir" pour faire preuve d'un peu plus d'empathie à mon égard. Et même si je ne vis plus chez eux depuis 2008. Oui, père toujours strict, froid, distant, absent, autoritaire, colérique, irrespectueux, exigeant, de mauvaise foi, démissionnaire. Bref, écoeurant. Au début, il voulait quand même mettre mon grand frère à la porte, mais quand ma mère est intervenue en disant que non, ce n'était pas la solution, elle ne voulait pas... Hé bien depuis, plus rien.

- Ma mère donc, en ce qui concerne mon oncle, elle s'est mise à pleurer, donc finalement c'est moi qui ait du la consoler !!!... Pour faire court, ce n'est pas moi qui lui en ai parlé en fait, (ni  pour mon père d'ailleurs), c'est en fait une "amie" à moi (fille d'amis à mes parents en réalité), à qui je l'avais confié, qui a pris l'initiative d'en parler à ses propres parents, qui en ont eux-même ensuite parlé avec mon père... Vous suivez ? Bref, j'en ai voulu à cette amie. Maintenant que ça fait plusieurs années, disons que je m'y suis faite. Pas trop le choix de toute évidence, non ? De toute façon, je ne la vois plus que rarement.

Quelques temps plus tard seulement, j'ai parlé de l'abus de mon frère à ma mère, qui m'a alors répondu que c'était "du passé", qu'il fallait "passer l'éponge" !.. Réaction désespéremment courante apparemment !

Depuis, nous en avons déjà reparlé. Suite à ma demande (!!...), elle a fini par s'excuser et a admis que c'était grave. Pour autant, il n'y a pas eu "plus de réactions" à ce jour, elle estimant toujours qu'elle ne peut pas le mettre à la porte, car peur qu'il devienne SDF. Texto.

Quand j'y repense, je me demande toujours, même si bien sûr je ne me le souhaite pas, comment je ferais et où j'irais vivre, si par malheur un jour, je n'arrive plus à assumer la location de mon studio !? Certainement pas chez mes parents du coup !!

- Ma seule grand-mère qu'il me reste (maternelle) n'est pas au courant. Ce n'est pas que je n'ai pas envie de lui en parler, mais l'histoire familiale étant tellement compliquée (et occultée, même par ma grand-mère !); de plus, c'est bête mais c'est comme ça, j'ai peur de sa réaction. Et elle est aujourd'hui plutôt âgée et perd la mémoire...  Et il y a aussi le fait que le reste de ma famille (parents+ petit frère+tante), aux dernières nouvelles, ne souhaitent pas l'en informer, "purement et simplement", comme on dit.

- Enfin, mon petit frère. Réaction choquante et tellement ambigüe en fait : il a commencé par minimiser lui aussi et, quand il a vu que je commencais à lui dire "non mais ça va pas non !? Mer**, c'est un crime ce que j'ai subi, c'est grave, ce ne sont pas que des petites "erreurs de jeunesse" je suis désolée !!"... Là, il s'est ravisé et m'a répondu "oui, c'est vrai que c'est grave... quelle famille de fou..." Mais, depuis, plus rien, on en a quasi jamais reparlé, sauf une fois, je lui ai dit que s'il se demandait pourquoi j'avais toujours du mal à faire ma vie professionnelle et sentimentale par ex, c'était en fait à cause des abus que j'avais subis petite...Je lui ai dit ça sur conseil d'une thérapeute, parce-que je lui avais confiée être très déçue et désemparée, notamment concernant la réaction de mon petit frère "chéri" (car on a toujours été super proches étant gamins). Sauf que vu comment et ce qu'il m'a répondu ce jour-là, je me demande encore dans quel monde je vis. Il a juste "grommellé" une réponse du genre "oui bein je sais" (je pense avec le recul que je l'avais juste dérangé alors qu'il regardait la télévision à ce moment-là ouais !!)...

Voilà...

Au jour d'aujourd'hui, ce soir, une fois de plus, je me sens seule, très seule.

Mais c'est plus que ça en fait, si je ne compte pas mon chat qui vit avec moi, je SUIS seule.

Pas plus tard que tout à l'heure, j'étais en train de "négocier" une fois de plus (il faut bien le dire quand même !!) une sortie avec un "ami"(??) que j'ai depuis trois ans environ, et qui est le seul avec qui j'allais en soirées aussi souvent, avant.

Mais plus on avance dans le temps, plus je suis déçue par tous ces gens !!

Hier soir déjà, et la semaine dernière aussi, puis enfin ce soir, ma sortie avec cet ami a fini tout bonnement par tomber à l'eau !

Exemple ce soir, je ne souhaitais qu'aller boire un verre dans un bar (quelconque), pour des raisons financières d'abord, mais aussi parce-que j'espérais me retrouver en petit comité avec cet ami, voire sa petite amie aussi, mais pas trop plus... Histoire de me remettre "sereinement" dans le bain des sorties (problèmes d'angoisses quand il y a trop de monde par moments), puisque je ne sors quasi plus depuis maintenant plusieurs mois.

Et bien ma foi, ce soir encore, il a fini par me dire qu'ils vont finalement faire un bowling !.. 

Croyez-moi ou pas, mais je ne sais plus quoi faire avec lui non+ maintenant.

Avant, évidemment, quand ça arrivait, soit je le suivais, soit (plus récemment), ça finissait par m'énerver, et je le lui disais bien sûr, puique c'était comme ça entre nous (du moins de mon côté !?).

Mais en réalité, j'ai maintenant l'impression de brasser de l'air avec lui !? Sans parler du fait que ça fait un bail qu'on s'est pas vus en plus.

Oui, je ne suis plus très sûre de moi, de ce que je ressens, pense etc. Oui, je suis paumée.

Et non, malheureusement, je n'ai pas vraiment  d'autres "bons" amis.

Peur de saouler les gens avec mes problèmes par ex, et de toute façon, impression de saouler quelque peu confirmée ces derniers temps, on dirait.

Et je suis fatiguée, pour ne pas dire exténuée, par toute cette mascarade.

J'ai l'impression, en écrivant là ce soir, d'être un peu cynique par moments quand je raconte ma vie, ce qui me fait décidément penser que moi-même je prends ma situation encore un peu à la légère ! Alors que je souhaiterais tout l'inverse !! Bref, tant pis, passons !!

Ma vie est une farce.

Depuis mes 18ans, âge où tous mes souvenirs d'abus refoulés ont commencé à réapparaître par flash, je vois des thérapeutes, et j'en ai vu pas mal depuis.

Depuis mes 18ans jusqu'au début de cette année, j'ai tenté, que dis-je, je me suis débattue, parfois malmenée d'ailleurs, pour me faire "une vie" (une place ?) en ce bas monde.

Pour avoir quoi au final ?

Etre toujours seule ?

Etre encore célibataire parce-que je ne suis toujours pas tombée sur les "bonnes" personnes ? Ou pas au "bon moment" !? Tout ça parce-que je ne suis pas assez souriante peut-être non ? Pas assez « ouverte » ? Cool ? Détendue, ou je ne sais trop quoi encore ? Ou peut-être trop collante alors. Ou trop en demande... mouais.

Et le travail ?

C'était juste histoire d'être une fois de plus au chômage et apprendre à endurer les "coups" de la vie, non ?

Devoir me battre encore pour retrouver un poste en CDD ou un contrat aidé sensés me réinsérer, pour finalement me retrouver à la case départ dès que mon emploi devient trop coûteux, c'est ça ? Et devoir après, en plus, supporter le regard de la société et de la "bienséance", qui nous voient comme des assistés beaucoup trop encombrants et plutôt génants ?? Devoir aussi parfois se justifier auprès de quelques-uns (institutions et/ou personnes) de notre situation ?

Je ne crache pas sur ce type de contrat de travail par exemple, perso j'arrive en plus à trouver quelques points positifs à ma situation de précarités financière et professionnelle actuelle. Comme envisager une réorientation par exemple…

Mais bon, bien obligés de faire au mieux en tout cas..

Ce que je souhaite dire en réalité, c'est que, depuis plusieurs années maintenant, j'ai

personnellement l'impression de me battre pour m'en sortir (comme à peu près tout le monde, à un certain moment dans la vie, peut-être), mais avec 50kgs en plus sur les épaules.

Vous voyez ?

Et vu les résultats aujourd'hui, voilà pourquoi je suis écoeurée.

Ma psy actuelle, je la vois depuis seulement mars dernier, mais elle, je l'aime bien.

Je commence à lui faire confiance, mais je reste méfiante, ça s'est du à mes précédentes expériences thérapeutiques plutôt désastreuses, plus la honte peut‑être, ma copine siamoise depuis mon enfance...

Ecrire ici ce soir m'a fait du bien on dirait, même si je sais pertinemment qu'une fois avoir cliqué sur "envoyer le message", la chape de plomb ne manquera pas de me retomber dessus.

Quoiqu'il en soit, je ne regrette pas d'être là pour témoigner de l'horreur dans laquelle nous plonge l'inceste, véritable rouleau compresseur de l'essence-même d'un enfant : son innocence.

Les gens qui minimisent, ils ne peuvent pas comprendre. Ils ne l'ont pas vécu.

"Certains s'en sortent plus facilement que d'autres" (tant mieux pour eux), mais je me demande seulement si on "s'en sort" réellement, un jour, pour toujours ?

Moi, j'aurais aimé "avoir" une autre vie, pas forcément plus "contes de fées", mais au moins un peu plus facile ? Ou en tout cas, j'aurai aimé que tous ces obstacles rencontrés soient un peu "étalés" dans le temps de ma vie.. J'ai parfois cette impression d'avoir le visage de quelqu'un de 30ans, avec le bagage d'une personne d'au moins 60ans, jvous jure !...

N'ayons pas peur des mots, oui, je suis désespérée.

Je m'arrache ce mot de la bouche parce-que ma fierté veille, parfois malgré moi...

Mais je remercie par avance ceux (ou celles) qui souhaiteraient me répondre "de ne pas désespérer, il y a toujours un espoir de solution, que désespérer ne mène à rien.. ou nous empêche d’aller mieux !!" etc.

Je les remercie d'avance de s'abstenir alors de me répondre, quite à ne pas avoir de réponse tout court, d'ailleurs !

Je préfèrerais plutôt d'autres témoignages de situations toutes aussi délicates... Ou encore des messages de personnes qui sont passées par ce même sentiment, qui vont mieux aujourd'hui, et qui pourraient néanmoins m'apporter peut-être un peu de soutien, qui sait ? Si possible en tout cas..

Enfin, j'ai peut-être du me faire violence pour avouer que jsuis un peu désespérée, mais cela ne m'empêche pas de l'assumer pour autant, quelque part, et de vouloir le revendiquer aussi...

Paradoxe, quand tu nous tiens.

Etant donné que certains témoignages n'ont parfois de réponse(s) qu'après plusieurs mois, jours ou semaines (c'est comme ça), j'espère simplement être encore par ici ce jour-là, ou du moins, être en mesure de conter alors une quelconque amélioration.

Je m'excuse enfin pour la forme du texte, car j'ai rencontré quelques soucis lors de l'écriture (phrases qui se superposent ??), j'espère que ça va pas tout me mélanger, parce-que je ne pense pas avoir alors l'envie de le réécrire !!

Merci de m'avoir lu, les courageux/courageuses.