Une tranche de vie

Témoignages Publié le 04.03.2016

Une tranche de vie

Attention cela peut choquer mais c'est ma vie telle que je l'ai vécue les mots sont crus et parfois choquant et j'emmerde ceux que ça dérange...

Vous n'êtes qu'une enfant, vous avez à peine plus de neuf ans. Vous rêvez de votre prochaine poupée, d'être Cendrillon réveillée par son prince charmant. La vie vous sourit, vous vous épanouissez comme tous les enfants de votre âge. Les joies, les rires, la famille, les copains-copines, les balades en pleine nature, les cousins, les cousines, les fêtes de famille, l'école, tout n'est pas parfait mais vous êtes heureuse de vivre.

Et puis un jour tout bascule au détour d'un grenier.

Votre père, devant lequel vous vous émerveillez, que vous adulez, que vous admirez, auquel vous voulez ressembler, monte une cheminée. Comme toujours vous êtes venue le voir travailler. Et là vous ne comprenez plus : il vous prend sur ses genoux, vous touche les seins en vous disant que vous allez bientôt être une femme ; il vous met la main dans votre culotte pour voir si vos poils ont poussé. Vous ne dites rien. Vous ne savez pas ce qui vous arrive. Vous avez envie de pleurer, mais vous ne le faites pas. Vous avez envie de fuir, mais vous ne bougez pas. Vous allez lui dire d'arrêter mais là, il vous embrasse à pleine bouche pour vous faire taire. Vous suffoquez, vous manquez d'air. Il vous lâche et vous dit avec son plus beau sourire qu'il ne faut rien dire à personne, que c'est votre secret à tous les deux, que les autres seraient jaloux. Mais surtout, il vous apprend que votre maman est très malade et qu'il ne faut pas la rendre plus malade, en répétant tout ce qu'il vient de se passer. Qu'il ne recommencera plus. Alors vous ne dîtes rien, les jours passent et c'est vrai qu'il ne recommence pas.

Vous n'oubliez pas mais vous vivez avec. Les jours passent, votre maman est de plus en plus malade, elle rentre à l'hôpital. On refuse de vous y emmener. Ce n'est pas une place pour vous, il paraît.

Un soir, vous êtes si triste que vous vous réfugiez à la salle de bain pour pleurer. Ici, personne ne pleure alors autant se cacher pour ne pas passer pour un bébé. Votre père vous entend et vient vous voir. Il vous demande ce qui ne va pas. Vous lui dîtes que votre maman vous manque, que vous voulez la voir. Il s'assoit sur la chaise, vous prend sur ses genoux et vous parle doucement. Cela vous rassure. Mais il ne vous répond que très vaguement quand vous lui demandez, quand votre maman va revenir. Il se refuse de vous dire sa maladie, prétextant que vous êtes trop jeune pour comprendre (vous ne le saurez jamais d'ailleurs !).

Il vous sert encore plus fort dans ses bras. Il vous dit qu'il vous aime, qu'il va bien s'occuper de vous et pour vous le prouver, il va vous faire ce que font les grandes personnes pour se dire qu'elles s'aiment vraiment beaucoup. Vous lui dîtes que vous ne savez pas, que vos copines ou vos frères et sœurs ne vous ont jamais parlé de ça. Il vous répond que c'est normal parce qu'il est interdit d'en parler aux autres, que si on en parle, on a plus le droit de vivre avec sa famille. Vous le croyez. Vous jurez de ne rien dire, même pas à votre nounours avec qui vous dormez encore. Là, il met sa main dans votre culotte et cherche à mettre un doigt par où vous faîtes pipi. Ca vous fait mal, vous le lui dîtes mais il continue en vous demandant de vous détendre et de ne pas faire de bruit pour ne pas que les autres vous entendent. Il enlève sa main ; vous croyez que votre calvaire prend fin mais vous vous trompez. Il se lève et va fermer la porte de la salle de bain à clé. Il vous enlève votre culotte et vous assoit sur une coiffeuse à petit tiroir où sont rangées toutes ses affaires de toilette dont sa brillantine dont l'odeur vous dégoutte encore à présent. Il vous écarte les cuisses, recommence à mettre son doigt. Il essaie d'en mettre un deuxième, vous pleurez, vous lui dîtes d'arrêter, que ce n'est pas grave s’il vous aime moins que les autres. Il vous répond que c'est normal, qu'il ne faut pas pleurer, qu'après ça va faire du bien. Il s'arrête, vous soufflez mais ce n'est que de courte durée. Il se déshabille, vous fait descendre de la coiffeuse, s'assoit sur la chaise, sa chose dressée comme une épée. Il vous dit d'approcher, vous obéissez, vous n'êtes déjà plus rien. Il vous prend par les aisselles et vous force à vous mettre à califourchon sur lui. Vous avez mal, trop mal, vous criez, vous pleurez. Il vous embrasse avec la langue pour vous faire taire. Vous manquez de vomir mais il continue et vous force à descendre sur ce pieu. Quand il a atteint son but, il pousse de petits râles qui vous font peur. Vous croyez qu'il est en train de mourir. Soudain il vous regarde dans les yeux avec son plus beau sourire. Il vous libère, un liquide blanc mêlé à du sang coule le long de vos cuisses. Vous avez peur. Il vous lave, et là, il vous dit que vous êtes devenue une grande fille, que le passage est fait, que vous n'aurez jamais plus mal quand un garçon mettra son zizi là. Il vous rappelle de ne surtout rien dire à personne.

A partir de ce jour, vous fermerez toujours votre salle de bain à clé, même pour vous laver les dents.

Vous essayez le plus possible de ne pas rester seul avec lui. La semaine, vous êtes tranquille, il est ouvrier dans le bâtiment et part tôt le matin pour rentrer tard le soir et le soir vos frères et sœurs sont là. Enfin pas tous : uniquement ceux qui travaillent, les autres non, étant internes dans leur lycée.

Votre maman rentre de l'hôpital pour les fêtes de fin d'année, vous êtes heureuse mais vous ne parvenez pas à lui montrer, vous avez peur qu'elle aussi vous aime comme une grande personne. Elle reste jour et nuit allongée sur le canapé convertible de la salle à manger. Je ne vais prês d'elle que si quelqu'un d'autre est dans la pièce avec moi. Elle me repousse souvent, je l'en aime que plus. Je me dis quelle au moins ne me fera pas de mal pour me dire « je t'aime ».

C'est le Nouvel An, c'est la fête à la maison. Tout le monde est là : la famille et certains amis. Vous chantez tous ensemble, les airs du moment, les cantiques de noël et les airs d'antan, sur la chaîne Hi Fi que votre frère s'est acheté. Elle possède un micro et un casque : c'est d'une grande technologie et on s'éclate comme des fous. Tout le monde a l'air heureux mais les regards sont tristes. Vous voulez aller prendre votre mère dans vos bras mais elle vous dit de partir, qu'elle ne veut pas vous voir. Ca vous fait mal mais dans cette phrase vous ressentez tout son amour.

Elle retourne à l'hôpital et ne reviendra jamais. Elle décèdera quelques jours plus tard sans que vous ne la revoyiez. On vous annonce sa mort d'une façon froide et informelle. Vous rentrez de l'école, dans la cour devant votre maison votre père vous dis dans un froid glacial et sans émotions : « ta maman est morte cette nuit, va te préparer tu vas chez X (les futurs beaux-parents de ma sœur aînée) pour plusieurs jours ». Les larmes ne viennent pas, je suis tétanisée. Je vais faire un tour sur le côté de la maison dans l'allée du jardin. Je m'accroupis contre le mur de la façade juste en-dessous de la fenêtre de la cuisine. Un chat passe près de moi, je le caresse, des larmes coulent toutes seules le long de mes joues mais je ne ressens presque pas de tristesse. Je rentre à la maison. Là, personne ne pleure devant moi, je ne vois qu'une incompréhension et de la peine dans leurs yeux. Je pars chez les X, j'y reste peut être une semaine, je ne sais plus. Tout le monde est gentil avec moi là bas. Il y a de la neige, nous lugeons. Tout le monde trouve bizarre que je ne pleure pas, que je ris, que je joue comme si de rien n'était. Mais je ne le peux pas. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Quand je le demande personne ne me répond. Alors je me dis que c'est normal. Je me retrouve entourée de plein d'amour comme je n'en avais pas eu depuis longtemps. Je suis choyée. Je rentre chez moi. Rien n'a changé, je retourne à l'école, je m'amuse, je vis. Je pleure de temps en temps sans m'en rendre compte, en jouant, à l'école, en dormant. Tout le monde me plaint, m'appelle « ma pauvre petite » ou « ma pauvre chatte ». Je ne comprends toujours pas pourquoi. Pendant ce temps, je vis dans une totale insouciance et indifférence.

Quelque mois se passent, ainsi arrive le mois de juin, les beaux jours et mon onzième anniversaire. Je n'attends rien de ce jour, ni cadeaux, ni fête, rien. Je veux juste être seule comme j'aime l’être depuis un certain temps. Mais comme d'habitude, anniversaire ou pas, il m'attire dans sa chambre et viole encore mon intimité. Je me soumets, je ne me bats plus, je me déconnecte de la réalité. Je sors de sa chambre, passe à la salle de bain enlever ses souillures et retourne à mes occupations, là où je les ai laissées comme si de rien n'était. Il ne prend même plus la peine de demander pardon ou de se justifier ni de me faire jurer de ne rien dire.

Les mois passent, les choses se répètent inlassablement…

Je suis au collège. J'ai douze ans. Je fume depuis presque un an. Je sors beaucoup, avec des amis plus vieux que moi. Mon frère aîné n'habite déjà plus sous le toit familial, enfin je crois. Mes deux sœurs fréquentent et parlent même de bientôt se marier. J'ai peur de me retrouver seule dans ma chambre le soir. Je m'habille n'importe comment, avec ce que je trouve, coordonné ou pas, avec les habits que je trouve au deuxième (étage) qui sert de grenier, je les transforme pour me rapprocher le plus possible de la mode du moment et m'enfonce de plus en plus dans un look grunge et punk ,loin d'être une petite fille modèle surtout avec mes cheveux en brosse , coupe que je me suis faite moi même , et un maquillage outrageant. Mais je suis en vie et de cette manière je prouve aux gens que j'existe. Pour fuir, je vais faire de la musique avec mes deux frères et mes deux futurs beaux-frères, un vendredi soir et un dimanche par semaine où je ne risque rien, même si souvent je ne me sens pas à ma place et pas vraiment douée pour jouer. Je commence à m'intéresser aux garçons. Je leurs plais beaucoup pour mon look, ma décontraction et mon originalité, surtout à ceux qui ont entre deux et quatre ans de plus que moi, voir plus. Mais dès qu'ils veulent aller plus loin que de simples baisers, je panique et les laisse tomber. Certains me traiteront de gamine, d'autre ne chercheront pas à comprendre.

Une année se passe avec son lot d'humiliation. Ma sœur aînée s'est mariée. Elle habite à la maison avec son mari qui essaie de régir ma vie. Mais résultats scolaires sont en chute libre. Ils travaillent tous. Les trois quart du temps, je suis occupée à la maison, surtout la semaine. Lessive, ménage, manger, etc... avec réprimandes à la clé de mon beau-frère si tout n'est pas fait en temps et en heure et correctement, devoirs inclus. Je n'ai pas droit à l'erreur. Et tout cela, en plus de mes salissures corporelles.

Mes treize ans : rien ne change sauf que je sors de plus en plus. Ma sœur aînée et son mari sont partis de la maison à cause d'une histoire de fraises pas repiquées et de leur chien, un berger belge, qui a mangé des lapins. Mon autre sœur se marie cette année là, je suis seule à présent dans ma chambre. Il ne reste plus qu'un de mes frères à la maison mais avec son travail et ses sorties en boite, je suis de plus en plus seule avec lui, alors je m'organise comme je peux. J'invite des amis à la maison, je demande aussi souvent à ma cousine de dormir chez moi pendant les vacances.

Je sèche presque tous mes cours, moyenne générale 2,5. Mon calvaire continue quand même. Je dors la porte fermée à clé en veillant à laisser la clé tournée pour ne pas qu'il puisse l'ouvrir avec son double. Je mets aussi une serviette au bas de la porte pour qu'il ne voit pas la lumière lorsque je suis réveillée. Il m'arrive de vouloir mourir mais j'aime trop la vie. L'école je n'y vais presque plus, un jour sur deux et encore, pour ne rien faire, juste tapisserie. Je ne suis que les cours de maths mais pas pour moi : pour aider une amie qui a des difficultés. Je ne prends même plus la peine de rendre mes devoirs, les zéro s'enchaînent. Je m'en moque, je signe moi même mes bulletins de notes et mes mots d'excuses. Personne ne voit rien. Personne ne se soucie de ce que je fais ou non. J'ai un sentiment de liberté dans mon mal-être.

Mais un jour je dérape, je vole une trousse. Pourquoi ? Je ne sais pas. Convocation de mon père au collège. Mise à pied de trois jours. Il apprend tout sur mes falsifications de mots d'absences et mes notes. En sortant du bureau du C.E., il me joue l'homme effondré, me dit ne pas comprendre pourquoi je me conduis ainsi, me demande ce qui ne va pas. Qu'il fait tout pour moi dans la limite de ses moyens. Je culpabilise et me met à pleurer. Une grande morale s'en suit, sur ce qui est bien et mal. Je ne réagis pas. Il est où le bien et le mal ? Une peur m'envahit, je vais devoir rester trois jours entiers à la maison, seule avec lui. Depuis qu'il est veilleur de nuit j'étais à peu près tranquille, surtout qu'il commence à fréquenter d'autre femme et s'absente le week-end. C'était à prévoir : deux jours de suite.

J'ai beau me déconnecter de la réalité, je me sens de plus en plus mal et sale. Je compense avec la nourriture et prend plus de 1O kilos. Je m'enlaidis physiquement et visuellement. Je me lave de moins en moins. Je veux être repoussante mais rien ne l'arrête. Je me coupe des autres. Mes amis me fuient. J'ai aussi des joies, comme quand mon frère aîné me demande de garder son fils le mercredi et pendant les vacances. J'adore les enfants et ce temps passé loin de chez moi me fait du bien. J'ai enfin l'impression d'être utile.
Cette année là, j'ai eu de sa part un cadeau de noël que je me rappellerai toujours : une 205 télécommandée. Il venait me chercher le mardi soir en sortant du travail, je mangeais avec eux et il me ramenait le mercredi soir juste avant Dallas. J'essaie de me ressaisir pour ma scolarité, mais mon année est gâchée, je dois redoubler. Je crois tout perdu, je pense ne pas pouvoir m'en sortir, je ne m'en sens pas capable. Rien ni personne ne me motive. Je ne connais qu'une souffrance interne que je ne peux même pas exprimer. Et puis qui me croirait ? Qui s'en soucie ? Je me sens responsable de tout, je ne suis qu'une bonne à rien, je ne sers à rien. Pourquoi je reste en vie? Fuir? Pourquoi ? Pour qui ? Pour où ?

La conseillère d'éducation voudrait m'aider. Elle me dit de me battre, qu'il n'est jamais trop tard pour le faire. Que j'ai toute la vie devant moi. Elle me demande aussi ce qui m'a fait basculer. Me questionne. Elle sent un malaise, mais je ne dis rien, je reste muette devant ses interrogations. Mais un espoir naît en moi, une force que je ne connaissais pas, la force de dire non ! Je veux que tout s'arrête mais je veux vivre. C'est comme ça que quelques jours après mon quatorzième anniversaire, j'ai eu la force, quand il voulait encore me forcer à le suivre, de me rebeller aux pieds des escaliers qui montaient dans les chambres, dans le couloir entre la cuisine et la salle à manger, de dire NON, STOP, je ne veux plus, de pleurer, de hurler. Que s’il continuait, je dirais tout à tout le monde. Il s'est mis à pleurer et m'a dit qu'il ne recommencerait plus jamais et surtout m'a supplié de ne rien dire sinon il irait en prison par ma faute.

Mon calvaire prenait fin. Je suis longtemps restée sur mes gardes.

A quinze ans, je décide d'aller au lycée pour apprendre la couture au lieu d'aller en troisième. J'ai peut-être du mal à rester enfermée et à suivre des règles strictes, moi qui était livrée à moi même, mais je n'ai plus peur quand je suis là bas et surtout je passe des nuits à dormir paisiblement sans crainte. Les week-ends, je les passe à droite à gauche et à la musique. Je m'épanouis, je deviens une ado comme les autres même si la peur est toujours là quand je suis seule en sa présence même pendant quelques secondes. Mais il ne tente rien à mon égard.

Je fréquente de nouveau des garçons et me fais un peu plus libertine sans contrainte, c'est toujours moi qui décide de ce que je fais ou non .Ce qui devait arriver, arriva, je tombe enceinte. Je ne le sais pas aussitôt, des règles anniversaires me font douter de rien et sûrement un déni de grossesse. Je ne vois plus le gars, j'en ai rencontré un autre que j'aime comme je n'ai jamais aimé et qui s'accroche aussi à moi, malgré que je me refuse à lui pendant plus de quatre mois. Quand je m'offre à lui, je le fais de manière naturelle et si douce que j'ai l'impression que c'est ma première fois. Je me sens bien avec lui. Il pense qu'il est temps pour moi de prendre la pilule et en parle à mon père sans me dire. Il prend rendez-vous chez le médecin et là le verdict tombe : je suis enceinte de plusieurs mois. Toute la famille est là, grosse panique. Je n'ai pas peur d'avoir un enfant, j'ai peur de Le perdre, qu'il me quitte en l'apprenant. Mais non, mon aimé, mon amour reste auprès de moi, me défend, en prend même la responsabilité. A la naissance de l'enfant, je vais habiter avec lui. Nous sommes les heureux parents d'un petit garçon.

Les années passent, il m'arrive encore de péter les plombs, de faire des fugues, d'avoir de grosses crises d'angoisse. Personne ne sait pourquoi. Je me tais. Je suis longtemps sous anti-dépresseur. Je voudrais en parler à mon concubin mais je ne peux pas, j'ai peur de le perdre.

A vingt-sept ans, je me marie avec lui, je suis heureuse mais la blessure est toujours là. Mon médecin traitant me met sous anxiolytiques, il a peur pour moi, je me détruis toujours, mes crises de boulimie reprennent et de temps en temps, des tendances à boire.

A trente ans, chez une amie, les choses tombent, elle me force à le dire. Comment l'a-t-elle deviné, je ne le sais pas mais elle me libère d'un poids lorsque j'avoue à mon mari pourquoi je vais mal. Il ne me juge pas, me rassure, me comprend. Il s'en doutait mais ne voulait pas me forcer à le lui dire. Il avait aussi peur de me perdre. J'ai un poids en moins mais la fracture est toujours là. Surtout lorsque mon père passe à la maison me voir. Il a toujours de l'emprise sur moi je le sais, je le crains.

A trente deux ans, je vais faire une psychothérapie. Je ne dis rien à ma thérapeute mais elle me donne les clés pour me faire réagir. Mon caractère change, je deviens plus agressive. Je trouve la force d'affronter mon père dans un face à face. Je lui rappelle les faits. Il se met à genoux devant moi, me demande pardon, qu'il ne se doutait pas qu'il m'avait fait du mal, qu'il est prêt même à aller en prison si ça peut m'aider à me sentir mieux. Il pose ses mains sur mes genoux. Je lui dis que je lui pardonne pour qu'il parte, pour qu'il enlève ses mains. Il se relève, me fait un chèque de deux mille euros et s'en va. Je me sens sale avec en plus l'impression d'être une pute. Je suis juste soulagée d'avoir sorti tout ce que j'avais sur le cœur.

Deux années passent, nous devons déménager par la force des choses (incendie de notre maison). Une nouvelle vie se présente à moi, je veux faire table rase du passé, me reconstruire. Mes angoisses n'ont jamais été aussi présentes. Je fugue une nouvelle fois, je rentre le lendemain et décide de couper les ponts avec ma famille : il me semble que c'est la seule façon que j'ai de pouvoir m'en sortir et de tuer tous mes démons. J'écris des lettres assassines à mes frères et sœurs je leur dis que je leur en vœux de ne pas avoir été là pour moi mais sans leur dire de quelle manière. De toute façon m'auraient-ils seulement cru? J'écris aussi une lettre à mon père où je lui interdis de s'approcher de moi ou je le renie ou je déverse toute la haine que je lui porte. Je me sens soulagée, et surtout moins en danger.

A présent je vis sans anti-dépresseur, je suis heureuse malgré un sentiment de culpabilité qui me tenaille de temps en temps : la conscience d'avoir fait du mal autour de moi pour trouver une certaine sérénité. Mais si c'est le prix à payer pour être heureuse, je veux bien le payer tout le restant de ma vie. Je fais toujours des cauchemars mais je ne fais plus de crise d'angoisse. Je sais que je vais garder ça en moi toute ma vie mais ce n'est plus un poids, ce n'est plus qu'un affreux souvenir.

Si j'ai écris ces lignes, ce n'est pas pour attirer de la pitié ni de la compassion mais pour me libérer complètement. Mais aussi pour vous dire que si le comportement de votre enfant change c'est qu'il a sûrement un problème. Peut-être pas de cet ordre mais qui peut être aussi destructeur pour lui. Alors prenez le temps d'écouter et de regarder vos enfants, ne les laissez pas sombrer. La remontée est très dure.

Nadine

Nous en parlons
L
Louane
Publié le 06.04.2016
Inscrit il y a 6 ans / Nouveau / Membre

Bonjour Nadine,

Merci pour ton témoignage.

Je vais seulement rebondir sur ta dernière phrase, une invitation à écouter et regarder ses enfants, à ne pas les laisser sombrer. Je te remercie pour ce message.

Mes parents auraient bien eu besoin de le lire, de l'entendre, et cela m'aurait beaucoup aidé alors j'espère que des parents ou futurs parents passeront par ici et retiendront ton message.

J'ai été une petite fille dont la vie a pris une teinte très sombre à mes 7 ans, et mon premier bulletin scolaire de CE1 était anormalement négatif, alors que mon CP s'était très bien passé. Alors je confirme mille fois que quand un enfant change de comportement, il se peut qu'un événement grave se soit passé et que l'enfant en souffre, qu'il a besoin d'une aide extérieure.

Merci encore pour ton témoignage et bon courage à toi pour la suite.