DES GENS BIEN SOUS "TOUS RAPPORTS"

Témoignage Publié le 13.01.2025
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J’ai 9 ans. Je m’en rappelle comme si c’était hier.

"On va faire un jeu, dit papa, mais chuuuuut c’est notre secret à tous les deux. On ne dit rien à personne." Quelle joie de partager un secret avec mon papa ! Et il me prend dans ses bras les cuisses écartées et il se frotte à moi au niveau de mon sexe. Je sens que c’est dur au niveau de son sexe mais bon, si c’est un jeu c’est que ça doit être bien. Et tous les jours on recommence le jeu. Et puis un jour dans la cave le jeu prend une drôle de tournure. Il baisse ma culotte et il sort son sexe en me caressant le mien. Et je vois un liquide sortir de son sexe. Bizarre ! C’est un jeu, donc… Et quelque temps après, je sais que je n’avais pas 10 ans, son sexe s’enfonce dans le mien. Et le jeu tourne au cauchemar. Il se retirait très vite quand le liquide coulait. Je n’arrivais pas à comprendre qu’un jeu secret pouvait tourner de cette façon. Un jeu c’est drôle, c’est un partage qui ne fait aucun mal.

Et puis vers l’âge de 12 ans, j’ai commencé à comprendre que ce n’était pas un jeu, d’autant plus que j’entendais et que j’ai vu mes parents dans la chambre d’à côté (sans la porte fermée) faire le même jeu. Mon père faisait le même bruit qu’avec moi. Ça ne l’empêchait pas ensuite de venir dans la foulée dans ma chambre pour me caresser entre les cuisses. Je me plaignais mais ma mère n’est jamais venue voir ce qui se passait. Bizarre ! Alors j’en a parlé à maman un lundi, jour de lessive. Elle portait sa blouse bleue avec des fleurs multicolores et ses gants de ménage jaunes. Mon père avait été très violent la veille. J’avais mal. Je savais aussi que mon père trompait ma mère avec tout un tas de femmes et qu’ils n’hésitaient pas à se disputer devant moi. Je me suis donc dit qu’elle allait hurler et me défendre. Et bien non ! Elle n’a pas voulu me croire. Pourtant je voyais bien qu’elle était gênée. Mais non ! Rien à attendre d’elle.

Je me suis donc tournée vers mon frère aîné un peu plus tard. Lui ne voyait que par les copains et les copines. Je ne suis même pas sûre qu’il m’avait écoutée. Seule, toujours seule, tellement seule pour porter ce fardeau, cette ignominie. Je devais toujours rester à la maison, être à la disposition du bourreau que j’ai appelé plus tard le pervers sexuel. Je m’étais renseignée mais ce fait était tabou. C’était connu mais personne ne voulait en parler. Alors j’étais la poupée sexuelle de mon père et la boniche de ma mère. Je devais même aller faire la chambre de mon frère toujours dehors à s’amuser. Si je refusais c’était une grosse baffe. Et puis un jour j’ai compris encore. Elle appelait "salope" toutes les femmes que mon père rencontrait. Un jour elle m’a traitée de salope. Donc elle me mettait au même titre que les autres femmes. Sa jalousie en était à ce niveau. C’était sans aucun doute ma faute si à 9 ans j’avais séduit son mari bien sûr ! Pourtant, devant les amis et connaissances, mon père qui avait une belle notoriété et ma mère tête haute, étaient des gens considérés bien sous tous rapports. J’étais souvent écœurée et j’avais envie de hurler mais qui m’aurait crue ?

J’en ai parlé un jour à une amie à l’école. Elle en a parlé à ses parents et ils lui ont dit qu’ils n’avaient pas à s’occuper de ça, et le pire est que mon amie ne m’a plus jamais adressé la parole. Voilà ! Seule, toujours seule, tellement seule. J’ai dû vivre avec cette ignominie jusqu’à l’âge de 17 ans. Pas 18 ans ! Hé non ! A 18 ans, majeure, j’aurais pu porter plainte. Le problème est que le commissaire de police était un ami de mon père. A cette époque, j’étais sûre de devenir la menteuse et non la victime ce qu’aurait sans doute été mon père. Et puis il a fallu que je devienne secrétaire car j’étais très bonne en français. Je voulais être psychologue. Rien à faire ! Plusieurs années plus tard, j’ai fait des études en psycho-graphologie et j’ai pu faire connaissance d’une docteure en psychologie experte en écriture auprès des tribunaux. Elle m’a interrogée sans m’obliger à parler quand elle a vu mon écriture. Je lui ai tout raconté. Et grâce à elle non seulement j’ai appris la technique graphologique mais à travers une thérapie j’ai appris énormément en psychologie. C’est grâce à elle que j’ai pu vivre avec mon trauma sans l’oublier. On apprend à survivre avec mais pas à l’éradiquer. C’est impossible.

J’ai ensuite fait une formation RH recrutement gestion des conflits. Les Ressources Humaines, rechercher des Richesses Humaines. C’était ma vocation avec en plus un outil à la décision. Quand mon père est mort de sa belle mort, personne ne m’a vue pleurer à son enterrement. Beaucoup ont trouvé ça bizarre et ils l’encensaient tellement que j’ai fini par tout dire. Certains m’ont crue. D’autres non. Et certains qui m’ont crue m’ont dit qu’ils ne voulaient pas pour autant se fâcher avec ma mère. Hé oui ! C’est ainsi ! Contrairement à certains atteints d’amnésie traumatique, je suis restée bien consciente de tout ce qui s’est passé dans les moindres détails. J’ai toujours gardé ce sens du détail qui m’a servi dans mon travail et dans la vie. Mon intuition s’est également développée car j’arrivais à anticiper quand mon père allait me demander de venir avec lui. Parfois, j’arrivais à me dérober mais quand ma mère me disait de laisser la vaisselle sécher au lieu de l’essuyer tout de suite je comprenais alors que ma mère était une amoureuse passionnée prête à tout pour garder son mari. Bien des fois je l’ai vue défendre le pervers plus que moi.

Aujourd’hui, j’ai 66 ans. J’ai encore un sens de l’écoute très développé et si je peux aider je suis là. Plus de tabou. Il faut parler et aider à mettre des mots sur les maux. Survivre pour vivre. Pas toujours simple. Je pourrais dire que dans mon malheur j’ai pu réussir. Parfois il faut savoir s’accrocher au bon côté des choses. Ce que je dis souvent, c’est que ceux qui mettent fin à leurs jours ont fait gagner les pervers. Alors vivons et faisons-leur voir que nous ne sommes plus soumis et que la peur doit changer de camp.