Expression libre (public)
Ecriture thérapeutique
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Phelenix
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Ici juste un thread où j'écris tout ce qu'il me passe par la tête sans censure, toute la confusion, les doutes, les certitudes, et dont il ne restera plus que la part de vérité et de clarté raisonnablement d'ici quelques années. A la libération. Décantation. D'ici là, patience, résilience et travail en confiance. Ecriture.

[Besoin d'écriture automatique au kilomètre - Aujourd'hui c'était mon premier jour de reprise du travail à mi-temps, j'ai besoin de pleurer je crois et je n'y arrive pas, c'est ce qui sort]
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Je n'avais pas le droit de pleurer.
Je n'avais jamais le droit de pleurer.
Jamais.

Je devais sourire et je devais dire que ce n'était pas grave.
Je devais rire et faire la belle et dire que tout allait bien.
Je devais jouer seule et prétendre que j'aimais ça.
Je devais râler mais pas trop parce que sinon je me prenais une frappe.
Je devais prétendre que j'étais heureuse même si j'étais malheureuse.
Je devais toujours faire semblant alors je suis devenue une maîtresse de l'illusion.

Je crois que dans ma vie personne ne prend les masques comme moi, les masques de l'éclat, du superbe et qui cachent un petit personne gris et malheureux et triste qui voudrait juste ne plus avoir à faire semblant, juste pouvoir être heureux, juste dire je vous aime aux autres et puis voilà c'est facile.
J'ai tellement de peine et de douleur enfouies et puis je ne veux pas les faire sortir parce que quand ça sort sous forme de lui, c'est la frappe. Parce que quand ça sort sous forme de pluie, c'est la nuit. Fini les gentils parents, c'est l'avalanche de haine et de reproches de gifles, de colère, de violence.

Je suis un enfant et puis je grandis et je garde les automatismes et puis j'ai 30 ans et puis je veux plus et puis je sais plus faire autrement. Il faisait comment l'enfant avant tout ça? Il a tellement peu vécu, il a tellement été embringué dans tout ça rapidement, il est tellement devenu cet oiseau de nuit paradeur et ridicule qui sourit et pleure dedans, fait le service, le serviable et l'ami, et puis qui en lui veut juste mourir. Il fait comment l'oiseau de paradis pour juste arrêter son cirque et être normal, juste raccord avec ses émotions et juste normal, juste bien, juste honnête avec soi-même pour commencer?

Un jour j'ai dit à mon père que j'allais mourir et que je ne reviendrais pas et il m'a dit que tant mieux bon débarras. Et j'ai pas compris en fait je crois qu'il savait pas non plus ce qu'il racontait mais ce jour là je crois que je suis morte en moi, tout ce cirque j'ai d'autant plus voulu l'arrêter et puis voilà 10 ans plus tard, j'y suis encore trop. ça s'arrête quand?
ça s'arrêtera mais c'est si long. Vider cet esprit fatigué et brouillé par les âneries des parents, quel travail sans fin, quelle patience il faut. Papa Maman vous avez été d'absolus bourreaux vous êtes des abominations pour moi et des tragédies sur pattes. Je vous plains parce que vous n'avez toujours pas compris l'étendue des dégâts chez vous. Et bonne nouvelle, comprendre l'étendue des dégâts ce n'est que l'étape numéro 1 d'une longue série d'étapes sans fin pour aller mieux Je vous dis à dans 30 ans mais je ne suis pas certaine de revenir voir vos états de décrépitude avancée. Je n'ai pas beaucoup de patience ni d'amour pour vous ce soir et j'en ai bien le droit après ce que vous m'avez fait, après ce que vous n'avez pas protégé en moi, mon innocence, ma gentillesse, ma souffrance qui en a découlé des jours et des jours à pleurer en moi. Comment c'est possible de verser des larmes en soi? C'est quand les larmes on ne vous autorise pas à les sortir alors vous les pleurez dans vous parce qu'il faut bien qu'elles sortent, dans vous et elles brûlent et noient l'intérieur mais il faut qu'elles sortent, c'est les larmes de l'innocence brisée. Des fous de parents, des malades mentaux de parents d'une violence inouïe d'une méchanceté absolue et dire que ces crétins ont été un jour mes parents. Ben ça promet, j'espère ne jamais être aussi pourrie que vous à votre âge. Je vous aimais, on avait tout, on aurait pu s'aimer avoir une famille et puis rester ensemble une vie et puis vous avez tout foutu en l'air et mes larmes je les pleure toujours pas assez, si elles sortaient je vous oublierais tous et je pardonnerais mais elles ne sortent pas. Elles restent trop, on fait comment pour pleurer?
105 messages
K
Khayla
Inscrit il y a 3 ans / Nouveau / Membre
Publié le 16.05.2018 22:33
Bonsoir Phelenix

Tout d’abord je tenais à te remercier pour tout ce que tu écris car ça me permet de réfléchir, de parfois mettre des mots sur des problèmes.

Par rapport à cette dissociation avec son enfant intérieur, je suis en plein là-dedans. Je trouve ça très compliqué. J’ai l’impression en ce moment de me faire envahir par cette petite fille qui m’envoie toute sa tristesse. Grâce à l’écriture, j’ai réussi à canaliser à peu près ça. Du coup je retombe dans l’excès inverse où je ne ressens presque plus rien (mon fonctionnement habituel). Le seul moyen de me reconnecter en quelque sorte à mes émotions, c’est d’aller voir cette petite fille.

Le problème, c’est que je n’ai pas envie d’aller la voir. Elle me fait peur. J’ai peur qu’elle m’envahisse par sa tristesse, sa colère. J’ai peur de m’effondrer. J’aurais envie qu’elle n’existe pas. J’aurais envie de l’abandonner. Mais j’ai honte de penser ça. Je me dis que finalement, je suis comme tous les autres : je ne la regarde pas, je l’abandonne à sa souffrance. Je m’en veux.Et je ne suis même pas capable de la protéger : je vais devoir revoir mon agresseur ce week-end et la réexposer à cette personne tout ça parce que je n'ai pas osé dire à mes parents (qui ne sont pas au courant) que non, je ne veux pas le voir...

J’ai vraiment l’impression que nous sommes 2 personnes différentes : elle, petite, recroquevillée dans un petit recoin, dans le noir et moi comme je suis actuellement. J’ai essayé de la mettre dans un endroit sûr lumineux. Mais ça ne me soulage pas. Je sens qu’il faut que je l’écoute. Mais ça me fait tellement peur…

Voilà pour ce qui est de mon ressenti
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 16.05.2018 23:03
Bonsoir Khayla,

Je te remercie pour ta réponse qui m'aide réciproquement à poser des mots et avancer.

Il y a quelques mois je me suis rendue compte qu'il y avait une petite fille dans ma tête en fait elle est là depuis le trauma qui nous a séparées mais je n'avais jamais vraiment pris conscience de son existence.

Au début elle m'ennuyait passablement. Je l'évitais, la refoulais et alors je somatisais, vomissais, allais très mal et puis un jour je lui ai parlé en lui demandant comment elle allait. Très mal. J'ai vu comme ce que tu décris pour ta petite fille ma propre petite fille recroquevillée tout seule dans un coin sombre et j'ai fondu en larmes de compassion. A partir de ce moment là j'ai commencé à me reconnecter à elle consciemment pendant quelques semaines lui demander de l'aide.

Par exemple, j'étais mal un soir sur l'autoroute et j'avais du mal à garder le contrôle de ma voiture sur un tronçon, je lui ai dit mentalement et laissé le volant, elle a pris le relais comme une chef le moment que ma panique s'estompe. Elle m'a rassurée à un autre morceau du tronçon, bref.

J'ai commencé à voir l'intérêt d'être 'une et demi', une conscience claire l'une de l'autre désormais mais on n'est pas exactement une pour autant à ce stade. Comme un tronc d'arbre uni à la base mais qui se sépare en deux grandes branches vers le sommet.

Ensuite les souvenirs sont vagues, j'ai fait de l'hypnôse et j'ai perdu contact conscient avec elle. J'ai eu une levée de défense à refuser le viol, l'inceste, les dernières semaines en fait. Et j'ai oublié ma petite fille la plupart du temps.

Hier un élève a frappé un autre élève, une blessure sans un bleu mais ce que j'ai vu sur le visage de l'élève agresseur ça m'a fait disjoncter, je me suis dissociée. Aujourd'hui je me retrouve extrêmement malheureuse et mélancolique, c'est la première fois que je me sens déprimée et elle aussi. Parce que désormais je la ressens mais nous sommes très séparées et c'est une douleur et une tristesse fortes qui me minent ce soir.

Voilà mon parcours avec ma petite fille. Elle a grandi en quelques mois et est sorti de cette pièce où elle était enfermée parce que je lui ai parlé. J'ai reconnecté à ma compassion, elle m'agace profondément parfois comme aujourd'hui, je la trouve très immature et trop attentiste (elle refuse encore de me donner le nom de notre agresseur) mais je la trouve aussi très touchante et j'ai une énorme peine parce que ce qui nous est arrivé n'est ni sa faute ni la mienne et je voudrais la retrouver, je voudrais refusionner avec elle, je l'aime.
K
Khayla
Inscrit il y a 3 ans / Nouveau / Membre
Publié le 16.05.2018 23:13
Pour ma part, je dirais plutôt que l'hypnose m'a fait prendre conscience qu'elle était là et que je pouvais l'aider en lui témoignant ce qu'aucun adulte ne lui avait témoigné.

Pour autant, ça reste compliqué. J'ai vu qu'à la fin de ton message, tu disais que tu aimais cette petite fille. Je n'arrive pas à être aussi franche. C'est sur que d'un certain côté je l'aime mais d'un autre je la déteste pour tout ce qu'elle représente. Même si je sais bien qu'elle n'y peut rien.

Alors tous les soirs j'essaie d'aller la voir un moment mais je repousse (typiquement ce soir, ça fait 1h que je me dis qu'il faut que j'y aille et que je fais autre chose (un peu en lien mais pas totalement))
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 16.05.2018 23:22
Je te comprends, j'ai mis plus de 20 ans pour vouloir l'entendre. Elle m'agaçait tellement je la détestais il y a quelques mois. C'est la première fois que je pense, dis et écris que je l'aime, c'est sorti tout seul mais je me rends compte ce soir en tout cas que je l'aime, oui. Elle s'est rendue plus aimable aussi, je la sens fière et heureuse tiens de voir que j'écris ça mais c'est vrai, je l'aime ce soir et j'ai mis bien du temps! Et c'est pas encore la grande histoire d'amour constante.

Je te souhaite tout plein de patience avec toi et déjà je trouve fantastique que tu penses à aller la voir, c'est tellement plein de compassion. Si on vous réunit, vous reformez la personne dans ton corps qui a été divisée au moment du trauma. Est-ce que cela t'aiderait de te dire que toi et elle vous êtes la même personne en fait?
L
lulamae
Inscrit il y a 3 ans / Débutant / Membre
Publié le 17.05.2018 11:46
A lire ces témoignages sur "la petite fille" intérieure, je me demande si une partie du problème n'est pas finalement l'ambivalence : celle de l'"amour" ou prétendu amour de nos parents, de notre amour pour eux, de notre perception de nous-mêmes, ce qui fait aussi que je (nous ?) ne sais (savons ?) jamais si les intentions d'une personne envers nous sont bénéfiques, bienfaisantes, ou nuisibles, toxiques.
Je ne supporte pas cette ambivalence, je voudrais pouvoir être sûre que quelques personnes au monde ne me feront vraiment pas de mal, sûre de pouvoir m'allonger et dormir, vraiment me reposer, sans me demander si quelqu'un ne va pas approcher de mon lit dans le noir. Vraiment me laisser aller, sans risque.

Je n'avais pas conscience de cette petite fille intérieure, jusqu'à écrire un jour une nouvelle, lors d'un atelier d'écriture (que j'ai malheureusement perdue, en tout cas pas retrouvée), où mon double sauvait une petite fille qui se noyait, et partait dans une quête, jusqu'à rencontrer une femme aveugle, qui voyait par les yeux de son chat... Enfin, bref : la petite fille sauvée de la noyade, dans la chute de la nouvelle, c'était bien sûr moi-même. Ca illustre bien, avec mes thèmes et symboles personnels, cette relation avec ma petite fille intérieure.
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 17.05.2018 13:18
A lire ces témoignages sur "la petite fille" intérieure, je me demande si une partie du problème n'est pas finalement l'ambivalence : celle de l'"amour" ou prétendu amour de nos parents


Bonjour Lulamae,

ce que tu écris m'évoque quelque chose d'éclairant que j'avais lu sur les troubles de l'identité.

Quand une personne est choquée enfant par des manques affectifs, elle dissocie déjà de façon primaire, puis peut se rajouter un trauma et elle dissocie de façon secondaire, et encore un autre chose traumatique violent et voici une autre dissociation et une psyché fragmentée.

Je pense vraiment que chaque personne dissociée a une structure bien à elle, une dissociation bien unique.

Je sais dans mon cas que je suis 'deux parties' dans un même corps et j'ai bon espoir franchement de pouvoir reconnecter de façon satisfaisante à ma partie fortement enfant qui a encore accès à la majorité des souvenirs de l'enfance là où pour moi j'ai surtout accès à l'adolescence et une connaissance des règles en société et de la vie de tous les jours.
Je me suis fragmentée en deux à cause du viol mais je pense que je me suis fragmentée car déjà il y a avait un terreau dissociatif chez mes deux parents probablement aussi avec des psychés dissociées.

Et je pense que j'ai été violée parce que j'envoyais au violeur des signaux d'enfant pas sensible aux personnes dissociées (probablement lui aussi en état de dissociation suite aux viols subis par son père). Je pense que tout se tient et se relie ainsi dans mon histoire.

Et mon espoir il tient dans le fait d'avoir beaucoup de recul déjà sur mon fonctionnement, d'en gagner de plus en plus aussi à chaque expérience positive ou douloureuse (comme ces dernières 48 heures post-dissociation). Et je pense qu'en fait le violeur, c'est terrible pour moi de le dire, mais essayait en fait de chercher des solutions pour son état de dissociation à lui et que me violer était une solution d'instinct qu'il testait pour lui. C'est terrible pour moi de le dire mais je sais que c'est ça. Au fond de moi je le comprends et le sens et le sais ainsi.

Mon espoir c'est qu'en comprenant ma dissociation, je vais pouvoir aller chercher plus encore de vrais bons moyens pour me réintégrer en une personne autant que possible voire y arriver, sinon minimiser au maximum les effets négatifs de mon morcellement psychique.

Je me sens me réintégrer. Je sens que je me réagence depuis 1 an et ça je n'ai aucun doute sur le fait que ça progresse. Je ne sais pas jusqu'à quel degré de rafistolage et même de positive fusion je vais pouvoir aller mais je pense vraiment que je vais pouvoir aller loin. J'ai compris que je ne dois pas rester seule, je dois aller demander de l'aide et parler, recevoir des conseisl et les accepter aussi, j'ai compris que parfois parents inclus l'autre me disait des choses bonnes pour moi mais je n'étais pas prête à l'entendre alors je ne faisais pas ou pas tout de suite et je perdais du temps et redissociais.

Désormais si je vois qu'on parle d'EMDR, je me dis que je vais devoir essayer. Je ne l'ai pas fait car j'ai essayé l'hypnôse en premier. Mais voyant que la TCC et l'hypnôse m'ont beaucoup apporté mais sont limitées pour l'instant dans mon cas, je pars vers une psy spécialiste des psychotraumas dans un mois premier rdv pour faire un bilan avec elle, puis j'aurai aussi besoin de tenter l'EMDR je pense. Pour voir ce que ça peut m'apporter. Je n'attends plus 6 mois dès que je me sens démunie pour aller chercher du matériau neuf. L'hypnôse était super pour 2 séances, jai vu les limites, je perds le réflexe aussi de rester trop longtemps sur quelque chose qui à ce stade ne m'apportera pas assez par contre je n'exclus pas de reprendre l'hypnôse dans quelques mois pour une séance.

Je suis confiante de pouvoir réintégrer mes morceaux de psyché en une à un niveau satisfaisant. De toute façon c'est le combat d'une vie. Dans mon cas je sais que sans une réintégration supérieure, je n'aurais pas une vie plus satisfaisante, en fait je n'ai que cela à faire que de tenter par tous les moyens de réassocier ma psyché avant même de pouvoir raisonnablement penser à m'inscrire et m'épanouir dans mon environnement et mes relations.
Bien entendu je dois aussi continuer à manger, vivre un minimum et échanger un minimum avec les deux tout en me réassociant et mon environnement et mes relations me donnent des outils et des stratégies pour ça. En tout est dépendant, mais je sais que le travail premier se fait d'abord dans ma psyché en raison de ma dissociation identitaire.

Je dois fortement focaliser l'essentiel de mes moyens et ressources sur la réparation de ma psyché en travaillant seule dessus, demandant de l'aide à mon environnement et mes relations pour espérer ensuite assez réparée pouvoir enfin m'ancrer sainement et positivement dans mon environnement et mes relations, me sentir sainement connectée à eux. Je conçois les choses comme ça. Et les mois et années qui viennent vont être pour moi formidables parce qu'aussi difficiles (je le pense raisonnablement) que seront certains passages de vie, ils me pousseront à aller chercher de l'aide pour me réintégrer et faire de positives découvertes.

J'ai absolument vitalement besoin de me réassocier. C'est un besoin urgent vital omniprésent brut de vie qui ne souffre d'aucune attente, d'aucune radinerie sur les moyens, les demandes d'aide. Il me faut me réassocier. J'en ai vitalement besoin. C'est ça que je me dis dans un élan de vie positif et déterminé.
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 18.05.2018 12:39
Le faux-self/ Le masque

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Je ne vais pas m'effondrer en pleurs piteuse là sur la carpette à hurler 'aidez-moi, pitié, je vous en prie.' Si vous saviez combien de fois pourtant j'en étais presque là.
Chez moi la détresse on la dit autrement, on la dit avec des mots polis et on fait des phrases avec des circonvolutions.


Ainsi quand on se fait mal, on ne pleure pas bruyamment. On se tait et on dit qu'on a mal et on demande un soin.

Alors je fais. J'exécute, je m'exécute.

Je voudrais vomir ma douleur sur la carpette, avoir l'air miséreuse, pitié rien qu'une fois dans ma vie est-ce que je peux me rouler de douleur par terre en offrant le plus pathétique et le plus cathartique des spectacles pour moi-même parce que je suis fatiguée de jouer les fortes, je suis fatiguée d'inhiber mes émotions au point de les rationaliser et les ordonner et les formuler, les reformuler, les corriger, les expliquer, les détailler.

Est-ce que je peux juste m'effondrer dans votre bureau de psy et là hurler de douleur et d'horreur que j'ai été violée et que personne ne me croit parce que je suis trop polie pour le dire?

Est-ce que je peux juste faire ça, je vous en supplie, juste me mettre à genoux dans votre bureau et lâcher la profonde folie et la profonde douleur en moi qui ne souffrent plus de se cacher et de ne pas se dire à la face du monde.

J'ai besoin de dire la douleur, j'ai besoin de dire la douleur, j'ai besoin de cesser de paraître et toi mon père si tu m'entends, pourquoi ne pleures tu plus non plus? Crois tu que je t'aurais jugé un mauvais homme ou un non-homme si tu avais pleuré souvent devant moi ta petite fille? Te souviens tu que lorsque notre ami commun est mort, tu as pleuré et je t'ai accueilli?
Te souviens tu qu'en saisissant les photos de Maria, ta grand-mère que tu aimais, tu as pleuré et que je t'ai mis le menton sur l'épaule, ta douleur était ma douleur? Père, je ne peux plus souffrir ce fardeau de l'hérédité que tu m'as légué, ne pas pleurer et faire semblant c'est une abomination, une prison de verre, père, je renie cet héritage, je me libère un peu plus, je t'aime absolument de la douleur de l'enfant qui t'a vu refouler trop de larmes, je te souhaite mon père aimé, d'un jour toi aussi te libérer, je ne veux plus prétendre que je vais bien, je vais mal, terriblement mal, le secret du viol me ronge les entrailles depuis bien trop longtepms seule avec cette abomination je ne supporte plus que l'autre ne le comprenne pas, j'ai besoin de le montrer, Papa, j'ai essayé de le cacher, pendant plus de 20 ans, j'ai voulu te donner une image de pureté et de bonté jamais souillée, c'est arrivé, je n'ai plus honte, mon corps je l'ai lavé des centaines de fois, des bains j'en ai pris à ne plus les compter, je suis propre, c'est fini tout ça, Papa, je sombre dans la lumière, je peux plus prétendre que ça n'est pas arrivé.

Tu auras de la peine, des larmes par milliers, mon amour, mon ami, mon père qui m'a chérie, aimée, aidée si souvent, mais je dois parler, j'espère que tu te pardonneras de n'avoir rien fait, toujours je souhaiterai te retrouver, tu m'entends? Toute ma vie à chaque seconde il sera encore temps si tu veux me retrouver pour me dire ton amour. Parce que je t'aime, Papa, je t'aime, je t'aime aussi.

Je vais parler.
L
lulamae
Inscrit il y a 3 ans / Débutant / Membre
Publié le 18.05.2018 17:01
Je n'arrive que maintenant, mais hier soir, j'ai lu ton post, et ce passage qui a attiré mon attention :

Citation de Phelenix
Et je pense qu'en fait le violeur, c'est terrible pour moi de le dire, mais essayait en fait de chercher des solutions pour son état de dissociation à lui et que me violer était une solution d'instinct qu'il testait pour lui. C'est terrible pour moi de le dire mais je sais que c'est ça. Au fond de moi je le comprends et le sens et le sais ainsi.


Je peux te certifier que j'ai lu ce fonctionnement, c'est avéré : le violeur, ou homme violent (quand il frappe, aussi),se met lui-même en état de dissociation par la violence, de même qu'avec une addiction comme l'alcool. Bien sûr, j'ai pensé à te retrouver le passage, de mémoire c'est un des documents que j'ai trouvés sur le site de Muriel Salmona, mais il faut que je relise tout pour te mettre une citation exacte. J'y pense, et si tu as eu l'intuition de ce mécanisme, c'est très fort, chapeau !
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 18.05.2018 20:39
Bonjour Lulamae, je te remercie pour ton commentaire parce que justement c'est suite à une lecture de Muriel Salmona que j'écris ce post, j'avais déjà ressenti cette idée par rapport à ma mère, j'avais identifié son état de probable dissociation (mon interprétation à ce jour). Et puis ensuite celle du violeur que visiblement ma mémoire protège et qui m'a parlé de son père qui lui faisait ça aussi. J'en avais déduit que probablement il était dissocié lui aussi et qu'après avoir vidé sa rage contre moi en me violant il avait donc eu ce moment de lucidité et m'avait répondu ce que j'ai toujours cru comme sincèrement en me parlant de son enfance et de son père et que 'les enfants c'est ça qu'on leur fait et c'est comme ça.'

Dans un passage d'une interview de Muriel Salmona j'avais cru lire (que je ne lui prête pas des propos qu'elle n'a pas tenu) que son avis était que le violeur viole pour se maintenir dans un état de dissociation, moi j'aurais plutôt pensé que le violeur peut en effet faire cela pour se maintenir dissocié mais que c'est en vérité plutôt pour de dissocier et ensuite se réintégrer qu'il fait ça surtout la deuxième partie. Chaque fois que j'ai été agressée par une personne de type agresseur, ils se sont dissociés et m'ont dissociée mais ensuite ils étaient humains, plus lucides. La seule chose qui posait problème c'est qu'ils ne reconnaissaient pas ma souffrance consécutive à leur agression 5 minutes avant mais dans leur nouvel état post-agression, je les trouvais meilleurs.

Le violeur m'a parlé de son père et logiquement il n'en a jamais beaucoup parlé à personne comme je ne pense pas que son père ait été condamné et lui reconnu comme victime (puisqu'il violait encore alors) donc je me dis que mon violeur après sa folie de viol contre moi a retrouvé un peu de force de faire quoi: le nécessaire pour lui, soit parler de ce qu'il a subi. Sauf que le problème, c'est qu'il en a parlé à qui? A moi, une gosse, qu'il venait de violer.

Voilà où en date du 18 mai 2018 j'en suis concernant mon viol. Avec un peu un micmac de souvenirs mais la réassurance que mois après mois les choses deviennent de plus en plus claires et linéaires. J'ai 8 années complètes pour retrouver la mémoire et je sais qu'il y a quelque chose qui dort en moi, je trouverai avant 8 ans. Assez du puzzle pour me soulager avant 40 ans de toute cette douleur.
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 18.05.2018 20:47
C'est vraiment un commentaire simple de ma part mais qui vient du coeur: c'est bien que toutes et tous on parle. C'est bien!

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