Expression libre (public)
Ecriture thérapeutique
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
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Ici juste un thread où j'écris tout ce qu'il me passe par la tête sans censure, toute la confusion, les doutes, les certitudes, et dont il ne restera plus que la part de vérité et de clarté raisonnablement d'ici quelques années. A la libération. Décantation. D'ici là, patience, résilience et travail en confiance. Ecriture.

[Besoin d'écriture automatique au kilomètre - Aujourd'hui c'était mon premier jour de reprise du travail à mi-temps, j'ai besoin de pleurer je crois et je n'y arrive pas, c'est ce qui sort]
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Je n'avais pas le droit de pleurer.
Je n'avais jamais le droit de pleurer.
Jamais.

Je devais sourire et je devais dire que ce n'était pas grave.
Je devais rire et faire la belle et dire que tout allait bien.
Je devais jouer seule et prétendre que j'aimais ça.
Je devais râler mais pas trop parce que sinon je me prenais une frappe.
Je devais prétendre que j'étais heureuse même si j'étais malheureuse.
Je devais toujours faire semblant alors je suis devenue une maîtresse de l'illusion.

Je crois que dans ma vie personne ne prend les masques comme moi, les masques de l'éclat, du superbe et qui cachent un petit personne gris et malheureux et triste qui voudrait juste ne plus avoir à faire semblant, juste pouvoir être heureux, juste dire je vous aime aux autres et puis voilà c'est facile.
J'ai tellement de peine et de douleur enfouies et puis je ne veux pas les faire sortir parce que quand ça sort sous forme de lui, c'est la frappe. Parce que quand ça sort sous forme de pluie, c'est la nuit. Fini les gentils parents, c'est l'avalanche de haine et de reproches de gifles, de colère, de violence.

Je suis un enfant et puis je grandis et je garde les automatismes et puis j'ai 30 ans et puis je veux plus et puis je sais plus faire autrement. Il faisait comment l'enfant avant tout ça? Il a tellement peu vécu, il a tellement été embringué dans tout ça rapidement, il est tellement devenu cet oiseau de nuit paradeur et ridicule qui sourit et pleure dedans, fait le service, le serviable et l'ami, et puis qui en lui veut juste mourir. Il fait comment l'oiseau de paradis pour juste arrêter son cirque et être normal, juste raccord avec ses émotions et juste normal, juste bien, juste honnête avec soi-même pour commencer?

Un jour j'ai dit à mon père que j'allais mourir et que je ne reviendrais pas et il m'a dit que tant mieux bon débarras. Et j'ai pas compris en fait je crois qu'il savait pas non plus ce qu'il racontait mais ce jour là je crois que je suis morte en moi, tout ce cirque j'ai d'autant plus voulu l'arrêter et puis voilà 10 ans plus tard, j'y suis encore trop. ça s'arrête quand?
ça s'arrêtera mais c'est si long. Vider cet esprit fatigué et brouillé par les âneries des parents, quel travail sans fin, quelle patience il faut. Papa Maman vous avez été d'absolus bourreaux vous êtes des abominations pour moi et des tragédies sur pattes. Je vous plains parce que vous n'avez toujours pas compris l'étendue des dégâts chez vous. Et bonne nouvelle, comprendre l'étendue des dégâts ce n'est que l'étape numéro 1 d'une longue série d'étapes sans fin pour aller mieux Je vous dis à dans 30 ans mais je ne suis pas certaine de revenir voir vos états de décrépitude avancée. Je n'ai pas beaucoup de patience ni d'amour pour vous ce soir et j'en ai bien le droit après ce que vous m'avez fait, après ce que vous n'avez pas protégé en moi, mon innocence, ma gentillesse, ma souffrance qui en a découlé des jours et des jours à pleurer en moi. Comment c'est possible de verser des larmes en soi? C'est quand les larmes on ne vous autorise pas à les sortir alors vous les pleurez dans vous parce qu'il faut bien qu'elles sortent, dans vous et elles brûlent et noient l'intérieur mais il faut qu'elles sortent, c'est les larmes de l'innocence brisée. Des fous de parents, des malades mentaux de parents d'une violence inouïe d'une méchanceté absolue et dire que ces crétins ont été un jour mes parents. Ben ça promet, j'espère ne jamais être aussi pourrie que vous à votre âge. Je vous aimais, on avait tout, on aurait pu s'aimer avoir une famille et puis rester ensemble une vie et puis vous avez tout foutu en l'air et mes larmes je les pleure toujours pas assez, si elles sortaient je vous oublierais tous et je pardonnerais mais elles ne sortent pas. Elles restent trop, on fait comment pour pleurer?
105 messages
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Melina
Inscrit il y a 3 ans / Actif / Membre
Publié le 16.07.2018 14:38
je me demande aussi souvent comment j'ai pu occulter autant de choses.
La mémoire traumatique se réveille souvent tout au long de nos vies, lors d'un désarroi, d'un stress particulier, qu'on aurait dû pouvoir supporter mais qui prend une ampleur incroyable de détresse, sentiment de ne pas exister, d'être morte

Ne pas oublier que ces agresseurs ont pu dormir tranquille pendant tout ce temps, mon père à 69ans, il a bien profité, je vais pas le plaindre, mais il y a un moment ou il faut rendre des comptes.
Aussi pour mes filles : qui me dis que dans 20ans elle va pas me dire qu’il la touché ce gros porc ? et que je n’ai même pas porté plainte pour moi ? c'est pas possible
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 16.07.2018 14:48
Tout à fait pour le réveil de mémoire traumatique, simplement j'ai conscience que ce qui l'a précipite ces derniers temps c'est de vivre une passion profonde avec 'les hommes de ma vie', mes protecteurs, mes inspirateurs. ça fait quelques temps que je les retrouve cette fois dans des échanges au présent et ces échanges réels simplement me permettent d'aller en confiance réaffronter tout ça.

En fait je crois que les hommes de ma vie actuellement sont là pour compléter le premier Homme de ma vie, mon père. Qui dans ses erreurs, dans sa modeste personne, 'juste lui', ses qualités a fait des choses pour m'aider et a manqué sur d'autres points. Les 'hommes de ma vie' m'apportent ces points de force manquants ou absents du parent auquel je m'identifiais le plus fièrement, le plus fortement.

Je suis profondément émue de repenser aux hommes de ma vie actuelle, les quelques pairs de mon âge qui ont été des amis avant tout, des protecteurs donc, des motivateurs, des soutiens, des inspirateurs, des valorisateurs, des aimants.
M
maje
Inscrit il y a 5 ans / Nouveau / Membre
Publié le 16.07.2018 16:04
tant d'émotions...
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 22.07.2018 19:11
22 juillet 2018 - Ecriture automatique au gré du vécu des dernières semaines. Le besoin de trouver une vie de femme malgré le passé. Comme si soudain sans nier ce qu'il fut, sa dureté, sa noirceur, cependant j'arrive à concilier assez de ce savoir et puis pour autant de ce besoin de créer du beau et du neuf.

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C'est pas facile d'imaginer ce qu'une personne traumatisé a vécu. C'est même impossible de se mettre à sa place, y'a tellement de cas différents et ça me fait rire de repenser à mon ancien médecin traitant quand je commence à collecter mes preuves et mes éléments de vie passée et que je lui demande dans son bureau de me donner l'enveloppe avec les compte rendus de mes TS d'ado, tout le foutoir d'hospitalisations multiples et variées de l'adolescence et il me dit qu'il préfère le remettre à mon nouveau médecin traitant parce que c'est 'quand même difficile tout ça.'
Et là je le regarde et je ne sais pas si je dois me mettre en colère contre cet homme ou le remercier parce que je sens qu'il veut me protéger de souffrir plus et pourtant il ne réalise pas et c'est là que je lui dis: que j'étais aux premières loges de tout ça. Que c'est moi qui l'ait vécu de l'intérieur.

Ben oui, j'ai tout vécu de l'intérieur. J'en porte encore la cicatrice. Je l'oublie. Enfin, moi je l'oublie mais c'est amusant et triste comme chaque ami ou amie qui la voit m'y ramène. Rien de méchant oh que non, c'est comme si je ne pouvais plus vraiment donner vue sur cette partie de moi désormais. J'apprécie le peu de questions de l'ami-amant, j'apprécie l'étreinte de l'amie comme une maman. Je sais pas si un jour je pourrai oublier cette cicatrice, j'ai besoin en fait de la montrer à l'Autre qui partage ma vie, celui ou celle que j'aime tellement que je peux lui donner vue sur mon autrefois grande douleur. J'avais pas réalisé que c'est l'endroit de mon corps que je cache le plus. Le creux de mon coeur là d'où part une grande cicatrice jusqu'au tréfonds de mon être, là d'où je pourrais - qui sait? - peut-être un jour laisser la vie prendre en moi.

Il est des blessures qui persistent bien et d'autres qui se réparent. Je garderai toujours cette cicatrice et il y a encore du chagrin qui y est associé. C'est marrant, j'ai pleuré, je pensais avoir oublié le chagrin qui y est lié. J'ai pleuré et ça m'a fait du bien. Quand l'ami m'a étreint, qu'il a vu, j'ai pleuré, j'ai laissé couler un peu plus de ce qui me retenait de vouloir vivre. ça fait un petit moment que je commence à sentir en moi l'envie de devenir femme et mère dans l'ordre. J'ignore le nombre d'années que ça me prendra mais je le sens dans mon corps, je le sens dans ce qui me touche chez un homme.

Je suis plus heureuse aujourd'hui qu'il y a 6 mois ou même 3 mois; c'est ma seule vérité. Plus libre, plus forte, plus au clair avec ce que je veux et ce que je ne veux pas et puis je crois que j'ai juste appris un peu plus à lâcher-prise. Je ne sais pas exactement ce qu'il adviendra de tant de choses que j'ai initiées ou vais lancer mais je sais surtout que j'ai besoin de les vivre jusqu'au bout, en tirer le maximum de ce qu'il est possible d'en tirer et grandir par elles.

Un jour un ami m'a dit qu'on ne fait pas la vie, elle nous fait quoiqu'on choisisse de dire, on n'a qu'une seule véritable option, c'est de choisir que ça se fasse dans la douleur ou la douceur, dans la résistance ou l'évidence. Alors je ploie mais ne romps pas, il y a certaine évidence qui déjà m'envahissent et auxquelles je me sens céder, ne plus résister et c'est mieux ainsi. Oui, je pense que c'est mieux ainsi. Souffrir, j'en ai marre. Simplement dit.
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 24.07.2018 12:29
24 juillet 2018 - Juste une belle journée

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C'est pas facile de revivre après tout ça mais en fait je commence à être heureuse, je ne sais même pas comment le dire justement parce que les mots ben ce n'est qu'une seule façon de dire la réalité, ce n'est pas toutes les façons. Il y a les façons du corps, du coeur, des images et puis de l'esprit. Je crois que je commence à être heureuse. Je crois que je commence à vivre.

J'ai des projets de vie, j'ai des envies d'amitié, j'ai des envies tout court. ça prend forme, ça s'organise pas à pas. Y'a pas plus à dire, y'a juste à faire. Aujourd'hui c'est une belle journée.
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 24.07.2018 17:29
24 juillet 2018 - Enorme chagrin qui couvait
Ecriture automatique qui libère jusqu'au bout de l'émotion. Ouf.

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Penser à mon père. Juste vouloir lui dire que il n'aurait pas pu deviner. Que c'est dur mais il n'aurait pas pu deviner. Réaliser qu'il a dû se demander comment j'ai pu me taire. Pourquoi j'ai pas dit? Pourquoi j'ai pas dit. Avoir là une fraction de seconde besoin comme l'enfant en moi de juste m'effondrer dans les bras du parent. Et puis laisser couler les larmes, je serais rentrée pour un temps à la maison. Besoin de retrouver mes racines dans une étreinte. Mêmes quelques secondes de silence. Et puis répondre aux questions, à toutes ses questions. Tout ce que je peux lui dire. Il n'aurait pas pu deviner, il n'était qu'un Homme, qu'un être humain, il aurait jamais pu comprendre ni ma dissociation, ni le viol, ni rien de ce tout ce qu'il s'était passé entre Lui et moi. Mon père ne savait pas, n'aurait pas pu savoir. Les adultes autour de moi n'ont rien vu, m'ont renvoyé un miroir de normalité, j'ai cru d'autant plus que rien ne s'était produit, mon corps a cicatrisé au bout de quelques jours et ma mémoire s'est fermée. Pendant 20 ans. Je voudrais juste dans cette vie pouvoir le dire à mon père de vive voix: je n'ai pas pu parler parce que je ne voulais pas pour te protéger et me protéger des conséquences, ce fut la plus grave et la plus grande erreur de ma vie mais je me pardonne parce qu'elle était celle d'une enfant et la conséquence d'un crime odieux. Puisse la justice se faire pour moi, pour toi, pour nous, pour Maman et les autres. Papa, je suis désolée. Je suis tellement affreusement irrémédiablement désolée. Désolée. Désolée. Désolée. Je suis désolée.
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 25.07.2018 20:20
25 juillet 2018 - Se donner les moyens de vivre

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Confusion

Allongée sur l'herbe les yeux dans le bleu. Les rires autour. Les gosses qui crient au loin. Le vent qui bruit dans les arbres. Cheers. Gobelets en plastique blanc. Et couvertures sur l'herbe. Je repense à l'enfance. Là j'ai besoin d'écrire. La confusion. La fatigue. Mais la bonne fatigue, quand tu en as juste trop marre de souffrir et que tu sais que tu vas devoir faire ce qu'il faut pour toi enfin un peu plus.

Il est fini le temps de la prison.
Il est fini le temps où je devais subir et sceller mes lèvres.
Aujourd'hui je suis libre. Aujourd'hui je n'ai plus rien à craindre de personne.

Alors pourquoi la colère reste? Pourquoi la douleur persiste? Pourquoi malgré les efforts, malgré les progrès est-ce qu'il y a toujours ce gros chagrin?

Je voudrais pouvoir perdre tous ces fichus automatismes défensifs. Cette agressivité inutile. Ce chagrin inutile. Les amis du présent ne me tiennent pas prisonnière. Je vais, je viens, je pars, je reviens quand je veux. Accueillie à bras ouverts ou pas, peu importe mais je ne crains plus ni la saisie ni l'enfermement.

Je suis pas trop vieille, j'ai ça pour moi mais quand vais je réaliser que si l'on cherche à m'encager, je ne risque plus rien?
Que si l'on cherche à me posséder, je ne suis pas à vendre?
Que si l'on cherche à me saisir, je coule comme l'eau?

Quand vais je réaliser que je n'ai plus à avoir peur, qu'il me faut simplement suivre mon coeur, qu'une main qui m'agrippe malaisément n'est pas synonyme de me piéger, seulement de maladresse?
Pourquoi la peur ne me quitte-t-elle pas encore assez alors que je sais que je ne risque plus rien qui mette ma vie en danger?

"J'ai toujours su que je devais te laisser ton espace. Qu'avec toi, c'est comme ça, tu as besoin d'espace." Sa comparaison au papillon.
Les mots de l'ami qui résonnent.

Je ne trouve pas de beauté au papillon. Que de la solitude. A toujours avoir peur dans le moment, on n'apprécie la joie que bien des jours après. Ce n'est pas grave de faire l'erreur parfois, c'est juste du gâchis quand l'erreur est faite en permanence.

Pour la première fois de ma vie ce soir, je réalise que j'ai toujours peur de ceux que j'aime mais bien moins qu'hier. Ben oui ils ont leurs envies de joie, de bonheur, de communauté, d'amitié, parfois de tendresse et puis j'ai su m'entourer de personnes assez libres pour ne plus craindre la prison. Perdre cet encore trop de peur, cet encore trop de désespoir, cet encore trop de réticence, cet encore trop de méfiance, cet encore trop de colère, cet encore de fierté 'mieux vaut seule que mal aimée' Certains appellent ça l'orgueil, ça me va bien. L'orgueil je déteste ce mot et c'est une bonne chose pour ce qui est de le laisser tomber.
P
Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 26.07.2018 14:53
J'adore cette analogie. Sur comment l'expérience de l'extrême peut rendre plus attentif et plus fin connaisseur conscient de ce monde.

Si tu veux manger plus équilibré, va donc demander des conseils à un diabétique qui se prend déjà en mains.

Si tu veux te reconnecter plus à tes émotions, va donc demander des conseils à un dissocié qui se prend déjà en mains.

Si tu veux apprendre plus à faire la part des choses entre ce qui était acceptable et ne l'était pas dans ton enfance, va donc demander des conseils à un ancien enfant maltraité qui se prend déjà en mains.
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WiseWacky
Inscrit il y a 5 ans / Actif / Membre
Publié le 27.07.2018 23:03
Hello Phelenix

J'aime beaucoup ce post. C'est tout à fait vrai, ouvrir son esprit sur le monde permet de comprendre qu'il ya des gens à qui s'adresser et dont nous inspirer. Ils sont allés plus loin et plus fort, ils prouvent que c'est possible.
Ou "ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait." Mark Twain
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Phelenix
Inscrit il y a 4 ans / Actif / Adhérent
Publié le 28.07.2018 02:50
28 juillet 2018 - Gros chagrin

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Encore un gros chagrin. Bah c'est mieux que le désespoir. Ils servent bien ces petits mécanismes d'apaisement. Aimer bien, c'est comme tout. ça s'apprend avec le temps, avec l'expérience et à force de le vouloir. C'est pas facile, faut en passer par des erreurs mais à coeur vaillant rien d'impossible.

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